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Full text of "De la Prospérité publique ou décentralisation du capital et influence de ..."

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UT-cZ-^^' 









V 



DE LA 



PROSPÉRITÉ PUBLIQUE 



OUVRAGES DU MÊME AUTEUR. 

SOLUTION DU PROBLÈMB SOCIâL. , pat i'association de l'agriculture et des 
taux, 1848, chez Guillaumin, éditeur du Journal des Bconotwistes, rue Richelieu, i4. 
CRBDIT FOHCIBR OU BANQUB IMMOBILIÈRE, 184^ (épuisé). 



En prépâraiioû. 
DES FINS DE L'BOMME, d'après les faits géologiques. 



i 



TYPOGRAPHIE HENNUYER, RUE DU BOULEVARIK, 7. BATIGNOLLES. 

BoDier a rd extérieur d^j Paris. 



^7f1^ 



DE LA 



PROSPÉRITÉ PUBLIQUE 



ou 



DÉCENTRALISATION DU CAPITAL 



ET 



INFLUENCE DE CETTE OPERATION SUR L'ORDRE SOCIAL 



PAK J.-A. FABRE, 



AVOCAT. 



Nul principe de gouvernement n'esl anlipa- 
ihique à noire système, et pour le constituer, 
il ne faudrait qu'une main forte et résolue, qui 
voulût prendre à lAelre d^éfever g«m ^ecOMse 
l'échelle où sent graduées le» position» soeialei» 
assez haut pour placer les derniers degrés au- 
d«!9sos de là région db^ fùrittiondices, tandîs 
qu'autour de chaenn* 4c» Mirés s^élargfvflil te 
cercle de son horizon (page 199 de ce volume). 









PARIS. 




GUILLAUMIN ET C", LIBRAIRES, 

Éditeurs du Journal des Économistes, àe la Collection des principaux Économistes^ 

du Dictionnaire de V économie politif/uct etc. 

Itue Richelieu, 14< 

L'Auleur se réserve le droit de traduction. 

1855 



Voat qui gouvernez, appliquez donc réchelle de la civilisation de telle sorte qu'un 
plus grand nombre puisse y monter (Emile de Girardtn, le Droite 2* édition, page 47, 
r' alinéa). 



Les citoyens de ma république compareront leur situation à celle de leurs en* 
nemis qui les veulent subjuguer; fiers de leur égalité, jaloux de leur liberté, iU 
verront qu'ils ont toute perdre en passant par une domination étrangère, et leur 
désespoir donnera une nouvelle force à leur yerl^iUab]^^ Législaliori* ou principe 
des lois, 1776, t. II). 



INTRODUCTION. 



NÉCESSITÉ FUNE INSTITUTION. — PROBLÈME A RÉSOUDRE. 

PRINCIPES DE LA SOLUTION. 



L 

Six révolutions en France depuis 1789! 

Quatre trônes, deux républiques culbutés, six secousses 
inoprimées à Tordre social en soixante-six années ! ! ! 

Déplorables phases qui marquent en caractères de sang les 
annales des souiïrances de la société française! Ehl quelle 
autre cause que ces souffrances pourrait déterminer ces mouve- 
ments couvulsifs pendant lesquels le corps social déchire ses 
entrailles de ses propres mains? 

Le délire, le délire seul résultant des crises du mal, peut 
pousser à de tels vertiges! 

Pour conjurer ces délirants excès, auxquels il faut bien enfin 
mettre un terme, que faire? attacher les mains du malade? 
Mais quel lien est assez fort, quelle surveillance est assez ac- 
tive pour comprimer ces brusques mouvements auxquels au- 
cune camisole de force, nous l'avons bien vu, n'est capable de 
résister? 

La compression est donc impuissante, et, si Ton ne se hâte 

de trouver, d'appliquer le topique ayant la vertu d'apaiser les 

souffrances, empires, royautés, démocraties, tous ces systèmes 

déjà pratiqués et usés auront à lutter contre l'anarchie qui les 

a emportés tour à tour, qui les emportera une fois pour toutes, 

et, alors, que deviendra la France? que deviendra l'Europe? 

que deviendra le monde civilisé? 

Ce cri d'alarme n'est pas un cri isolé 5 d'autres que nous 

1 



— 2 — 

r«Mit fût ataàrt, VnSxé p« fes pob&iesstes >, il a cnwvé 
& r«fc> éâfls Feacriate oà délÎJÀaieat les jssaaîiiîii» Jéps— 
hù:%&; il 1 porté Le traoble dins Le S3flctiz;iire tâujoarsâcâlme 
éè la sdcace; il i fetend jas^çie dans le pake à» rocs. Ea 
pféâ€iiee & tâbleon tracé par les éeoa«aùites eopiaou if iprès 
nature^ les tra^ ée Ii détresse sodale, on ne paît se deiiesidre 
fane fwgfÎM idkacii proliMe fi^«&e frvrufK b so»- 



Cet état des e&oses, a& sorphsv ne bisse pas que d^^xereer 
ne îiïitiiaice notable s«r bs a^ies^^ les iostîtiitioas * ds fo«- 
YerneBent aetiel ; mats, iiovs deroos le dire, ces aetes,. ees hk- 
strtatiofls, toat ratio anels qu'ils poisseiit être, soat fim effet 
trop restreint et établis ht des lûadeffleats trop resserrés; ils 
me sauraient derenfr le piédestal d'an otirt de ikâsfô subie et 
solide; tûvs les m:éréts nj troarent pas place. 

Ek bûft ! taot qa'ua int^êi sodal sera, pû«r Kunceftàr son 
éfiîllbre, daos la nécessité de se erarapomier sa autres îaié- 
rets, fl j anra das^er à ce qœ soa paîds ft'efltraine la Basse, 
ety le ■wrnl de lassânde surrenii, la débâcle est jflfcuTTfMe, 

Place donc, place poor toos! qoe la base âoît élargie, qaeb 
dnKQsîoa en ait assex d'amplev po^ (pe la spbère de dbafite 
positîofi j soît lar^emetit établie et que «iacva poisse se msm^ 
rm à soa aise aatoor da centre partÂoEer de ses actioos pro* 
fcssionselles ! 

Hors de ce cercle de prédilectkxi, Fespansioa lira janais 
jusqu'à rea^iéteiiienty el, dès lors, plus de casse de perturba* 
lioa\ 

L'on coi^read déjà qu'afin de donser àFassiette sodaie ks 

* Ta;ez la Mie B. 

= TiavaM CMcKé da» Wieslesffllescte Ftance ff fim p cf tesfeot* 
■es ipi #«■! fmm «ine d*^«toe capital fw le travaiL 

* latfrmiM êm Crédit fa^cwr, 

> Doà ¥kst fw ks astr» se seareKt ea pieùat tiberté saas % le»^ 
coacicr ai se kemrt«r JaHaîs? Cest ({«e dkaewa tfeax se aeat (tans so& er- 
iHÊtr SBBs foanair ea »rtîr. Cet erlre astiQaewqiw est ee qai eeasiitae 
Féi^saire a aiie t ae l. Cest aa éqoilihea pateâ faft fM cfcat ekâ à eiéer 
^amTménffàîÊMf^ CEiMte(ie^iiari!^to#<ig^iliitWMMriini>fi«t3i»>) 



— 3 — 

proportions suffisantes pour écarter toute eausa de désordre, 
il n'entre pas dans nos vues de commencer par démolir Tédi* 
fice: tant s'en faut! La famille, la propriété, bases fondamen- 
tales des institutions qui nous régissent, sont à nos yeux choses 
providentielles, choses saintes, et c'est justement pour mettre 
ces principes à l'abri de toute secousse que nous cherchons une 
combinaison qui dirige, sans contrainte, la puissance pater* 
nelle dans la voie de ses yéritables intérêts et des intérêts de 
la famille sociale, et qui rende l'exercice du droit de propriété 
plus profitable pour tous, sans que le principe en soit moins 
exclusif. 

Non, nous n'avons pas à violenter notre prédilection pour 
ces principes dans le but d'obvier aux emportements de la 
soufirance autrement que par les voies de répression , autrO' 
ment que par des exhortations à la résignation , autrement 
qu'en courbant les têtes sous le joug de cette doctrine, que, 
dans les vues de la Providmcs , la pauvreté est un mal néces- 
saire. 

Cette thèse, qu'il faut des pauvres^ des misérables, si elle ne 
fut pas toujours hors de saison, est une thèse aujourd'hui jugée 
au point de vue de l'économie sociale, au point de vue de la 
philosophie, au point de vue de la morale. 

Est-ce queThumiliation, l'abjection ne sont pas les consé^ 
quences de la misère? Est-ce que l'humiliation, l'abjection sont 
nécessaires à un ordre de choses fondé sur des principes aussi 
saints que les liens de famille, le droit de propriété, la liberté 
individuelle? Est-coque ces principes providentiels ne pour- 
raient soutenir l'ordre social qu'à la condition de le laisser dé- 
vorer par un ver rongeur, par une cause de perturbation? 

Si Dieu a donné au sol une fécondité inépuisable, n'est-^ce 
pas pour que chaque être de la création, même parmi les plus 
humbles animaux, ait une part dans les produits, suffisante pour 
les besoins de la vie? Eh quoi! tous les ans le sol se couvrirait 
de végétations luxuriantes, se parerait de verdure et de fruits, 
et il n'y aurait, dans la création, de fatalement exclues de la 
jouissance de toutes ces choies que certaines créatures hu- 



- 4- 

maines ? les beautés , les trésors de la nature seraient étalés 
comme une amère dérision aux yeux de Tétre doué d'intel- 
ligence, du seul à qui la création ait départi les instrumenta 
de production ! Quoi ! ce serait à Thomme que Dieu aurait confié 
les moyens de développer c^tte fécondité qui doit fournir abon- 
damment à la subsistance des animaux capables seulement de 
consommer, et à la créature chargée de celte grande mission 
il ne l'aurait départie qu'à condition de s'abstenir l 

Oh non ! l'Être suprême n'a pas étalé un tel luxe de pré- 
voyance pour un tel objet, non, mille fois non : supposer des 
vues de cruelle mystification dans les desseins du Créateur en- 
vers la créature la plus favorisée, impiété! Ah! que l'on voit 
bien que Dieu n'a pas mis la main à la constitution de la société 
humaine ! 

Du reste, si tant est que, selon les desseins du Créateur, la 
pauvreté et la misère soient une nécessité morale, pourquoi ré- 
sister à ce destin? Fermez les maisons de charité, détruisez les 
moyens de répression, de correction, et que toutes les positions 
sociales participent à l'immense holocauste des souffrances 
providentielles. 

Non, c'est déjà bien assez des souffrances que ne peuvent 
soulager les institutions de nos jours. Détruisons, détruisons 
la cause de la misère et de l'abjection : il ne peut se faire 
qu'appuyé sur le bien-être et la dignité personnelle , l'ordre 
social en soit menacé de perturbation. 

Toutefois, l'intérêt qu'inspire la cause des souffrances chan- 
gerait bientôt de nature et de place, si, foulant aux pieds les 
droits de propriété et les liens de famille, les membres de la 
société, qui n'ont pour vivre d'autre moyen que le travail, 
avaient recours, dans un moment d'aveugle emportement, à la 
spoliation, pour se procurer des ressources moins chanceuses. 
Dans ce cas, malheur à eux, malheur aux autres, malheur à 
tous! caria guerre civile, le plus terrible de tous les fléaux, 
précéderait, suivrait la spoliation ; le parti des spoliés se gros- 
sirait bientôt des spoliateurs mécontents de leur lot dans Je 
partage; l'extermination deviendrait affreuse, et l'envahisse- 



- 5 - 

ment du territoire serait la suite de raffaiblissement du pays 
décimé, ruiné par les discordes civiles. Dans Fétat d'occupa- 
tion, le pays conquis appartient au conquérant!... Voilà à 
quoi aboutit la spoliation^. 

•Voulez-vous que nous admettions Thypothèse que le partage 
ne donnera pas lieu à des mécontentements subversifs et que 
les nouveaux enrichis resteront paisibles possesseurs des biens 
acquis par la violence? soit, et suivons les conséquences de 
ce nouvel ordre de choses. 

Les besoins matériels sont de tous les instants» et il ne peut 
y être pourvu sans travail. Or, ce travail, qui le fera? les nou- 
veaux enrichis? Mais la spoliation les a affranchis du travail, 
ou bien à quoi leur servirait la spoliation ? Le travail sera donc 
uniquement à la charge de ceux à qui la spoliation n*a laissé 
pour vivre d'autres ressources; or, ceux-ci sont impropres 
aux travaux manuels : il faut plus que de la bonne volonté 
pour manipuler, pour transformer la matière première ; il faut 
la force, Thabitude, Thabileté, et tous ces éléments de produc- 
tion leur manquent. Âjournera-t-on la satisfaction des besoins 
impitoyablement urgents ? qu'où essaye de ce moyeu! 

Si donc, à prix d'argent, il devient impossible aux nouveaux 
enrichis de se procurer les choses même de première néces- 
sité, quel profit portera la spoliation et que deviendront ceux 
qu'elle a ruinés? Misère pour tous ; et cet état de choses serait 
l'ordre I ! ! 

C'est assez que d'avoir signalé ces fins extrêmes d'une dé- 
possession violente ; il devient iimtile de faire ressortir les 
mille autres causes de désastres que cette mesure porte en 
elle-même. 

Ainsi donc, la spoliation, loin d'aboutir à calmer les souf- 
frances sociales, n'aurait d'autre résultat que d'aggraver dé- 
mesurément le mal, que d'entraîner même l'anéantissement du 
corps social. 

1 Toute révolution qui n'est pas une révolution d'idées est un périlleux 
enfantement, qui se termine par un laborieux avortement. (Emile de Gi- 
rardin, PolUique universélief page 278.) 



— 6 — 

n. 

Mais si là spoliation n'est 'pas une issue qui s'ouvre pour 
sortir de cet état de malaise, il n'en est pas moins urgent 
pour cela de conjurer Torage^ et, pour notre part, nous avons 
à proposer un moyen pacifique et qui nous parait absolu dans 
ses flnsi Ce moyen ^ noud le trouverons dans la solution du 
problème dont nous formulons les données en ces termes : 

(( Établir un corps d'institutions ayant poUr objet de mettre 
à la disposition de tous, sans exception, les éléments de la 
prospérité publique^ sans spoliation, sans dépossession méme^ 
conséquemment sans subversion, et^ de plus, sans attenter à la 
liberté individuelle, sans toucher aux liens de la famille, sans 
inquiéter les consciences » sans même pratiquer la contrainte 
pour obtenir la réduction du taux actuel de l'intérêt. » 

Le but que nous nous proposons ainsi déterminé, nous 
pensons n'avoir aucunement à nous préoccuper de la qualifi'* 
cation par laquelle on tenterait de discréditer notre systèmes 
aucune allusion ne parviendrait à en changer le caractère , ni 
à inspirer des préventions déraisonnables aux esprits sérieux 
qui voudront le juger avec connaissance de cause. 

Qu'on nous suive, du reste^ dans la carrière que nous allons 
parcourir* 

m. 

Il ne faut pas entendre par ces mots, prospérité publique, 
exclusivement la richesse d'une nation : la richesse n'est qu'un 
des principes de la prospérité* 

La richesse inculte ou mal gérée, mal administrée, mal 
employée, mal répartie surtout, né contribue en rien à la 
prospérité } la richesse ne profite qu'à la condition d'un usage 
selon des règles qui en assurent et la fructification et l'accroisse* 
ment. 

Ces règles constituent des institutions ; la pratique de ces 
institutions constate en elle-même toute une éducation. 

Mais, pour que l'éducation soit complète ^ il ne suffit pas 



— 7 — 

qu'elle ne tende qu*à la science des intérêts matériels, il faut 
encore, et surtout, qu'elle tende à la moralisation. 

Ainsi; richesses, institutions, éducation^ voilà les principes 
de la prospérité publique. 

Or, chacun de ces principes demande une étude particulière 
de laquelle doit ressortir sans effort la solution de notre pro- 
blème*. 

Nous ferons donc de chacun de ces principes le sujet d'un 
livre spécial; la matière offre assez d'hnportance par elle- 
même. Nous résumerons le sujet de chacun de ces livres dans 
des conclusions générales. 

* Ce qui met entre nous rinimense distance qui sépare le passé que j*in- 
terroge et que vous personnifiez, de Tavenir que je pressens et dans lequel 
je midentifie, c*est que vous croyez, vous^ à la possibilité d'améliorer in- 
directement et rapidement la société en améUoraut Thomme, tandis que 
moi, je crois qu*il n'est possible d'améliorer indirectement et rapidement 
rhomme qu'en améUorant directement la société. (Le Droite %• édit., p. 51, 
par M. Emile de Girardin.) 



DE LA 



PROSPÉRITÉ PUBLIQUE 



PREMIÉIIE PAETDE. 

DE LA DÉCENTRALISATION DU CAPITAL. 



La utifflicUon d« ce dernier beeoia ( le befoln de Tirre) 
implique U déoentralitction de la riobeiie el ta dlstribotloo 
plna équitable par an ensemble de lois qoi, Hoa porter at- 
teinte à aneane potition acqolse, oarre aux Irarallleari 
raocèe dn crédit, et affranehlaie ainil le traTail de la dé- 
pendance ab»olne où il est maintenant à l'écanl du eap(< 
tailHe. (Lamenoaia, PoUtiqu9 à Tnêoge d% peuple,) 



LIVRE UNIQUE. 

ne la richesse publique et de» moyen» 
de décentraliiM^r le capital. 



PREMIÈRE SECTION. 

DE LA RICHESSE PUBLIQUE. 

Avant d'indiquer les moyens d'établir la richesse publique 
au profit de la prospérité nationale, il est indispensable de bien 
préciser ce qui constitue la richesse d'une nation ; mais on ne 
parviendra à s'en faire une idée bien nette qu'à la condition 
d'en étudier soigneusement les éléments constitutifs. 

Passons donc à l'étude de ces éléments ; nous nous occu- 
perons ensuite des moyens de les utiliser. 



CHAPITRE ï. 

DES ÉLÉMENTS DE LA RICHESSE PUBLIQUE. 

Toutes les choses nécessaires à la vie matérielle de l'homme 
nous viennent du soi/ C'est également du sol que se tirent 



— 10 — 

toutes les choses matérielles qui aident à satisfaire aux besoins 
déiavieimélleCtuelie** 

Mais le sol abandonné k sa ftcondité productrice naturelle 
ne pourvoirait qu'incomplètement aux besoins de la vie hu- 
maine, et au surplus, lé désOfdfe dans la végétation rendrait 
difficile Tusage des produits. 

Si le sol renferme le germe ait choses âétessaires à la vie, 
ce n'est donc' que par le travail qu'on peut le rendre fécond 
d'une manière profitable. 

Mais pour que le travail atteigne le but, il ne suffit pas qu'il 
exercé seulement lôs forcer de Thomme, il est encore indispen- 
sable qu'il soit fait et avec un certain art, et à propos ; c'est- 
à-dire avec intelligence. 

Le travail n'est donc que le résultat de la force dirigée par 
Tintelligence. La force et rinteiiigence que sont-elles à leur 
tour, sinon les instruments de l'industrie? 

Le sol d'un côté, tindustrie de l'autre; tels sont les élé- 
ments capitaux de toute production constituant la richesse pu- 
blique. 

L'on pourrait donc dire de ces deux éléments capitaux ou de 
ces deux capitaux^ Cômmô bk lêd déiiigâé dans le langage de 
la science économique^ que l'un^ le sol, est le capital passif; 
l'autre, l'industrie, est le capital actif. 

Nous nous sefVifon» souvetit de ee^ âénominatiotls m par- 
lant de ces deui eapitâttiti 

Mais ces deux capitaux ne Sont pas les seul^ éléments de là 
richesse publique : Tindustrie â besoin d'instruments pour se^ 
couder Tintelligeûce ; de substances pour soutenir là force, en 
attendant le résultat du travail ; de matières premières sur les- 
quelles elle appUque son action. Elle est donc comme impuis^* 
santé par elle-même^ ou sans le secours d'un capital industriel. 

Apprécions ce troisième élément de la richesse publique. 

Pour la plupart du temps, les deux capitaux actif et passif ne 
se trouvent pas dans la même main, alors il faut qu'ils s'asso- 

^ La vie dé t^homme se compose de deux éléments : rinteiiigence^ ou 
r#IS0Acé motéiiè ; M forée màtéHelle, M Pes^eAce (ihysiqùe. 



- 41 - 

cient ddtis ttu but de production. Lêd produits appartiennent 
donc et au possesseur du sol, qui représente le capital passif, 
et dut travailleurs, qui représentent le capital actif. Le partage 
seul de ces produits est attributif de propriété t ce partage 
s'effectue par portions égales, sinon convenues, comme dans 
les cas où des raisons d'équité ou de prévoyance déterminent 
Tinfériorité d*une des parts. Donc, une part quelconque au lot du 
capital passif, l'autre, au lot du capital actif; en d'autres termes^ 
une part au possesseur du sol, Tautre aux travailleurs. 

Et comme le possesseur du sol, soit qu'il exploite par lui* 
même, soit qu'il se fasse représenter dans les opérations qui 
constituent Fexploitation, participe au travail par sa direction 
médiate ou immédiate, il est juste de lui attribuer, comme tra- 
vailleur, une part dans le lot du travail. 

Un tel partage serait parfaitement équitable, si les produits 
appartenaient exclusivement à Tassociation ; mais l'association 
a des charges auxquelles il faut, avant tout, satisfaire ; et ce 
n*est que la quantité des fruits qui restent, après avoir satisfait 
à Ces charges, qui est la propriété de l'association. Ce partage 
sur les bases déterminées plus haut n'arrive donc qu'après 
prélèvement : 

Pour iemenôes, 

Pour payement de l'impôt, 

Pour prix d'entretien du matériel d'exploitation. 

Pour prix de travaux de fécondation future. 

Or, les semences doivent toujours rester à portée du sol, et 
puis c'est le possesseur du sol qui est responsable du payement 
de l'impôt ; 

C'est le possesseur du sol qui est chargé de l'entretien du 
taatériel d'exploitation ; 

C'est encore le possesseur du Sol qui paye au travailleur, 
qui ne peut pas ajourner ses besoins jusqu'après l'éclosion des 
fruits futurs, la part totale ou partielle qui lui reviendrait lors 
du partage de ces ft'Uits. 

Ces prélèvements constituent donc une réserve, laquelle reste, 
au compte de l'association, déposée entre les mains du pos' 



- 12 — 

sesseur du sol pour couvrir sa responsabilité, ses charges. 

Évidemment, la partie de cette réserve consacrée aux se- 
mences donne lieu, pour son emploi, à un travail ftitur ; la par- 
tie de cette réserve destinée à solder, par anticipation, la part 
du travailleur sur les fruits à éclore, a bieu pour objet d'ali- 
menter Tindustrie agricole ; 

La partie réservée à solder les frais d'entretien des bâtiments 
d'exploitation, des outils aratoires, des soins à donner aux ani- 
maux malades, etc., a bien aussi pour objet de mettre en œu- 
vre les diverses industries qui concourent à la construction des 
édifices, à la confection des outils, et celle qui consiste dans 
les pratiques de la médecine vétérinaire, etc. ; 

La partie résenée au payement de l'impôt a bien encore pour 
objet de donner Timpnlsion à toutes les industries gouverne-^ 
mentales. 

Quant à la part des produits, libre de toute retenue, attri- 
buée aux lots et du propriétaire et du travailleur, elle est con- 
sommée, partie en nature, par les part-prenant, ou elle est 
en partie donnée en échange d'autres produits qui satisfont aux 
besoins divers, aux caprices de l'échangiste. 

Mais la partie consommée en nature, qu'elle soit destinée à 
Falimentation ou à d'autres besoins, exigé une manipulation, 
une préparation quelconque ; en un mot, des opérations indus- 
trielles qui transforment la matière première. 

La partie échangée alimente toutes les industries qui ont 
pour objet la fabrication des produits consommés par celui qui 
les prend en échange. 

De plus, le fabricant qui reçoit les produits du sol en échange 
des produits de sou atelier, de son usine, les transmet lui-même 
en échange de matières premières, ou de produits résultant 
d'autres opérations industrielles. 

Les produits du fabricant représentent donc eux-mêmes une 
quantité relative de valeurs provenant d'industries diverses. 

L'argent monnayé pris en échange de ces produits, ou des 
produits de la terre, résume en lui-même aussi plusieurs na- 
tures de travau)^, 



— 15 — 

Les produits de la terre, les espèces métalliques , sont-ils 
échangés contre la propriété d*un édifice, le montant de ces 
valeurs représente le prix des matériaux mis ou à mettre en 
œuvre, et celui d'une grande diversité de pratiques industrielles. 

Si réchange a pour objet un titre de propriété d'une portion 
du sol, les fruits, les produits donnés en échange ne font que 
passer d'une main dans une autre qui ne les emploie qu'à de 
nouveaux échanges contre des objets résultant d'une œuvre 
industrielle. 

Nous n'avons pas besoin de multiplier les cas d'emploi des 
fruits du sol, des produits manufacturés, ouvrés, du numéraire, 
pour faire comprendre que ces valeurs n'ont d'autre destination 
que celle de mettre en action les éléments du travail. 

Ces valeurs sont donc un véritable capital. Fruit de l'indus- 
trie , elles rentrent dans l'industrie pour lui imprimer un essor 
progressif : par leur origine, par leurs fonctions, elles consti- 
tuent donc le capital industriel on commercial. Nous donnerons 
plus particulièrement cette dernière dénomination à ce capital : 
toutefois, nous emploierons indifféremment l'une et l'autre. 

Mais si ce capital se présente la plupart du temps dans les 
échanges sous une autre forme que celle de matières premières 
ou fabriquées, c'est que, dans un état de civilisation avaucée, 
l'échange, en nature, des fruits, des produits quelconques, de- 
viendrait un moyen de transaction à la fois incommode et dis- 
pendieux. On a donc inventé, pour faciliter les opérations, 
un signe représentatif ayant sa valeur intrinsèque. Ce signe, 
le numéraire , passe facilement de main en main , et celui 
en possession duquel il se trouve possède une quantité, 
une variété de produits en valeur représentative, qu'il peut 
échanger contre les produits eux-mêmes, dans ujig jjrfipoj^jon 
convenue . ^^ " ^ v v\>{l^V/ ) c / >; 

Cette simple opération, qui constitue .tten un véritable 
échange, se fait aujourd'hui sous la déifcffiipation m véâtl ^te 
nom seul est différent. N^' 

Mais les fruits , les produits et le numérair 
pas seuls la valeur représentative du capital industriel 



1 H 




- u - 

les besoins de la civilisation ont donné lieu k U création 
d'une autre espèce de valeurs qui facilitent singulièrement les 
échanges, les ventes, les opérations commerciales . Lorsque 
les relations se sont étendues de localité à localité , de na<^ 
tion à nation, il est survenu que le transport, que la valeur re- 
lative du numéraire ont causé des lenteurs , des embarras, 
d'autres inconvénients, des difficultés graves enfin. On a donc 
convenu, pour obvier à ces difficultés, que les échanges des 
produits, au lieu d'être effectués en nature ou en numéraire, le 
seraient par une promesse écrite d'en fournir la compensation 
à telle époque, en tel lieu. Cette promesse, qui constitue un 
contrat entre les échangistes, a été très^judicieusement appelée 
contrat ou lettre de change; lettre, en raison de la forme *. 

Maintenant, les produits ou la valeur numéraire se trouvant, 
au temps et au lieu indiqués, à la disposition du porteur de la 
lettre de change ^ cette lettre, entre les mains de Téchangiste 
ou du porteur, a le caractère d'un numéraire artificiel qui rem- 
place avantageusement le numéraire matérieU 

L'institution de la lettre de change, c'est une remarque qui 
n'échappera à personne, constitue donc un immense progrès 
sur la création de la valeur monétaire ; et, à garanties égales, 
la lettre de change doit être préférée • 

Mais la lettre de change n'avait originairement et n'a, de nos 
jours, une valeur réelle qu'en raison de la confiance qu'inspire 
celui qui l'a souscrite. Or, l'abus qui s'est immiscé dans cettQ 
forme des échanges, l'incertitude d'ailleurs, en beaucoup de 
cas, de la solvabilité des souscripteurs ; ces motifs et d'autre» 
ont donné lieu à la création d'établissements ayant pour objet 
de se porter, avec des conditions de garantie , intermédiaires 
entre les échangistes : des banques ont été fondées. On connaît 
les services que rendent ces sortes d'établissements. 

Inutile d'exposer ici les causes et le but de la fondation de 
la Banque de France ; nul n'ignore qu'elle fournit à l'industrie 
toute ressource pour faciliter les opérations. On sait que le 

' Nous n'avons pas entendu faire ici Thistorique de la leUre de change^ 
mail leuUmeDt en signaler Teffet. 



- 46 — 

moptâot dim vilenra mi numéraire ipM la Banque d« France 
tient en réserve ^ joint à celui des valeurs que, sous d'autres 
formesi renferme son portefeuille, compense le montant des 
billets qu^elle met en circulation. Aussi ces billets, grâce à la 
sécurité qu'inspire T approvisionnement de cette banque , cir- 
culent-ils dans toute la France, pour ne pas dire dans toutes 
les nations civilisées, en concurrence avec le numéraire, d'une 
manière aussi profitable, et surtout plus commode que le nu- 
méraire lui-même. 

Pourquoi donc les billets de la Banque de France ne suffi- 
sent-ils pas à remplacer complètement le numéraire, dont on 
rendrait la matière à sa vraie destinée commerciale, comme les' 
autres métaux et dans les mêmes conditions? 

Cela tient à ce que le montant des billets de banque est 
subordonné à Tétendue de la garantie représentée par le crédit 
de cet établissement^. Ne serait-il donc pas à désirer qu'au 
moins ses opérations fussent aussi étendues à tous égards que 
celles de la Banque d'Angleterre ? Nos voisins d'outre-Mancbe 
ont mieux apprécié que nous les avantages d'une telle insti- 
tution. A la vérité, l'industrie k qui elle profite particulière- 
ment est chez eux beaucoup plus active qu'en France. Que 
cela tienne ou non au régime féodal , nous ne jugerons pas 
la question ; mais il est certain que ce régime repousse vers 
les opérations industrielles les capitaux qui chercberaient un 
emploi dans l'acquisition des propriétés rurales. 

Quoi qu'il en soit de l'insuffisance que nous venons de si- 
gnaler dans notre système financier et des causes qui consti-> 
tuent la supériorité des Anglais sur nous à cet égard, nous nous 
résumerons en disant que le uuméraire, les lettres de change, 
les billets de banque concourent, avec les produits de toute in* 

^ Le Î6 janvier 185i, la réserve de la Banque de France et de ses suc- 
eorsalet inontalt à fVO millions. (Voir Annuaire des longitudes, 185i, p. 89.) 

* La latitude qui a été donnée à la Banque de France (décret du 8 mars 
1852), pour rémission de ses billets en circulation, prouverait que notre 
capital industriel était iQsuOSMnti il y aurait dono nécdisitô, sauf précau- 
tion^ à en augmenter l'importance. 



- 16 — 

dustrie [quelconque^ à constituer le capital industriel ou com- 
mercial •. 

Les éléments de la richesse publique se résument donc en 
ces termes : capital passif; que la matrice soit le sol, l'usine, 
l'atelier, les valeurs non circulantes ; 

Capital actif ; industrie humaine; 

Capital commercial; instruments en service, fruits, pro- 
duits, numéraire, valeurs quelconques à échanger, en tant 
quils demeurent en circulation. 

Voyons maintenant comment ces trois capitaux concourent à 
constituer la richesse publique. 



CHAPITRE IL 

coimmoNs de la richesse publique. 

Le sol de l'Espagne réunit toutes les conditions de fertilité, 
car il a tous les avantages de la fécondité et de Tinfluence du 
climat. 

Le sol des Pays-Bas était originairement stérile ; sables et 
marais en constituaient l'essence, et, de plus, une atmosphère 
brumeuse et humide caractérise le climat de cette contrée, qu'il 
a fallu conquérir sur la mer. 

Eh bien ! le sol de l'Espagne demeure stérile, tandis que le 
sol des Pays-Bas est un de ceux qui, en Europe, fournissent, en 
raison de la nature du terrain, les produits les plus abondants. 

Le peuple espagnol, au surplus, vit dans la misère; l'ai- 
sance est le lot de la population qui habite les Pays-Bas. 

Poussons plus loin nos remarques. 

Il s'en faut de beaucoup, sous le rapport de la fertilité et de 
l'action atmosphérique, que le sol de l'Angleterre soit aussi 
favorisé que celui de la France, et cependant le sol français 
produit à peine dix pour un, alors qu'en Angleterre la produc- 
tion agricole s'élève à vingt *. 

1 Voir la Politique universelle, par M. de GirardiD; page 295. 
* Voir la note C. 



- 17 — 

Néanmoins cette énorme différence dans la production ne 
donne pas la mesure de la richesse des deux pays ; TAngleterre 
est dévorée par un paupérisme dont l'importance numérique 
s'élève à un chiffre beaucoup plus considérable que celui de la 
France » où cependant le paupérisme fournit un contingent 
d'environ onze millions de personnes; à peu près le tiers de la 
population*. 

Que conclure de là, sinon que le pays le plus fertile n'est 
pas toujours le plus riche? 

D'un côté, si Tindustrie agricole est, en Angleterre, plus 
avancée qu'en France, d'un autre côté, Texportation de ses pro- 
duits manufacturés s'élève à une valeur incontestablement bien 
plus considérable que celle des produits de nos manufactures. 

Comment donc ne pas s'étonner de la différence dans le 
nombre des individus composant la population misérable des 
deux peuples? Or, cette différence, quel qu'en soit le chiffre, 
se moolre énorme, surtout en comparaison de l'importance des 
deux populations. Nous ne croyons pouvoir mieux faire, pour 
douner une idée juste de cette différence, que de placer ici le 
passage suivant d'un auteur qui fait autorité en pareille matière. 

« On ne saurait trop mettre sous les yeux du public , dit 
M. d'Angeville , page 86, ces effrayants résultats (les chiffres 
quiconstatent les progrès du paupérisme de 1789 à 1853); nous 
voyons, en effet, surtout depuis ces vingt années de paix, le 
continent se laisser envahir par la charité légale plus ou moins 
déguisée. Partout où elle pénètre, elle produit les mêmes effets ; 
les liens de famille se brisent dans les basses classes, et c'est 
ici le cas de rappeler ce que nous avons dit : les pauvres pré- 
tendent j en Angleterre, que leurs enfants ne sont pas à eux, 
mais à la paroisse. L'imprévoyance dans la conduite et surtout 
dans le mariage, conséquence inévitable de la taxe, multiplie 
les pauvres avec une telle rapidité que la charité légale, à quel- 
que taux qu'on la porte, ne peut secourir toutes les misères; 
la charité privée, qui heureusement ne meurt jamais dans le 
cœur de l'homme, vient alors en aide, mais elle succombe sous 

1 Noir la note D à la fin du volume. 



h poiAs de sm Qh^rgas iaceMstmpeQt croissantes, e( Von arrive 
9PfiD, ainsi que nous rivons vu pour la commune de Sbalisburg, 
j^$q^'à l'expropriation du sol^ sanê pouvoir la satisfaire ^ & 

Il s'en faut de bien que pour soutenir le fardeau de la charité 
l'on en soit réduit à de pareilles extrémités en France, où ce- 
pendant les industries agricoles et commerciale^ sont loin d^ 
produire les mêmes résultats qu'en Angleterre. 

Or, si l'importance des ppérations commerciales d'un pays 
ne constitue pas virtuellement la richesse de ce pays, pa$ 
plus que la fertilité du 90I ne constitua la richesse de la nation 
qu'il nourrit , à quelles conditions un pays sera-t-U donc un 
pays riche î 

Nous allons répondre. 

{^'individu qui consomme » fûHl mèmt le producteur de 
l'objet qui satisfait à ses besoins, est censé en avoir fait l'ac- 
quisition ; or , le prix de l'acquisition résume proportionnelle- 
ment plusieurs capitaux industriels ; l'acquéreur d'un habit, 
par exemple, paye l'industrie du tailleur f l'industrie du fabri- 
cant de drap, l'industrie du teintnrier, ceUe du filateur, celle 
de l'agriculteur qui a vendu la matière première, celle du fa- 
bricant de maintes fournitures, celle du voiturier. 

l^e priif , en lui-même, de l'acquisition représente donc, en 
proportion de son importance, un mouvement industriel de spé- 
cialités diverses, ^t, entre les mains du tailleur, il représente ce 
même mouvement, et, de plus, des opérations futures, car le 
tailleur achètera avep la somme qu'il reçoit et confectionnera 
pour de nouveaux consommateurs. 

Pans le prix de l'acquisition se trouvent donc deux capitau)^, 
celui de la consommation et celui de la production. 

Maintenant, s'il s'opère plusieurs acquisitions de ce genre, le 
double capital industriel acquerra une importance représentée 
parle produit résultant de la multiplication de ce capital par le 
nombre des ventes. 

< Il résuUe d'an relevé ordonné par la Chambre des communes, sur 
ia motion de M. B. Hall , que la oote de la taxe des pauvres s^élève à 
9,975,600 Uv. Sterling (Si9,390,000 francs). 



- 19 — 

Or, si un grand nombre, m le j^lns pwà nombre des iadii 
vidus composant nne naUon est on possession du (Oapilal de 
consommation, c'est déjà une preuve que la richesse puhliqw 
de cette nation est assez considérable , et d'un autre cété , la 
râleur de ce capital de consommation en produits industrioU. 
multiplié par ie nombre des consommateurs, donne pour résultat 
un eûfire dont il est difficile de constater Timportance. 

De ce qui précède, il est naturel de eoneluro cpto la nation 
la plus riche est celle qui consomme le plus* 

Observez que nous ne disons pas celle qui produit le plus ^f 
ear lorsque la êomomimtion intérieure est relativement pan 
considérable, il peut arriver que la production soit une cansi) 
de ruine; une guerre, une panique financière suffisent souvent 
pour efirayer le consommateur étranger ; il en résulte un dis^ 
crédit de tous les produits exportés, quelle qu'en aoit la nature. 
Mais cela n'arrive, comme nous venons de le dire, que lorsque 
la consommation intérieure est relativement peu considérable, 
c'est-à-dire, lorsque le capital commercial n'est à la disposition 
que d'un petit nombre dlodividus. 

Au surplus, l'exemple de l'Angleterre démontre bien que la 
production, en elle-même, n'est pas toujours une source de 
richesses pour une nation ; Ton ne peut, en ^effet, considérer 
comme riche la nation qui s^épuise à nourrir ses pauvres, et 
qui ne parvient pas^ malgré les énormes sacrifices qu'elle s'im- 
pose, même à empêcher le paupérisme de prendre despropor^ 
tions chaque jour plus étendues. 

C'est justement cet état de choses qui donne la raiaon de cet 
immense mouvement d'exportation des produits de VApgle- 
terre ; ai la misère n'y était représentée par un aussi grand 
uombre d'habitants, elle u'exporteraU que l'exçédaitt de &3 
consommation, et la différence serait considérable. 

Toute riche qu'elle paraît être, l'Angleterre ne possède ce- 
pendant pas la véritable richesse publique. 

Nous pouvons donc dire^ sans hésiter, que le pays le plus 

> Van de produire réside dans le seiset de eoiisoKiiner# (ia PoUHqm 
universeUe^ par M. Em. de Girardin.) 



- 20 — 

riche n*est pas celui où ilf a le plus de riches, mais bien celui 
où il y a le moins de pauvres, celui dans lequel le capital indus- 
triel est le moins concentré ; c'est-à-dire celui où la consom- 
mation est la plus importante. Ce sont les petits affluents sur- 
tout, mais nombreux et toujours fournis, dont le tribut, qu'on 
nous passe la métaphore, fait couler à pleins bords le fleuve de 
Findustrie, sans qu'un débordement ravageur soit à redouter*. 

Mais, dans le système social actuel, les moyens de consom- 
mation, en d'autres termes, les éléments de la richesse publi- 
que ne sont pas à la portée de tous ; il est donc indispensable 
de trouver une combinaison qui amène la solution de notre 
problème, lequel désormais se formulera en ces termes : 

Assurer à chacun les moyens de pourvoir convenablement à 
ses besoins de consommation, en mettant à sa portée les élé- 
ments de production. 



DEUXIÈME SECTION. 

DES MOYENS DE DÉCENTRALISER LE GAPrTAL. 



CHAPITRE III. 
GOMUENT LE CRÉDTr FONCIER EST LE MOYEN DE DÉCENTRALISATION. 

Le sol, avons-nous dit , est un des éléments de la richesse 
publique ; mais le sol ne consiste pas seulement dans la partie 
solide : dans la totalité du sol il faut comprendre les eaux, 
l'atmosphère. 

A la partie solide sont dévolus la fertilité agricole , les gise- 
ments de matières minérales, et il serait trop long d'énumérer 
les diverses industries qui prennent leur source dans ces deux 
ateliers du soL 

* L^effet de la consommation et de la production est caractérisé dans la 
PoUiique universelle (Bf . de Girardin, page 303) d*une manière aussi ingé- 
nieuse que pittoresque : a La consommation et la production, dit cet auteur, 
« s*aident réciproquement comme s*aident les deux seaux qui servent à tirer 
tt Teau d*un puits, Tun descendant pour s*empHr toutes les fois que Tautre 
a monte pour se vider. » 



- 21 — 

Quant à la partie aqueuse : les marais, les étangs, les cou- 
rants, les rivières, les fleuves, les mers, sont le théâtre d'une 
action industrielle dont l'exercice, quelque développé qu'il 
puisse être, est loin de suiBre à toute l'activité qui pourrait 
être déployée dans ce vaste domaine des eaux. 

Et l'atmosphère ne donne-t-elle pas lieu à une multitude 
d'industries ? Ne faut-il pas se vêtir, se loger selon l'exigence 
des saisons ? 

L'atmosphère n'est-elle pas le moteur puissant qui donne 
l'impulsion à des machines de diversité multiple de formes? 
N'est-ce pas à l'atmosphère que nous devons les glaciers? Ne 
fournit-elle pas un vaste contingent aux sciences physiques, à 
l'hygiène ? 

Il n'est même pas jusqu'aux astres qui ne soient l'occasion 
d'opérations industrielles , dont les effets méritent bien d'être 
signalés. 

Voilà donc cinq chantiers, admirables établissements de la 
Providence, pour satisfaire aux besoins des êtres créés de toute 
espèce. 

Or, pourquoi la création de ces cinq chantiers qui contiennent 
les éléments de fondation d'une quantité innombrable d'ateliers 
spéciaux, si ce n'est pour l'exercice de toutes les aptitudes, de 
toutes forces productrices au senice des besoins multiples de 
l'homme vivant sous n'importe quelle latitude? 

Dès lors, pourquoi reste-t-il, dans chaque nation, une si 
grande puissance d'action sans emploi, en présence de tant 
d'éléments de travail? Les aptitudes, les forces productrices 
inutilisées sont représentées dans notre France par un nombre 
d'individus valides hors de proportion avec l'importance de 
notre population *. Or, pourquoi ne pas mettre ces individus 
à même de produire? Est-ce que l'industrie refuse ces moyens? 
Bien certainement non. Mais c'est que le grand chantier n'est 
pas à la disposition de tous ceux qui pourraient l'exploiter. 

S'il n'eu était pas ainsi, comme on verrait ce théâtre de 

* Voir la note D à la fin du ?olume. 



-. 22 - 

rifidtistrié KHmaine s'fltiimer, au'grând profit de la richesse 
publique^ de cette activité infttigable qui à sa source daus U 
puissance créatrice de Tiiomme I 

Bientôt les terres ihcûltes susceptibles d'étte fertilisées ^ 
dont rétendue eli France ne s'élève pas à moins dé neuf fflil* 
lions tiiUq cétit mille hectares S auraient fait place, de même 
<|ue les sables arides qui bordaient la mer de Harlem» à des 
champs qui ne le céderaient en rien par leur fertilité à tant 
d'autres déjà mis depuis longtemps en culture ; 

Bientôt ces pratiques agricoles, dont les résultats sont si fé- 
conds pour le sol de la Grande-Bretagne «, pourraient impri- 
mer un plus vigoureux essor à la fertilité autrement puissante 
de notre sol ; 

Bientôt les voies d'irrigation, partout si négligées, auraient 
porté une substance fécondante au sein des terrains arides, et 
entretiendraient, dans les temps de sécheresse, cette moiteur 
Si propice à la production [des terres fertiles ; bientôt des in- 
struments perfectionnés seconderaient l'action de la force indi- 
viduelle dans la préparation des terres et dans les travaux de 
U récolte I 

Bientôt les voies de communication, de transport qui laissent 
encore tant à désirer, auraient ouvert à nos produits un débou- 
ché facile qui en augmenterait sensiblement la valeur ; 

Bientôt de tous les gisements, soit de houilles, soit de toutes 
autres substances minérales ^, cachées aux yeux de l'homme 
de toute éternité, seraient extraites de précieuses richesses 
que rindtistrie saurait bien utiliser. Mais il n'est pas jusqu'à 
la plus petite partie du sol qui ne soit le lot d'une propriété 
individuelle, et réservée à une pratique industrielle tout arbi- 
traire, plus ou moins efficace^ et pour la plupart incomplète^ 



< Yoir Tenquète qui a eu lieu par ordre de TAsgemblée codSiituantô, 
1848, t8i9. — Voir là note Ë, i la fin du volume. 

> Voir la note F, à la fin du volume. 

• Où lit dans la Statistique de France, par M. Schenilzter, tome !•', p. 187 : 
«(Dans ce moment (1846), il y a environ 350 mines de bouille en exploi- 
« tation, et près de 120 en chômage. » 



-as- 
Ce système étitlraliié ild préjudice incalcnlable, et il ferait 
temps d'y remédier. 

Mais, pour imettre lé sol à la disposition de tant de forces 
productrices qui y trouveraient un emploi si individuellement, 
si généralement profitable datis tant d'industries si fécondes 
en richesses, faudrait-il en dépouiller le propriétaire? Non. 

Cette brutale mesure serait non moins absurde que celle qUl 
consisterait, dans le cas où cela fût possible, à dépouiller un 
individu de sa force, [fiit-elle exorbitante } de son intelligence, 
fût-eUe hors ligne, car ce serait incontestablement les amoin- 
drir pout les attribuer au domaine général. Il y aurait mieux à 
faire que d'amoindrir ces deux puissances en les morcelant : 
ce serait d'intéresser le privilégié à mettre ses précieuses fa- 
cuités au service de la société, au ihoyen d'Une part dans les 
produits résultant de son travail. Si donc il y a convenance, 
équité, justice, profit même à traiter ainsi le représentant dû 
capital actif, pourquoi agirait-on différemment envers le repré- 
sentant du capital passif? 

D'ailleurs, à moins d'Un partagé par portions égales sous 
peine d'enfreindre les lois de l'équité (tel partage ftit-il pos- 
sible), qui, ruinant les uns saris éiirîchir les autres, mécon- 
tenterait et les sacrifiés et les bénéficiaires, il n'y aurait d'autre 
moyen pacifique que l'exploitation dU isol par une administra- 
tion générale, laquelle attribuerait à chacun une part dii re- 
venu en raison de son apport social en capital, tant actif que 
passif. Mais, nous 1* avons dit ailleurs ^ il ne faudrait pas 
moins que la vie d'une génération pour préparer seulement 
les moyens de mettre en pratique uri tel régime, et l'urgence 
des besoins ne s'accommode pas d'un ajournement dont le 
terme est aussi éloigné. 

Ali surplus, si l^industrie agricole resté si loin dû but ^é 
l'on a droit d'en attendre, faut-il en imputer la cause aux pos- 
sesseurs du sol? Nen, car ces possesseurs, dii moins en gràiid 
nombre, ont déjà consacré à la fertilisation de leurs domaines 

< Voir Solution du problème social^ par rassociation de TagricuUure et de^ 
capitaux, page 24 et suivaules, chez GruiUaumiD, rue RicheUeu, 14. 



- 24 - 

toHtes leurs ressources, et bien au delà de leurs ressources. On 
sait, en effet, que le propriétaire foncier a déjà demandé au 
crédit, tout ruineux qu'il soit, le capital industriel nécessaire 
pour alimenter l'action de son travail, et que ces emprunts 
constituent un arriéré considérable sur la généralité : la dette 
hypothécaire ne s'élève guère à moins de 8 milliards de 
francs. 

Ainsi, voilà l'intérêt à 5 p. 100 de 8 milliards ; 400 mil- 
lions (et peut-être plus de 450 millions, si nous tenons compte 
des irais judiciaires de toute sorte) qui passent tous les ans 
des mains des propriétaires fonciers dans les mains de leurs 
créanciers. 

On dira peut-être qu'il est peu important que cette somme 
soit en mains quelconques, pourvu qu'elle entre en circulation. 
Nous répondrons qu'il s'en faut de beaucoup qu'il soit indiffé- 
rent que cette somme profite à toute autre industrie que l'in- 
dustrie agricole ; l'essentiel est qu'elle reste à la disposition 
de cette dernière. Qu'on se fasse l'idée, en effet, de l'action 
industrielle et par conséquent de là masse des produits que 
représente un capital de 450 millions , et il sera facile alors 
d'apprécier le déficit qui se manifeste par cela seul, que ce 
capital manque aux agriculteurs. 

Par suite de ce déficit, il y a chômage relatif dans les travaux 
agricoles, moindres salaires et moindres produits; puis, l'in- 
dustrie ayant, dans d'autres spécialités, à manipuler moins de 
matières premières et les payant, par conséquent, à un prix 
plus élevé, chômage dans les manufactures, dans les entre- 
prises industrielles; les produits de l'industrie étant moins 
abondants et plus chers, chômage dans les transactions com- 
merciales, chômage dans les opérations de transport par terre 
et par eau ; enfin, le prix de vente des produits augmentant 
en raison inverse des salaires , chômage , si l'on peut s'ex- 
primer ainsi, dans la consommation; chômages, qui tous, agis- 

^ Rapport de la Commission nommée par l'Assemblée législative pour les 
questions relatives au crédit foncier, déposé par M. Gbegary, séance du 
39 avrîl 1851 .— Voir la Presse du 10 janvier 1852. ^ 



— 35 — 

sant les uns sur les autres , laissent pour des millards, sans 
emploi, l'action de Tindustrie nationale eu même temps qu'ils 
abandonnent une valeur énorme de produits à la voracité de 
rinaction. 

Yoilà comment il est indifférent que la somme de 450 
millions serve à un autre emploi qu'aux travaux agricoles!... 
Qu'on nous dise quelle autre destination compensera les pertes 
qu'entraîne ce déficit ! 

L'on doit donc reconnaître que la position du propriétaire 
rural est plus digne d'intérêt que de blâme; et ce sentiment seul 
devrait protéger son droit d'ailleurs sanctionné par des siècles 
d'exercice. Lors même que la dépossession n'arriverait pas à 
un état aussi déplorable que la subversion sociale, il faudrait 
donc recourir à un autre moyen pour remédier au mal. Pour 
cela, il n'y en a, à notre avis, aucun plus efficace que de se- 
conder l'avidité bien connue des propriétaires ruraux en général : 
des efforts si généreux et pourtant si onéreux de ces proprié- 
taires, il est naturel, eu effet, de conclure que si, à la faveur 
d'une grande combinaison, les obérés pouvaient prendre leur 
temps pour se libérer par à-compte d'une importance quel- 
conque, à la condition de ne payer qu'un très-minime inté- 
rêt, et que les non -obérés trouvassent dans l'emprunt un 
sujet de spéculation infailliblement lucratif, tout aussitôt la cul- 
ture de la terre prendrait un essor immense et d'autant plus 
développé que non-seulement le capital industriel du proprié- 
taire s'augmenterait de tout ce qu'il bénéficie sur le montant 
des intérêts, mais encore que le revenu du sol serait toujours 
proportionnellement supérieur au montant de l'intérêt à payer. 

Que l'on mette donc à la disposition du propriétaire rural des 
ressources pour produire à des conditions infailliblement pro- 
fitables pour lui , et aussitôt sa propriété rurale devient le 
domaine des travailleurs. 

Nous venons de faire apprécier l'effet que produirait Tac- 
croissement de la quantité de produits agricoles sur toutes les 
autres industries ; mais ce ne serait pas le seul avantage que 
l'institution apporterait à la richesse publique : le dégrèvement 



-26- 

ië là ptbptiéié foncière aurait i^ouf coii^équeiiee le f etotir des 
somrties remboursées entre les malhsdes créanders { or, ceux* 
éi n'ayant plus la ressourcé du placetoent par hypothèque se- 
raient forcés à recourir à un autre moyen pour faire fructifier 
léuf s Capitaujc : mais util autre moyen |)ossible désormais t[ue 
les opérations industrielles et commerciales. 

Dès ce moment, quiconque aura la force de manier un instrti- 
ment et l'habileté nécessaire pour s'en servir corivenabletlient^ 
est sûr dé trouver l'emploi de sdn aptitude : les capitaux ont 
bësôiti de ses œuvres, et ils viendront le solliciter. 

61 là combinaison à laquelle nous Vettons de faire allusion 
remplit bien les coiiditions voulues, le sol, le capital comnier'' 
eial, ces éléments de la richesse, sont à la disposition de toutes 
les industries, et notre problème est résolu, du nloins quant â 
la richesse publique^ En effet, non-seulement le travailleur 
Occupé né rencontrera plus d'obstacles dans sa carrière^ mais 
eneore l'homme valide qui vivait dans une sordide oisiveté 
sera entraîné dans le tourbillon industriel. Dès lorS, ce formi- 
dable contingent du paupérisme qui ne consommé que haillons 
et restés alimentaires, et qui u'apohr habitation que des bouges 
infects, pourra payer un tribut appréciable à la consommation, 
et par là, tout aussi bien que par ses œuvres, développer l'essor 
de la production. 

Tel est le résultat qui Sera obtenu à la feveur d'une institu- 
tion de crédit foncier dont nous exposerons le système, après 
que nous aurons expliqué ce qu'il faut entendre par ce mot 
crédit. 



idakAMMaaMltaH^ 



CHAPITRE IV. 
CE qu'il faut ENTEJHDRE par le mot om^BXT. 

Si le travail produisait immédiatement des fruits ou un ré- 
sultat commercial, il serait facile de régler le compte du capital 
passif et du capital actif; en d'autres termes , d'attribuer à 
chacun la part qui lui reviendrait sur les produits ou les béné- 
fices; ces comptes pourraient être immédiatement quittancés; 



il n'y àni'àitpas lieu k an crédit àtt profit de i>in dés deux. Mais, 
en général, et dans IHndustrie agricole surtout, les {Produits 
ne sont livrables qu'après un assez long espace dé teUips, et, 
dans Tintervalle, le travailleur a à pourvoir à des besoins qui 
demandent satisfaction immédiate. 

Il est donc indispensable, nous l'avons déjà dit, que le tra- 
vailleur reçoive, par anticipation, la part des t)rôdttit^ dont 
il ne disposerait qu'après complète maturité, et par suite les 
comptes sont balancés par un crédit au profit du bâilleur de 
fbnds. 

Le compte de celui qui fournit ce capital est donc crédité du 
montant de la part qu'aurait à prendre le travailleur sur là 
valeur des jproduits, au moment du partage, et de droit, le 
créditeur est substitué à Celui-ci. 

Or, dans ce crédit, qui représente la part du travail, on ne 
peut s'empêcher de reconnaître le véritable caractère du capital 
industriel. 

On peut dire, en général, que le crédit n'est autre chose 
que le solde en faveur de celui qui fournit ce capital industriel, 
d'un compte ouvert, au profit du travailleur, constatant le mon<â 
tant des avances à lui faites remboursables sur la valeur des 
produits. Le travail compense donc le crédit. 

Maintenant que le propriétaire du sol , de l'usine , que le 
patron possède lui-même ce capital ou qu'il en paye le louage^ 
la nature du crédit ne change en rien ; le nom du bailleur de 
fonds n'est même pas de plein droit substitué, dans le cas 
d'emprunt, à celui du preneur au moment du partage des ré- 
sultats du travail, seulement il y a lieu entre eux à règlement de 
comptes. Or, de nos jours, ce règlement est onéreux pour le 
preneur, car le bailleur est toujours exigeant ; il prend toujours 
à concurrence du montant du prêt plus que la part relative du 
preneur dans le partage, et voilà justement ce qui est déplo- 
rable, car la plupart du temps le preneur ne paye cet excédant 
qu'au moyen d'une retenue sur le crédit du travailleur qui en 
souffre, qui consomme moins, et qui produit d'autant moins 
qu'il est moins intéressé. 



— 28 - 

Tout se fait donc aujourd'hui au profit du bailleur du capital 
industriel propriétaire , banquier ou patron , et la prospérité 
publique ne profite que très-accessoirement de cet ordre de 
choses. 

Gomment remédier au mal ? 

Le remède ne peut se trouver que dans une combinaison qui 
soit comme la personnification d'un créditeur, d'un bailleur 
de fonds intéressé comme le propriétaire, comme le patron, 
comme le travailleur aux opérations de l'industrie, quelle qu'en 
soit la spécialité, tellement riche qu'il puisse fournir un capital 
assez important pour alimenter toute spécialité de travail et eu 
attendre le résultat. 

Nous allons faire connaître dans le chapitre suivant par 
quelles déductions nous sommes parvenus à cette combinaison. 



CHAPITRE V. 

INSTITUTION DU CRÉDIT FONCIER • . — OBJECTIONS. — EMPLOI. — 

COMPLÉMENT. 

PREMIÈRE SECTION. — Institution du crédit foncier. 

I. 

Nous avons dit : Si, à un moment donné, tous les proprié- 
taires fonciers obérés pouvaient parvenir à se libérer envers 
leurs créanciers, ceux-ci, ne trouvant plus la ressource du pla- 
cement par hypothèque pour faire fructifier le capital qui leur 
aurait été remboursé, seraient forcés à se tourner vers les opé- 
rations industrielles. 

Le cas échéant, le crédit agricole s'élève d'une somme 
énorme, et il n'y a plus à s'inquiéter du crédit des autres in- 

' Ce travail, qui avait fait Tobjet d'une pétition à rAssemblée législative 
en 1849, avait été adressé à divers Conseils généraux de France; quelques- 
tins Pont accueilli avec faveur (voir notamment tous les journaux de Tou- 
louse des 13 et li septembre.) Restreint dans les bornes d'une pétition, il 
ne pouvait recevoir tous les développements que nous lui avons donnés ici 
afin de le mettre en barmooie avec un sjfstèqie fiéoér^l. 



- 29 - 

dustriës; le capital industriel s'empressera, dans son intérêt 
propre, à leur venir en aide de tous côtés. 

Supposons donc qu'il existât un établissement assez riche 
pour pouvoir dire à chaque propriétaire foncier débiteur par 
hypothèque : 

a "Voilà le montant de ce que vous devez; je vous livre cette 
ce somme à 2 pour 100 d'intérêt annuel : payez votre créancier 
« qui exige de vous un intérêt de 5 pour 100, et que je sois 
c( substitué à ses lieu et place. » 

Par suite de cet arrangement, la position du propriétaire 
foncier acquerrait une amélioration dont l'effet se manifesterait 
tout aussitôt par un bénéfice net de 8 pour 100»; et si réta- 
blissement créditeur était assez puissant pour fournir aux de- 
mandes des propriétaires que les conditions onéreuses de nos 
jours écartent de l'emprunt quand les fonds ne sont nécessaires 
que pour des travaux de fertilisation, ceux-ci s'empresseraient 
de mettre h profit des ressources dont l'emploi leur procurerait 
pendant plusieurs années, selon l'importance des travaux, une 
augmentation notable de revenus. 

Aux avantages que nous avons signalés comme devant ré- 
sulter du dégrèvement de la propriété, nous ajouterons : une 
plus grande abondance de produits de la terre qui aurait pour 
conséquences immédiates : 

Plus-value de la propriété foncière ; 

I Les biens ruraux ne produisent guère que 3 pour 100, et le propriétaire 
emprunteur paye annuellement Tintérèt à 6 pour 100, en tenant compte 
des frais et loyaux coûts des contrats d^obligation ; c'est donc une perle 
sècbe de 3 pour 100, dont le insérerait Temprunt aux conditions suppo- 
sées 3 pour 100 

D'un autre côté, le propriétaire, au lieu de payer 6 pour 100, 
ne payant plus que 2 pour 100, bénéficierait annuellement. .. 4 pour 100 

Et si, ne payant que 2 pour 100, il retire 3 pour 100 du re- 
venu de ses terres, il lui reste un boni de 1 pour 100 sur Tin- 
térètde Temprùnt 1 pour 100 

Total 8 pour 100 

8 pour 100 ! telle est la mesure de la différence entre la position du pro- 
priétaire emprunteur dans les conditions actuelles du crédit, comparées à 
celles du crédit répondant aux conditions de notre bypothèse. 



- 30 -T- 

Aiigmontatiop prâportioqneUe 4^ la paît II fm^ au tr^iol 
dans le partage des fruits ; 

Les profits du travail agricole fii^aqt aux cbaiapa un plus 
grand nombre de travailleurs; 

Consommation, par conséquent assurée d'une plus graqd^ 
quantité de matières premières livrées k la manipulation t 

Voilà pour les coftséqpences du dégrèvemcwt, quant à l'ini- 
dustrie agricole, 

Quant aux autres industriest nous dirons ; lo capital indu* 
striel étapt entre tapt d^ maips, et formant, par parcelles, une 
masse qui semble tout d'abord excéder la proportion des be-* 
soins, il y aura plus à faire, pour quiconque possédera une de 
ces parcelles, que d'attepdre la demande; il faudra, souspf^ina 
de stérile consommation, qu'il en cherche le placement, qu'il 
recoure à des gffre^, comme aujourd'hui }e travail, et qu'il \^ 
livre aux meilleures conditions possibles à Tindustrie, comme Ifi 
travail se livre aujourd'hui au capital Si le capital industriel 
fut toiyours le moyen indispensable, mais égoïste, da Tindu^ 
strie, désormais Tindustrie sera le seul moyeu de ffuctificatiou 

du capital 

Or, ces deux moyens concourent au même but;; les bénéfices i 
donc association entre les deux moyens, pour atteindra) le but 
commun. Qui dit association dit identité d'intérêts, par consé^ 
quent, action réciproque et concordante, excluant toute portée 
d'égoïsme; donc accord parfait de moyens. Voilà où conduirait 
le dégrèvement de la propriété foncière. Avec cet accord entre 
les deu!^ élémens de l'industrie désormais si puissants l'un par 
l'autre, le grand chantier providentiel destiné à exercer l'acti- 
vité morale et physique de l'homme, suffira à peine à l'élan du 
travail 

Qu'on se fasse l'idée, s'il est possible, de l'effet que produi- 
rait une masse de 8 milliards de valeurs en concours avec le 
capital industriel déjà en circulation ! 

Qu'on ne se hâte de crier à la perturbation par l'encom- 
brement! Nous verrons plus tard de combien il s'en faut que 

le capital industriel en circulation satisfasse à toute nécessité. 



-31 - 

R4$ieife faite sor le moment opportun de cette démonstration, 
poy$ n'bésitons pas d'affirmer que l'hypothèse de rétablisse- 
ment créditeur venant à se réaliser, h solution du problème de 
la richesse publique est la conséquence la plus directe de Iji 

mesure qui pounoirait au dégrèvement de û propriété fon- 
cière. 

Mais les mém^s effets se reproduiraient-ils si l'établissement 
dont nous parlons n'avait, pour réaliser l'opération de laquelle 
nous venops de signaler les résultats , d*autres valeurs que 
8 milliards d'immeubles libres de toutes charges hypothécaires 
ou autres? Pourquoi pas? Est*ce que la fortune immobilière de 
cet établissement ne garantirait pas suffisamment l'émission de 
8 milliards de bon^, surtout si ces valeurs portaient en elles un 
caractère hypothécaire? Pourquoi pas encore, si cet établisse- 
ment, bornant ses opérations i celle dont nous venons de par- 
ler, se consacrait à en administrer le résultat ? 

Nous osons dire, nous, que les obligations émises par cet 
établissement seraient dans des conditions telles que non- 
seulement elles circuleraient sans obstacle, mais encore qu'elles 
seraient accueillies avec faveur et par conséquent recherchées, 

£n effet, le montant de l'émission, hypothécairement garanti 
par l'établissement créditeur, ne passerait entre les mains du 
propriétaire foncier qu'i la condition d'une contre-garantie hy- 
pothécaire de la part de celui-ci. L«a position du tiers porteur 
aurait donc ceci de particulier, qu'il serait couvert k la fois, et 
par la garantie spéciale 4e l'établissement qui aurait mis les 
valeurs en circulation^ et par la garantie récnrsoire sur les biens 
des preneurs. Ce n'est donc pas seulement par 8 milliards, mais 
par 16 milliards d'immeuble» qne seraient garantis le? droits 
de$ tiers porteurs. 

Est-ce que la Banque de France , dont personne ne songe 
assurément à refuser les billets, présente seulement la moitié 
autant de garantie? Non, certainement, car ne disposant en 
numéraire que d'un capital qui ne dépasse pas 90 millions ^ 
elle émet pour environ 800 millions de billets , c'est-à-dire 
poiur une somme dix fois plus considérable que son capital 



- 52 - 

en réserve. Il est vrai qne les émissions de la Banque de France 
sont garanties par des contre-valeurs ; mais que deviennent ces 
contre-valeurs dans les temps de crises financières ou politi- 
ques? 

La Banque de France pourrait donc, dans un cas donné, se 
trouver exposée à n'avoir d'autres ressources que son capital 
en réserve pour garantie du montant immensément plus consi- 
dérable des billets émis par elle. 

Dans l'hypothèse de l'établissement créditeur, au contraire, 
la garantie de l'émission serait, dans tout état de choses, incon- 
testablement surabondante, et déjà cette condition, si propice 
à l'émission des valeurs, est bien faite pour en favoriser la cir- 
culation. Nous nous occuperons, très-incessamment, plus par- 
ticulièrement du sort de ces valeurs dans la circulation : il est 
temps de sortir de la voie des hypothèses et de mettre en évi- 
dence l'établissement colossal dont les ressources financières 
sont assez puissantes pour réaliser la prodigieuse opération 
dont nous venons de signaler les effets. 

Eh bien ! cet établissement, dût-il ou non son existence au 
concours volontaire des créditeurs, ne serait autre qu'une asso- 
ciation entre tous les propriétaires fonciers affectant, par hy- 
pothèque , leurs propriétés immobilières , quelle qu'en fût la 
nature, à la double garantie de l'émission et de la circulation 
des valeurs représentatives. Cette association constituerait une 
Banque immobilière. 

L'apport de chaque associé consisterait en une affectation 
hypothécaire privilégiée sur la partie libre de ses biens dans 
le rapport du montant de toutes les dettes hypothécaires à la 
valeur totale du sol et des propriétés bâties de la France'. 

11 est surabondant de faire remarquer qu'une telle combi- 
naison n'expose l'association à aucune chance de pertes. On 
conçoit facilement que si l'association a à subir la conséquence 

^ F.n supposant que la valeur totale des propriétés immobilières rurales 
et urbaines s'élève à 8i milliards, la partie libre de cette valeur s'élèvera 
encore à 74 milliards. Cbaque propriété serait donc affectée d'une hypo- 
thèque dont l'importance serait déterminée par le rapport de 7i à 10, et 
frapperait par conséquent la valeur libre à concurrence de 0,7i. 



- 33 — 

de la garantie de bons émis par elle, eHe est, d'un antre côté, 
couverte par la garantie non moins solide et non moins étendue 
que présentent ses débiteurs. 

Quant au tiers porteur, comme nous le disions tout à l'heure, 
il est complètement abrité contre toute éventualité, car il a deux 
débiteurs et deux garanties qui protègent la valeur qu'il a entre 
ses mains. 

n. 

D*oii viendrait donc la répugnance légitime tendant k discré- 
diter la circulation des bons qu'émettrait la Banque immobi- 
Uère? 

Voyons : 

Le bon de la Banque immobilière qu'est-il autre chose, sinon 
un contrat d'obligation avec affectation d'hypothèque ? Or, si 
les droits qu'il confère ne difièrent en rien du droit que confère 
un contrat d'obligation , la seule différence résidera dans les 
formalités de la cession , c'est-à-dire dans une condition toute 
en faveur du titre émis par la Banque immobilière * . 

Au surplus, la circulation suppose deux opérations : accep^ 
tationet transmission. Or, la répugnance à accepter est absurde 
si on la sépare de la difSculté de transmettre : cela posé, à qui 
achètera -t- on les substances alimentaires quelles qu'elles 
soient, à qui les laines, les soies, les chanvres, les«lins, les 
bois, les fers, les cuivres, les substances minérales, enfin les 
matières de première nécessité, et qui sont la base de toute 
manipulation? A qui payera-t-on les loyers des maisons, des 
usines , le prix de vente ou de location des terrains où gisent 
les matières minérales, des terrains où s'exploitent les car- 
rières? A qui, si ce n'est aux propriétaires des biens ru- 
raux, des maisons, des usines, etc. 

Mais, justement, ces propriétaires ont déjà donné les bons 
de la Banque immobilière en payement à leurs créanciers, et 
ils ont par cela même retiré profit de la transmission : ils ne 

i L'embarras des formalités de cession des contrais hypolbécaires a pré- 
occupé nos législateurs de TAssemblée constituante. La discussion du pro- 
jet de loi présenté à ce si^et n'avait été que successivement ajournée. 

3 



- 54 - 

j^CiTeiU donc fefiiser d'aceepter en payanetit la metHiate ^ui a 
servi à les libérer; ce refus serait d'autant plus absurde (}U'Us 
en garantissent eux-mêmes la valeur intrinsèque» 

D'un autre côté^ ce sont les biens, les produits de ces pro- 
priétailres qui sont Tobjet presque exclusif du commerce < 

Or« si les fabricants , les commerçants trouvent facilement à 
transmettre le papier de la Banque immobilière en payement 
des matières premières ou des marchandises qui leur sont in- 
dispensables, peuvent-ils, à leur tour ) refuser du consommateur, 
en payement de leurs produits ou de marchandises quelconques, 
les valeurs qu'ils ont données eux-mêmes en payement ? Si ôès 
valeurs sont à l'usage du commerce pour Tachât, ne serait-il pas 
absurde que le commerçant les rejetât comme prix de vente? 

Eh bien 1 les propriétaires d'immeubles^ les fabricants, les 
commerçants^ les consommateurs qui se transmettent à Tenvi 
ces valeurs , voilà toute la nation ! Puisque toute la nation 
coopère à la transmission^ la circulation sans entraves en est 
bien certainement assurée ^ 

DEUXIEME SEttiON. — Ôhjeclions, 

t. 

Dira^-^n que le ci^tnmérce extérieur pouMit repdU§sér 
le6 bôns^de la Banque immobilière? 

Est-ce que le Commerce avec les natidfis étrângêfè!^ n'a lieta 
^'à la condition du payement en numéfalfe? OÙ sont ddttt 
aldrs; en Fratice, ces masses de pièces d'o^^ d'&rgent^ de tôtitefe 
matières môdétait*es représentant le montant deâidàrehanâi^d^ 
TenddëS aux Anglais ^ atli Espagnols, àii^ Hollandais, aux 
Belges, àUx AUetnandà de toutes nationalités ? A peine en rdti* 
contre-t-on à échanger contre des ttionnâiés dil d'âùtreà valeurs 
franoalseé pour là commodité des Voyages, et 11 ëët rare d'en 
tôir quelquéS-uneS dans la circulation. 

Pourquoi cela? C'est qu'afiu d'éviter lëâ inconvénients deâ 
décomptes pour une monnaie qui passe la frontière, afin encore 
de bonifier les frais et d'obvier aux inconvénients des transports, 
les payeâieflts d'un peuple à l'autre, k tnoins de raisons partieu-» 



lières dont les causes sont peu ordinaires, se font par TiMer- 
médiatre de uiaisou» de bauqiie et sans dépiaceoiMl de fonds. 

Cette seule raison suffirait pour détruire robjeotion% Toute- 
fois nous pousserons plus loin la réfutation, et doua dirons : 

L€s bons de la Banque immobilise soBt^ de leu^ nalaroi 
tout aussi transmissibles que les billets de la Banque et 
France ^ billets que le commeree extérieur ne songe paa« tjue 
nous sacbiona du moins^ à tepousser i mais, qUand bien méàtê 
ceux-ci ne seraient pas acceptés cotisme ¥deilr de c!ompenfea» 
tion^ il n'y auf ait pas les mimes raisons de refuber leé premiers 
qui circulent sous une garantie qui ne peut ni faillir« ni même 
{aibUr> si ce n'est dans Tun de ceë deux cas i eu que le sol de 
la France disparaisse de la surface du globe» ou qtie Bur?ienn6 
la catastrophe à laquelle faisaient allusion nos valeureux pères» 
lorsqu'ils voulaient donner la mesure de leur sécurité '* 

Voilà doue les seules chances ^ otii% leë seules ^ car toute 
crainte de perturbation sodale devient chimérique à Tégard 
d'un pays vivant sous un régime qui ne laisse aucun intérêt en 
souffirauecy et qui constitue cbdcun des nationaux solidaire des 
intérêts des autres. 

Toutefois qu'arriverait*il si^ dans soti ayeuglemekit, ou "povat 
un tout autre motif, le commerce extérieur repoussait absolu* 
ment les bons de la Banque immobilière? Eh bien 1 alor^i hors 
le cas d'échange de produits en nature^ le commerce français 
ferait usage de la valeur monétaire , et^ en retour^ il ii'aeeep 
terait pas d'autre valeur : ot l'avantage ne serait pas pour ré4 
tranger» car, avec la fkeilité de vendre à metUeur compte quâ 
les autres^ ilous recevrions plus de ttionnaîe tuéiallique l|ue 
nous n'en exporterions t 

It. 

Mais ^ âira^t*oni n'est^il j^as à craindre que rémission d'Une 
si forte sonune en papier monétaire ti'ait pour résultat de 
faire disparaître le numéraire de la circulation ? 

• Les Gatilots ue 6bûhàitôaiéht t[M'mé éisule catiàe de peut 4 là chuié t)U 
ciel sur leur lôle. 



— 36 ~ 

Voyons. 

Dans quelles mains se trouve le numéraire? Non dans les 
' mains des banquiers, qui ne le gardent pas, car il est contraire 
à leur intérêt d'en avoir au delà d'une certaine quantité dans 
leurs caisses; aussi ne s'y accumule-t-il pas, et n'y fait-il gé- 
néralement qu'un séjour forcé ; 

Non entre les mains de ceux qu'on appelle simplement capi- 
talistes, lesquels s'empressent de le rendre productif par des 
prêts à l'agriculture, à l'industrie manufacturière, au com- 
merce ; de réchanger, par conséquent, contre des titres bien 
souvent aventureux ; 

Non dans les caisses de la Banque de France, car Tintérét 
de cet établissement progresse en raison du concours des 
preneurs • ; 

Non encore entre les mains de l'industrie manufacturière ou 
commerciale, car les industries ne peuvent prospérer qu'à la 
condition d'échanger rapidement le numéraire contre les ma- 
tières premières, ou contre l'action du travail ; 

Non, enfin, dans les caisses de l'État, où il n'entre que pour 
être donné journellement en payement des services adminis- 
tratifs, de l'entretien des armées, des travaux exécutés au 
compte de l'État, etc. ; où il n'entre, en un mot, que pour être 
aussitôt répandu selon les besoins. 

Or, s'il n'y a qu'une minime partie du numéraire dans la 
caisse de la Banque de France , si le gouvernement ne peut 
l'accumuler dans celle de l'État, si les banques particulières, si 
les capitalistes, si toutes les industries financières ou commer- 
ciales sont intéressées à la rapide circulation de la valeur mo- 
nétaire, il faut dire que le numéraire est en même temps partout 
plus ou moins, car il y a partout des besoins à satisfaire, plus 
ou moins importants. 

Pour que, le régime du crédit foncier survenant, le numé- 
raire pût être accumulé dans un nombre restreint de caisses, 

* La Banque de France n'a que Irès-rarement en caisse au delà de 400 mil- 
lions de numéraire, encore dans les cas les plus extrêmes, somme minime 
eu égard à la valeur du numéraire en circulation. 



— 37 - 

il faudrait qu'après une émission aussi importante que celle que 
ferait la Banque immobilière, les financiers ne se trouvassent 
pas dans la condition d'avoir plutôt besoin du placement que 
le placement des financiers. On n*ignore pas que le numéraii'e 
est capricieux ; il ne se cache que quand on le recherche : sur- 
vient-il un moment où il soit délaissé, alors il se prodigue jus- 
qu'à Timportunité. Tel est justement l'effet qui serait la consé- 
quence de l'émission constituant les opérations de la Banque 
immobilière, et, cet effet réalisé, il faudrait que les banquiers, 
les capitalistes, non - seulement pussent atteindre le numé- 
raire circulant, mais encore qu'ils se résignassent à le garder 
improductif. 

Le numéraire restera donc en entier dans la circulation, sur* 
tout si , comme nous le ferons voir bientôt, il est facile d'en 
assurer l'emploi concurremment avec l'emploi des nouvelles 
valeurs. 

L'emploi simultané des deux valeurs trouvé, l'émission des 
bons de la Banque immobilière constitue une opération abso- 
lument identique, sinon plus avantageuse, à celle qui consiste- 
rait à mettre en circulation pour 8 milliards de valeurs mo- 
nétaires. 

Nous disons sinon plus avantageuse, et ce n'est pas sans 
motifs : en effet, outre la facilité de translation, outre la dé- 
préciation de la pièce de monnaie suivant le lieu de la circula- 
tion et par l'effet du firottement ; outre les frais de fabrication, 
ne voyons-nous pas que l'or court la chance d'être démonétisé? 
Qui peut répondre qu'un jour il n'en sera pas de même de l'ar- 
gent? Advienne une Californie argentifère, et nous verrons. 
Dès lors, à quel système de valeurs aura-t-on recours, lors- 
que les valeurs métalliques subiront une réduction impor- 
tante? 

Les bons de la Banque immobilière ne pourraient, au con- 
traire, qu'acquérir chaque jour une plus grande faveur. Ils re- 
présenteraient une valeur, le sol, les mines, les édifices, en- 
fin, tout ce qui constitue une garantie infaillible et intrinsèque, 
qui ne peut que tendre à une plus-value ; et il n'est pas témé- 



- 58 - 

raire de dire qw ces boes auraieat un jour ppur missien de 
parer à la dépréciatie» de la matière méialliqtte. 

Il y aurait donc, oe semble, pusillanimité ï hésiter d'émettre, 
les besoins sociaux l'exigeant, une somme de ces valeurs excé- 
dant même le montant de la dette hypothécaire. Il conviendrait 
même d^étendre les bienfaits de rémission jusques à fournir des 
ressources au propriétaire non endetté, mais qui craint d'aborder 
le crédit, aux conditions onéreuses de nos jours, pour opérer 
des travaux de fertilisation ou de réparations urgentes. Il feut 
aujourd'hui être armé d'un grand courage pour se constituer 
débiteur d'un intérêt annuel qui^ les frais d'actes compris^ ne 
s'élève jamais à moins de 8 à 10 pour 100, dans le but de fiiire 
une opération qui ne compensera certainement pas les chaînes 
de l'emprunt'. 

Ce serait donc ftiire une spéculation sociale très-avantageuse 
que d'élever à la somme de dix milliards l'émission des valeurs 
de la Banque immobilière, pour en, consacrer deux milliards à 
être donnés en prêt aux agriculteurs qui auraient à pratiquer 
des travaux de fécondation. L'effet de ces travaux compensant 
d'une manière généreuse les frais de culture, deux ou trois 
années de revenus suffiraient, selon l'étendue du terrain fé- 
condé *, pour libérer l'emprunteur d'un capital dont l'intérêt 
lui coûte si peu. A ce compte, ce capital serait incontestable- 
ment recherché jusqu'à l'abus, et il y aurait à prendre des 
mesurée pour que les demandes ne dépassassent pas la limite 
de la convenance^, et que la répartition peut toujours s'opérer 
dans d'équitables proportions. 

ni. 

Notre pensée d'user de ces mesures précautionnelles, dont 

' <c Y compris les frais, les habitants de la campagne ne payent pas moins 
de Si 10 pour 100 sur les capitaux qu'Us empruqtent^ non pour améliorer, 
mais presque toujours pour acheter. » (Voir la répoq^ de M^ de Aforpa^?, 
dans l'enquête sur le crédit foncier, page 20.) 

• Voir la note 6. 

Ifomt indiquofonfi plus tard 1^ mesures à prMdi» à cet égnpd. 



ipent (lue Qouf^ De craigQoos pas cpie rémission des valeurs de 
|a Bftpque iinmobiUiirQ puisse produire encombrement de eapi* 
taux. Mais, comme il pourrait se faire que notre sécurité ne iilt 
pw partagée par fous uocî leoteurs, nous croyons devoir présen- 
ter le^ poipts de réfutation répondant à Tobjection qui pouiv 
rait» à ce 8ujet, être faite à notre système. 

Uétat d'abandon dans lequel so^t laissés des terrains incultes 
dopt ré(^udpe égale, à pev pr^s, U cinquième partie du terri- 
toire lançais*, suffirait, ^ lui «eul pour témoigner que le car 
pilai industriel dont dispose la France ^^t bien loin de pouvoir 
^atisfaiie aux besoins de Tindustria agricole. Il n*y a pas de 
doute que lorsque T Assemblée constituante de i849 mitàTé- 
tude le projet de fertilisatioQ de ces terrains, elle n'eât pas 
reculé devant l'exécution qui devait la débarrasser d'une popu- 
lation restée trop longtemps menaçante et ruineuse à la charge 
de l'État, eq l'employant à une œuvre si éminemment profitable 
à la richesse publique, si cette assemblée eût pu diaposev du 
capital nécessaire ; mai^ le (chiffre du déficit dut paraitre consi- 
dérable : pou^ l'apprécierouft daua un moment. 

Si, d*un autre c6té^ le capital eàt été suffisant, pour les be- 
soins des industries manufacturières, commerciales, la Banque 
de France u'aurait pas été autorisée , à deux époques dlffé- 
f entes depuis ISqO, à émettre pour 800 millions de billets sans 
qu'elle eût à augmenter ses fonds de garantie ; 

S'il n'en était autrement, le Moniteur du décembre 4852*, 
n'aurait pas publié un avis ayant pour but de dissuader les pré- 
tendants à des concessions de lignes de chemins de fer d'a-^ 
dresser de nouvelles demandes. Le gouvernement n'aurait 
certainement eu garde de repousser ces demandes, si, comme 
l'explique l'avis, sa prudence n'avait eu à tenir compte des res^ 
sources réelles que le Trésor et le public peuvent consacrer 

1 Le baron de Walekemap (voir le Dit^onnaire de la conversation , 
U XXVIII, au mot France, page 172), évalue à 54,008,500 hectares la super- 
ieie du sol français. 

* Voir H copie de Tayls inséré dans le Moniteur (note H). 



— 40 — 

chaque année à ces grands travaux. C'est qn'en effet il avait à 
veiller aux intérêts des autres industries , lesquelles auraient 
eu à souffrir de la déviation du capital industriel, trop restreint 
pour suffire eu même temps à tous les besoins^. 

C'est bien certainement à l'insuffisance de notre capital qu'il 
faut s'en prendre si, sur trois cent soixante-dix mines de houille, 
matière si essentielle à la richesse et à la puissance d'un pays, 
nous en avons cent vingt en chômage. 

A l'appui de ces observations, nous pourrions citer l'opi- 
nion de bon nombre d'économistes : les autorités les plus 
imposantes sont groupées et discutées dans un article remar- 
quable Au Dictionnaire d* économie politique, écrit par M. Cher- 
bulliez, article que nous ne pouvons reproduire ici à cause de 
son étendue^. Nous nous contenterons de mettre sous les yeux 
du lecteur le passage suivant de la Statistique générale de la 
France^ par M. Schnitzler : 

« L'industrie française, dit M. Schnitzler ^, soutient avec 
« peine la concurrence étrangère , celle des Anglais surtout , 
« favorisée par l'instinct des affaires mercantiles dont ce 
« peuple semble doué, par les capitaux immenses dont il dis- 
« pose , et par une marine commerciale d'un développement 
« prodigieux. » 

Sans contester l'aptitude spéciale des Anglais pour les af- 
faires mercantiles , il est donc vrai de dire qu'une des causes 
d'infériorité du commerce de la France consiste dans Tinfé- 
riorité des capitaux. 

Ayons le capital, et l'infériorité commerciale sera moins sen- 
sible; ayons le capital, et notre marine marchande prendra 
un accroissement relatif; ayons le capital, et le personnel de 
notre commerce, au lieu d'être restreint au nombre de trois 
millions neuf cent quatre-vingt-six mille neuf cent-soixante ^ 

1 La crise financière actuelle (6 octobre 1855) n*a pas une autre cause que 
cette déviaiion. 

< Voir Tarticle de M. (J|ierbulUez dans le Dictionnaire d'économie poUti- 
que, vo Capital, p. 284. Guillaumin, Paris, rue Richelieu, U. 
» Voir Statistique générale de Ut France, par Schnitzler, 1. 1, p. 186 et 187. 
* Voir Statistique générale de la France^ par Schnitzler, t. IV, p. 11. 



- 41 - 

commerçants, ouvriers, femmes» enfants vivant du commerce» 
tendra à se rapprocher numériquement, en tenant compte des 
besoius de l'industrie agricole de la France , de celui de l'An- 
gleterre * ; ayons le capital , et le contingent du paupérisme 
trouvera d'une manière profitable l'emploi de ses forces sur 
notre sol, ou bien il ira chercher dans l'Algérie française, 
livrée aux travaux de la colonisation, un abri sûr contre la mi- 
sère ; ayons donc le capital, mais ayons-le décentralisé, sous 
peine de le voir difficilement accessible. 

TEOisiËME SECTION. — Emploi, 

Mais ne serait-il pas possible de connaître l'étendue de l'in- 
suffisance du capital pour apprécier Topportunité du montant 
des valeurs émises par la Banque immobilière? Nous allons 
essayer d'en donner une idée au moins approximative. 

Le moyen de créer la richesse publique, c'est de porter les 
capitaux partout où il y a lieu à une exploitation féconde en 
résultats ; par ce procédé, on augmente le crédit du travail, et 
Von assure la consommation, conséquence nécessaire de l'ai- 
sance des travailleurs. 

Or, nombre de chantiers providentiels ou nationaux resteu 
encore inexploités, et cela est préjudiciable. 

De ces chantiers, les principaux sont les terres incultes, les 
canaux, les chemins de fer en voie d'établissement ou à éta- 
blir, la colonisation de l'Algérie, l'exploitation des cent vingt 
mines de houille qui n'attendent que des travailleurs. 

Il est assez difficile d'apprécier au juste la somme des capi- 
taux que chacun de ces chantiers pourrait absorber; tout au 
plus peut-on s'en rendre compte d'une manière plus ou moins 
approximative. Nous allons le tenter, eu commençant par les 
terres incultes. 

1 Le personnel du commerce de TAngleterre eu mineurs, industriels, 
professionnistes. ouvriers de fabrique, négociants, ne s'élève pas à moins 
de onze millions quatre cent mille individus. Voir Statistique générale de 
la France, par Scbnilzler, 1. 1, p. 341, 



- 41 - 

Terres incultes^. 

i? Acquisitiqn de 9,500,000 bçctarçs (Je imm^ inculte*, k 
raisoudelOOfr.rbectare 950,000,000 

?^ Péfricbem^nt , desçécbewwt, bâtH 
mepts d'exploitation, bestiau]^, instnm)Qpt$ 

aratoires, à raison dç 350 fr, par hectare ^ 5,55(5,000,000 

Chemins defsr*. 

300 kilom. en construction. 

826 id. concédés et à copstruire, 

875 id. votés, mais non concédés *. 

■ il , 

2,001 id. , à raison de 218,000 fr. par 
kiloïpètre. , , 436,248,000 

200 kilomètrea à terminer, à raison de 
950,000 fr. par kilomètPô 50,000,000 

ColonisatiM de V Algérie •. 

7,000,000 hectares de terrain concédé à 
350 fr. par hectare, comme nos terres in- 
cultes, pour les mettre en état de prodjiîre. . 2,450,000,000 

Tôt?}, , , , , jMisîsm 

Dans cette somma ii*6st pas compris le montant d'expleita- 
tion de cent vingt mines de houille laissées improductives, car 
toute base d'appréciation nous manque. Nous hasardons de 

» M. Schnitzler (ouvrage déjà cité, h lUiP. 35) s'eyppjifle ^ ces terjoes, 
au sujet de ces terres inculies : 

t D'après ce tableau, plus de 10 millioiis d'hectares sur 50 millions sont 
« epoore impro^i^ctifsi situatioB déplor$ib1e, ayant sa source dans le mai^- 
a que d'engrais et dans la pénurie des capitaux placés dans l'çi^rjcuU^fe, 
« mais propre au moins à rassurer sur Taugmentalion toujours croissante de 
a la population. 

t Voir la notai. 

* Voir la note J* 

* Voir la BOle K, 

* Voir la note L. 

* Voir la note M. 



- 4B - 

dire qpa le nenUBl des trifaux se B'Aèverait pas k moins de 
1 million par mine. Go sorait donc une somme de 190 millions 
à ajouter à la somme précédente > et peut'^tre restons-nous 
au-dessous de la vërité. 

L'addition de cette somme porterait k 7,541,217,000 fr- le 
chiffre du capital commercial engagé |$our des emplois déter- 
minés. Sur la somme de 8 milliards de valeurs créées pour les 
besoins du crédit foncier, il ne resterait donc sans emploi dé^ 
ternainé qu'une somme de 458,783,000 francs '. 

Si nous ne mettons pas en ligne de compte la somme de 
^ milliards, destinée à la fécondation des terres déjà en cul- 
ture, c'est que ce capital a son emploi spécial, et que, dans le 
cas où il tùi reconnu que le chiffre dépasse les besoins, ce chif- 
fre pourrait être restreint sans le moindre inconvénient. 

Quanta la somme de 458,783,000 fr., restant après l'em- 
ploi déjà signalé d'une partie du capital de 8 milliards, cette 
somme serait assurément très-msufBsante pour élever notre 
commerce seulement à la hauteur de celui de TÀngleterre et de 
celui des Etats-Unis. Mais n'est-ce que pour nous traîner à la 
suite de ces deux puissances que nous disposerions de plus de 
ressources? Si donc nous avons beaucoup à faire pour donner 
à notre marine marchande une importance qui la mit à même 
de rivaliser avec celle de la marine étrangère, nous aurions à 
foire bien davantage pour seconder le mouvement industriel 
qui serait la conséquence de notre système de crédit ! 

Lorsque l'agriculture, favorisée dans son action par la puis- 
sance de institution, livrerait à toutes les industries une plus 
grande quantité de matières premières et à meilleur compte ; 
lorsque l'Algérie nous aurait affranchis des charges de IMmpor- 
tatiop, pouvant fournir à nos manufiactures, à prix réduits, les 
éléments de fabrication propres à son sol, lesquels , dans un 
nombre limité ^ de spécialités, ne nous coûtent pas moins de 

* Cette somme serait même beaucoup moins importante si nous avions 
pris pour base de nos calculs les appréciations de M. L. Delavergne. (Voir 
note I.) 

< Seulement pour les produits suivants: animaux, suifs, peaux, graisses, 



- 44 - 

380 millions , sans qoe nos colonies y aient aucune part ^; 
lorsque les travaux de manipulation de toute nature, de trans- 
port, de commerce auraient occupé tous les bras disponibles, 
et que^ par conséquent , chaque travailleur ayant* en même 
temps, et une plus grande part dans les profits de sa spécia- 
lité industrielle, et h payer moins cher le produit des autres 
industries, serait sollicité, par ce double avantage, à étendre 
l'importance de sa consommation ; lorsque toutes les positions 
sociales, participant à ces avantages, satisferaient largement 
leurs besoins et leurs goûts ; lorsque le bon marché des pro- 
duits exportés les ferait préférer, à mérite égal, à ceux des 
autres nations qui n'auraient, comme nous, à leur disposition 
ni l'abondance des matières premières, ni celle du capital, 
alors s'établirait un courant d'affaires dont il est difficile de 
déterminer la force, et qui infailliblement absorberait bien au 
delà de ce qui reste disponible du capital de 8 milliards. Oui, 
bien au delà, et tellement que, si la consommation du contin- 
gent du paupérisme, onze millions d'individus ! montait seule à 
500 firancs par tête au-dessus du chiffre actuel, cette consom- 
mation particulière représenterait une masse de produits de 
toutes sortes, qui ne s'élèverait pas à moins de 6 milliards;... 
à cette somme ajoutez l'accroissement de la consommation des 
personnes vivant dans la richesse ou l'aisance!... 

Il s'en faudrait donc bien qu'il y eût encombrement de capi- 
taux, à savoir en faire un usage convenable, à la suite de l'é- 
mission des valeurs de la Banque immobilière. 

Nous avons, par ce qui précède, fait connaître notre théorie 
du crédit foncier, en ce qui touche l'institution et les garanties 
sur lesquelles elle s'appuie ; nous avons résolu les seules ob- 
jections sérieuses qu'on pourrait élever contre la mise eu pra- 
tique de la combinaison; mais comme les effets de cette com- 
binaison ne se bornent pas uniquement à ceux que nous avons 
signalés jusqu'ici, nous allons compléter notre sujet. 

laines, soies, Un, chanvre> coton, bois de construction, fer, cuivre^ indigo» 
cochenille, 
t Voir lu np^ N, 



- 45 ~ 

QUATBiÈMB SBCTioif . — Complémmt, 

Pour que les avantages qui nous restent encore à faire con- 
naître soient bien compris, nous devons appeler l'attention du 
lecteur sur ces deux conséquences qui se déduisent facilement 
de nos principes, savoir : 

1^ Les propriétaires, actionnaires de la Banque immobilière, 
ne courent aucune chance de perte ; 

2^ Ces actionnaires ne se départant pas de la jouissance du 
gage affecté à la garantie , les fruits, les revenus produits par 
Timmeuble hypothéqué restent intégralement en leurs mains. 

De ces deux faits nous tirons la conclusion suivante : 

1^ 11 n'est rien dû aux actionnaires pour Téventualité des 
chances ; 

2® Il ne leur est point dû d'intérêts, puisqu'il n'y a pas lieu à 
sacriâces ; 

Z9 n ne leur est donc absolument rien dû pour la part qu'ils 
prennent à l'établissement du crédit, sinon d'être couverts des 
frais d'administration de la Banque immobilière. 

Les intérêts payés par les débiteurs tourneront donc au pro- 
fit de cette Banque, à concurrence des frais d'administration. 

Mais au profit de qui tournera le surplus? Au profit de tous. 
Àulam au profit de l'association qu'au profit de ses débiteurs, 
qu'au profit de l'industrie, du commerce, des travailleurs, delà 
nation entière. 

Voici par quel usage ce résultat peut être obtenu : 

La portion non absorbée serait employée à la fondation des 
écoles, à moins que cette importante somme ne Ait divisée par 
égales portions, et consacrée, une partie à la fondation de nou- 
veaux hospices, si cela était nécessaire, ou des caisses de se- 
cours, et l'autre partie aux écoles. 

Toutefois, il suffira d'un petit nombre d'années de ce re- 
venu pour la création des institutions qui ont pour objet de 
satisfaire et aux besoins de philanthropie et à ceux non moins 
importants de l'éducation des jeunes citoyens. Or, après satis- 
Êiction donnée à ces besoins, qui, de nos jours, grèvent assu- 



-46 - 

rément d'une charge fort lourde les positions individuelles, le 
montant des annuités suivantes sera consacré, jusqu'à extinc- 
tion, au remboursement de la dette publique' !l! 

Voici quelB seraient les effets de cette opération : 

L'intérêt à S pi 100 dû au capital de dix milliards mis eu 
circulation par la Banque immobilière s'élèverait à la soomie 
de 300 mUIions chaque années 

Or, en supposant que les frais d'adminintration atteignisseiU 
lô chiffre de 15 millions ^i il resterait chaque année une 
somme de 185 millions au moins à consacrer à l'extinctioa 
de la dette publique * 

Dès la première ândée du plein exercice de la Banque» la 
contribution eu général serait dégrevée d un capital dé 185 mil- 
lions , et , outre les mêmes dégrèvements pendant les années 
^UfCCëssives jusqu'à extinction de U dette, il j aurait à payer 
de moins annuellement l'intérêt à 4 1/2 p. 100 de la'saainie 
de 185 millions I soit 8,336,000 francb, et enfin lintirêt 
de cette somme» 574^325 francs* Ainsi Timportance des dé» 
grèvements suocessife s'a(icroitrait du taoontant progressif dd 
l'intérêt des intérêts capitalisés i il résulterait de c^te ofté- 
ration, qu'à la fin de là vingtHroisième année ^ si nos calculs 
ne nous trompent , la Banque aurait éteint la dette publique , 

* On voit clairement que, sans préjudice pour personne, on t)ourait abaiS' 
ëer te tâiik dé l'intérêt du ci'édit foUeiél*. Seulement, tl fàudt^it pltis de 
temps pour rembourser la dette publique. 

^ Â raisop de 5,000 fr. de frais d'administration par Cbd«tu9 banque Can- 
tonale, sur 2,844 cantons, la totalité de ces frais t>our toute la France s^é- 
lêVerali à là ttitiSm^ de l4,2i(),00d ft. i 5,6oé hr., fce feeratl trdf) î^nt éetVAlns, 
pas asses pour d'attirés ( il f^adrâii Qompetibert Toutefois^ nOfeid pensons 4|tie 
cette somme serait bien plus que suffisante si nous la comparons aux frai$ 
d*administrat)on des préfectures et sous -préfectures de France. En effel^ 
Fonibouve les ehiffi^s sttivabtià dans- les docilnients statistiques déjà ciléà : 

Traitement d€s préfets i,5éS,26â fr. 40 

^ dessDiis-préfiitfi.k . 4 . . ^ « i . » . . sar^tSÂ t> eè 

— des secrétaires généraux» » 103,929 » 41 

— des conseUlers généraux de préfecture. 472,374 » 76 
^ràis d'administi'ation des pi'étisôtuirës à,Sd2,0Ô0 » 00 

^ fH% souB^fA^feetiirdév w « . i i>iS4,d0d » dO 

tWàl Y,<H)Ô,324 fr. Sd 



— 47 — 

«n fidaettanl que le «hiffiré s'In i^trlt à eamon 6 i&ilHïfds. 

B o'esi peai*étre pas iulitUt de faire remarquer que lé redà^- 
boursemeot de la detle {Publique fie ceotthuê paà une nouvelle 
émiseion dô capitaux. En effet > ce remboureemedt s'effectue 
avec le montant des intérêts versés par les propriétaires fon** 
ders débiteurs de là Bailqué immobilière* Or^ entre les maink 
des propriétaires, tout comme dans les caisses de la Banque, 
ces soÉiknes ne son! qUe la représentation des produits de V$r 
grieultUre Tendus pour la consommation ; cette consommation 
Burveiiant dans un oourt espace de tetops/la circulation des 
produits s'arrête successivement, celle du montant des intérêts 
subsiste seule ; et si elle est en plus entre les mains des ctéad*- 
tiers derÉtat, elle est en moins entre celles dés consommateurs. 

Mais lorsque la dette publique aura été entièrement rem^ 
bourséô) quel emploi donnera4-^on au montant des intérêts 
aonuelleihent versés par leb propriétaires fonciers ? 

Si rÉtati à qui seul ces sommes sont dues comme représen^ 
tant la Société) avait à pourvoir à quelque service extraordi- 
naire , la perception du montant de ces intérêts pourrait être 
maintenue en totalité ou en partie, selon Timportance des be- 
soini I le taiix de Tintérit pourrait donc être ou maintenu ou 
réduitv Hais lorsqu'enfin Timpôt ordinaire suffirait i touë be^ 
«oins) ce ferait le moment de libérer le propriétaire fbncier de 
là diarge de Tempruiit jusqu'à concurrence du montant de la 
dette hypothécaire. Par ce seul fait» cette dette se trouverait^ à 
son tour, irrévocablement éteinte !!!... 

Alors la Banque immobilière n'aurait plus qu'à s'occupeir de 
l'administration de la somme de 3 milliards oU moindire» selon 
les besoins ) destinée à fournir des ressources pour la Mcon*» 
dation de& terres > c'est-à-dire à tenir cette somme à la dispo^ 
silién des propriétaires porteurs des mandats délivrés par les 
Conseils dee prud'hommes^ et à encaisser les remboursements» 

Mais exigera*tron un intérêt quelconque de la part des po^ 
tëurs de t^es âiandats ? 

Les besoîtis séeiauk doivent seuls encore servir de règle 
pour la naeeure à ad&pt^r h l'égard de ces emprunteurs. 



— 48 — 

L'établissement du Crédit fonder, tel que nons venons de 
Tinstituer » aurait donc bien évidemment pour conséquence 
de donner ii Tagriculture un élan qu'elle ne saurait restreindre , 
à l'industrie un développement d'action dont il est impossible 
de déterminer la limite ; de grouper tous les intérêts autour de 
l'étendard moralisateur du travail; de substituer l'aisance aa 
moins à la misère; de dissiper à jamais toute cause de trouble, 
d'anarchie ; de resserrer le lien de la famille particulière non 
moins que celui de la famille sociale; de faire représenter, 
comme chose sainte , le titre de la propriété : ainsi, richesse 
publique , moralité , concorde , sécurité , voilà où aboutirait 
l'établissement de notre institution du Crédit foncier. 

Maintenant qu'attendre pour passer de là position sociale 
actuelle à la position dont nous venons de faire connaître le 
bien-être, quand il suffirait d'adopter une mesure dont la pra- 
tique ne rencontrerait, nous osons le dire, d'autres dissidences 
que celles qui prendraient leur source dans Tignorance, la peur 
du nouveau, l'irréflexion , l'intérêt aveugle de quelques indi- 
vidus ? 

C'est donc Tignorance, la peur, l'irréflexion , la cupidité 
privée qui viendraient mettre obstacle à l'assiette de la richesse 
publique ? Beaux titres vraiment pour laisser la propriété obé- 
rée, l'industrie enchaînée, le travail languissant sous la tyrannie 
du capital commercial , la misère profonde et tracassière , la 
sécurité problématique, la démoralisation bravant les lois et la 
pudeur !!!!... 

Pour ouvrir la voie qui doit favoriser le passage de cette ère 
déplorable à celle que ne peut manquer d'inaugurer notre 
institution de Crédit foncier , aucun gouvernement , quel que 
soit son principe, s'il a souci et de sa gloire et de l'objet de sa 
mission , ne doit hésiter à prendre l'initiative. Sa main bien- 
faisante et résolue verserait au corps social languissant la po- 
tion salutaire qui seule peut lui rendre la vigueur. 

Le gouvernement qui aura assez de philanthropie et de 
courage pour imposer aux résistances absurdes, folles ou inté- 
ressées, la loi fondamentale du Crédit foncier, élèvera son nom 



— 40 — 

à l'apogée de la gloire, car Q placera notre belle et chère 
patrie dans cette voie de bonheur où elle serait à la fois l'admi- 
ration et le chef de file de tous les peuples. 

Nous proposerons donc, en termes très-succincts, le projet de 
loi suivant à la méditation des homines auxquels sont confiées 
les destinées nationales. 

ARTICLE 1®'. La propriété foncière de tout le territoire de la 
France est, dès aujourd'hui, affectée à une hypothèque dont le 
montant s'élève à la somme de dix milliards de francs, à Teffet 
de garantir la valeur des bons à émettre à concurrence de 

celte somme par la Banque immobilière, dont Tinstitution 

sera réglée ci-après. 

Art. 2. Ces bons serviront à désintéresser, à concurrence 
de huit milliards, tous les créanciers hypothécaires, et à aider, 
dans des conditions déterminées, à concurrence de deux mil- 
liards, les propriétaires fonciers, à opérer sur leurs propriétés 
les améliorations propres à en développer toute la fertilité. 

Art. 3. Les bons de la Banque immobilière seront reçus en 
circulation ^omn^e les billets de la Banque de France, ou 
comme valeur monétaire : auT)esoin, ils auront cours forcé. 

Art. 4. L'hypothèque dont il est parlé à Tarticle 1®' grè- 
vera chaque propriété particulière, en proportion de la valeur 
de celte propriété et dans le rapport du montant total des 
créances hypothécaires au montant total de la valeur des pro- 
priétés immobilières de toute nature, déduction faite du mon- 
tant total desdites créances hypothécaires. 

La valeur de la propriété particulière sera déterminée par la 
contribution que paye cette propriété. 

Art. 5. La Banque immobilière sera chargée, sur l'indication 
des débiteurs et après vérification des titres, de payer les 
créanciers hypothécaires, et elle sera de plein droit subrogée 
à tous les droits et actions de ces créanciers. 

Art. 6. Le débiteur sera tenu de payer avec exactitude , 
sous peine d'expropriation forcée, entre les mains de l'adminis- 
trateur de la section de la Banque cantonale dans la circon- 

4 



— » - 

mti^m de ItcpieUe sert établi son doÉakile, h laooiaBi fieé 
iatâréts à 2 pour 100 Tao, aux époques délemikiées dans k 
titre constitutif de la créance^ on qui peurraieii ïèHe par «ne 
loi postérieure. 

Les poursuites en expropriatioB pour non payement des in- 
térêts commenceront un mois après la mise en demeure signi^ 
fiée à la diligence du directeur de la banque cantonale. 

Art. 7. Les sommes provenant du versement des intérêts^ 
distraction faite du montant des frais quelconques d'adminis- 
tration de la banque, seront affectées, en partie, selon les 
besoins déterminés par Fexercice de Tinstitution de crédit 
foncier, et en partie ou en totalité, s'il n y a opportunité pour 
un autre emploi, au remboursement de la dette publique, et 
dans des proportions qui pourraient être fixées par une loi 
postérieure. 

Art. 8. Lorsque la dette publique aura été ainsi totalement 
éteinte, si les besoins sociaux n'exigent la perception totale 
ou partielle du montant des intérêts, Tobligation du versement 
sera irrévocablement annulée, et la dette hypothécaire sera dé- 
clarée entièrement remboursée. 

Art. 9. Après Textinction de la dette hypothécaire, il sera 
décidé , selon l'exigence des besoins , si les sommes prêtées 
par la Banque immobilière pour la fécondation des terres doi- 
vent ou non porter intérêt, ou si le taux de l'intérêt doit être 
seulement réduit. 

Art. 40. Les affectations hypothécaires à la garantie des 
reprises matrimoniales ou des droits des mineurs et des inter- 
dits, ou qui seront pmwient éveotueltes^ ne Betèùi pas com- 
prises dans l'effet de la présente loi. 

Art* il« Les statiUs de la banque, ie mode et le coimnen- 
ceaoent des opérations seront réglés par une assemblée com- 
posée de délégués de Uu$ ks propriétaires de France parvenus 
à Tâge de majorité, ayant la (pisdité de Français ou naturalisés 
Français» jouissant de leurs droits civils, réunis en assemblées 
électorales, dans le délai d'un mois, à partir du jour de la pro- 
mulgation de la présente loi« 



- 51 - 

HuîtaUie avam l'eipirali^i du ingb^ le jeir de la névaioa 
des assemblées électorales sera rappelé aux éleeieurs par des 
affiches apposées par les soins du juge de paii du cattofi eft 
sous sa responsabiUié pénale. 

AfiT. 12. L'élection auraUenaa eke^udu^^afiloB» cottoie 
eu matière politique. 

Abt. 13. Tout électeur est éligible* 

ÂBîi 14. Le siège de rassemblée des propriétaires déi^ 
gués pour établir la constitution de la Banque ûmobtUire est 
fixé à Paris. 

Art. 15. L'article précédent ne préjuge rien 8«r la déter-' 
minalion ultérieure du siège des autres assemblées des pnn 
priétaires délégués réunis pour vérifier les opérations de la 
bangue, ni, par conséquent, du siège de cette bauffle. 

Aat. 16. Aucune poursuite en expropriation forcée^ qui 
n'aurait pas été commencée avant les trois m^s qui ent pré- 
cédé la promulgation de la présente loi» ne pourra être dirigée 
contre les débiteurs hypoli&éeaires ou leurs ayants caude. Toutes 
poursuites commencées avant cette époque cesseront de plein 
droit; mais les frais déjà faits demeureront à la charge du dé- 
biteur. 

Tel est le projet qui, en substance^ doit consacrer et établir 
Vinstitution du système de crédit fonder dont anus ^oas <ex^ 
posé les motifs. 

Nous avons d^à signalé de notables effets résultant de Vue* 
fluence que cette institution exercerait sur Tordre social; «aats 
ces eSéis^ quelque im|)ortants qu'ils ssient Am$ rinlérét 4ê 
la prospérité publique» ne t4Micb^ encore ^uW ua point mA 
conditions de cett^ prospérité* 

L'établissement de ce système ne peut manquer, en effet 
d'£q>porter en lui-fl9émeidepr^>fendes inodificalions dans l'action 
du travail. Si, par suite de la ee^bMaisen qui «ert de base 1 
la Banque kumobilière^ le travaiUeir peut twjours compter sur 
l'emploi constant de son intelligeace et de ses forces, il est 
juste que, de son côté, îl tie puisse les dépenseï" ni les réser- 
ver capricieusement. 



— sa- 
li est donc indispensable que des règles interviennent, déter- 
minant les droits et les devoirs de ceux qui personnifient les 
capitaux. Il convient, d'ailleurs, de rétablir le travailleur dans 
la position sociale qui est due à l'un des artisans de la richesse 
publique ; dans la dignité individuelle dont des préjugés su- 
rannés Tavaient dépouillé^. 

Mais, pour asseoir d'une manière inébranlable la prospérité 
publique, il y a encore autre chose à faire : si la moralité est 
un effet incontestable du travail, elle est bien plus encore le 
résultat infaillible de Téducation. Servons-nous donc de Tédu- 
cation comme moyen morahsateur; mais servons-nous-en aussi 
pour diriger chaque membre du corps social vers sa position 
providentielle. 

Ce n'est donc pas tout que d'universaliser Finstruction, il 
faut encore que le système d'éducation ait essentiellement pour 
objet et d'observer la tendance prédileciionnelle du sujet et 
d*en exercer ensuite la capacité dans les spécialités des prati- 
ques professionnelles, car il est déplorable de voir l'exercice 
d'une profession livrée au caprice, à l'arbitraire , à l'incapa- 
cité, trop souvent même au hasard. 

Il y a, en effet, toujours perte de résultats chaque fois qu'un 
instrument est confié à des mains trop faibles ou malhabiles ; 
et puis, l'on sait bien ce qu'il faut attendre de ces professions 
étudiées avec une aptitude qui, judicieusement appréciée, con- 
viendrait parfaitement à une autre spécialité. Si, d'un côté, 
l'exercice d'une profession mal choisie ne profite pas, ou pro- 
fite peu à celui qui la pratique avec dégoût ou indifférence ; 
d'un autre côté, la société fait une perte souvent bien regret- 
table dans le sens de la spécialité qui répondrait à l'aptitude 
du sujet. 

C'est à une fausse direction qu'il faut attribuer ces brusques 
retours d'un sujet vers une profession dont il avait été écarté, 
et l'on sait quelles en sont les conséquences... La vie d'un 

^ Les opinions du régime féodal influent encore beaucoup sur ropiaion 
que nous nous faisons de la considération sociale attachée à la condition 
d'ouvrier. Nous verrons plus tard, y 



- 53 — 

homme suffit à peine, dans le plus grand nombre de cas, pour 
apprendre, pour mettre habilement en pratique une science, un 
art, un métier ; il ne faut donc pas le placer dans la nécessité 
de faire l'étude, Tapprentissage de deux. Qu'il est cependant 
considérable le nombre de ceux qui se trouvent déplacés dans 
leur carrière professionnelle!... Il faut le déplorer, car on 
ne peut se dissimuler qu'il y ait toujours tiraillement, désordre 
même, partout où chacun n'est pas à sa place. 

Tant qu'il y aura cause de désordre, la prospérité publique 
restera donc chancelante, nonobstant les éléments de richesses 
d'un peuple ; mais si la richesse est un acheminement, les in- 
stitutions qui organisent le travail, qui en enseignent la prati- 
que et qui basent cet enseignement sur un principe de morale 
apph'cable à toute position , en sont le complément. Travail , 
éducation, tels seront donc les sujets qui formeront Tobjet de la 
seconde partie de notre traité de la prospérité publique. 



Fm DE LA PREMIÈRE PARTIE. 



DEUXIÈME PARTIE, 



DE LINFLVENGE DE LA DÉCEUTRAUSATION DES CAPITAUX 

SDR L'ORDRE SOCIAL. 



LrVRË PREMIER. 



CHAPITRE I. 

D£ U QUCimON pu BIIÛIT AU TRAYAO^. 

Le Créateur a placé l'homme sur la terre dans un état de 
imdiié complète, dépourvu de défenses organiques, sans abri 
et assujetti à une foule de besoins instantanés, sans autres pré- 
cautions que de mettre k sa portée, à Tétat élémentaire , les 
objets qui peuvent servir à Talimenter, à le vêtir, à Tabriler, à 
le défendre. 

Le sol, dont il a fait le théâtre des actions de l'homme, se 
développe montueux dans sa plus grande étendue, et, dans une 
partie notable de cette étendue, se présente hérissé de monta- 
gnes d'un accès presque impossible. 

De plus, et comme s'il eût eu la pensée de maintenh* dans 
risotenent les diverses races dont il a peuplé le globe, il les a 
séparées par l'immensité des mers destinées, ce semble, à op- 
poser un obstacle infranchissable à toute communication, car 
Bolle trace de direction possible sur cette masse si mobile. 

Enfin, dans l'immense réservoh* atmosphérique, source de 
vie, qui satisfeit aux besoins de la respiration , le Créateur a 
introduit des éléments pernicieux, qui se combinent souvent de 
nanière à devenir de puissantes causes de destruction ; tels les 



- 56 — 

ouragans, les tempêtes, la foudre ; souvent même l'atmosphère 
se trouve empoisonnée par des principes délétères. 

Il est vrai que le Créateur a mis à la disposition de Thomme 
les animaux dont la chair, les dépouilles, servent k sa nourri- 
ture, lui fournissent des vêtements ; mais parmi ces animaux, 
les uns sont redoutables, d'autres sont ou doués d'une force 
supérieure , ou pourvus d'une agilité capable de déjouer tous 
les efforts dans les limites des forces individuelles ; un grand 
nombre ne lui sont qu incommodes, et tous enfin, à l'état sau< 
vage, sont impatients du joug de la domesticité. 

Lorsque Ton s'arrête à considérer avec quelle soucieuse 
prévoyance le Créateur a pris soin de pourvoir aux vêtements, 
aux moyens de défense selon ses vues providentielles, des autres 
êtres de la création ; de leur procurer des abris qui conviennent 
à leur nature, de mettre à leur portée une nourriture propre à 
leur alimentation, on serait tenté de croire que l'auteur de l'uni- 
vers a voulu faire de l'homme le paria de la création. Et pour- 
tant il n'en est rien. 

Non, l'homme n'est pas l'être disgracié delà nature; s'il eût 
été le plus fort, le mieux pourvu d'armes organiques de tous 
les êtres créés ; s'il eût trouvé sous sa main les moyens de 
pourvoir facilement à ses rares besoins au moment opportun ; 
si le Créateur, en un mot, eût fait pour lui ce qu'il a fait pour 
tous les animaux, l'homme ne serait sorti de l'état de végétation 
et de torpeur, ses besoins satisfaits, que lorsque Taiguillon de 
la faim ou le besoin de la propagation de son espèce l'auraient 
forcé de secouer ce brutal engourdissement : repu, il se serait 
accroupi dans la somnolence, et sa famille n'aurait étél'objet de 
sa sollicitude que pendant le temps nécessaire au développement 
de la force physique. 

Le moment venu où le jeune sujet peut se suffire à lui-même, 
le lien social de famille auraitété rompu, parce qu'auraient cessé 
les causes éphémères qui le rendaient nécessaire, et ce lien, si 
fragile entre les individus que devait attacher la parenté du 
sang, ne se serait jamais formé entre ceux que cette cause acci- 
dentelle n'aurait pas réunis. L'état social n'aurait donc pas 



- 67 - 

plus existé pour la race humaine qu'il n'existe pour les diffé- 
rentes espèces d'animaux. 

A la misère native de Thomme se rattache donc une condi- 
iioD puissante de sociabilité, celle au moins du lien de famille, 
déjà si féconde en ramifications. 

Mais ce bienfait, tout important qu'il soit, n'aurait qu'une 
valeur secondaire sans les autres biens que le Créateur a mis à 
la disposition de Tétre qui paraît si oublié. 

De la surface de ce sol, où l'homme semble comme exilé, 
Dieu a fait un immense chantier divisé en vastes ateliers sura- 
bondamment fournis de riches matériaux; au sein de ce sol 
sont pareillement amoncelés de nombreux éléments de richesses, 
dont les uns, par leur dure consistance, deviennent un irrésis- 
tible moyen d'action, dès l'instant qu'on sait en maîtriser la 
formé résistante, et dont les autres, par leur nature essentiel- 
lement propre à la combustion, fournissent à la fois, et une 
chaleur vivifiante et les ressources nécessaires pour dompter les 
premiers et les réduire à un état de malléabilité susceptible 
d'affecter les formes les plus délicates. 

Sous les couches superficielles du sol se ravivent sans cesse 
les ferments de toute végétation, tandis que sur le sol lui-même 
s'agite une diversité innombrable d'animaux doués d'une puis- 
sance de reproduction inépuisable. 

Non moins que la superficie solide du sol, le sein des mers 
nourrit de précieux végétaux et une population d'animaux tout 
aussi utile, tout aussi féconde, tout aussi nombreuse et tout 
aussi variée. 

Inépuisable réservoir de fluides aqueux ou aériformes , les 
mers fournissent à l'atmosphère les conditions fertilisatrices du 
sol, celles de la vie des êtres animés et des végétaux, et celles 
de l'accouplement ou de la séparation des substances minérales. 

Enfin, le Créateur a couronné cette grande œuvre d'une écla- 
tante voûte parsemée de foyers étincelants, d'où s'épanchent et 
la lumière et le calorique. Témoignage éblouissant de puissance 
et d'immensité, cette voûte étale aux regards de la race humaine 
un tableau somptueux et magique, qui révèle à l'âme la haute 



— 58 — 

flsissioii de la créalnra doiée ée la IhcoM de conpraidre Fm- 

leur de tant de prodiges. 

Et à rhomaie fait pour eemprendre, Dieu a dit : « Toâà ton 
domaine. » 

Mais comment, dans son dénftneirt; le sazerain de cet im- 
mense domaine pourrait-il rendre la terre docile à ses prati- 
ques, asservir la brute impatiente ou féroce, déplacer les mas- 
ses qui recouvrent les métaux, maîtriser, faire tourner à son 
avantage les propriétés destructrices de Tatmosphère, pénétrer 
dans les abimes des mers et jalonner la route qui doit, sans er- 
reur, le conduire aux termes de ses courses sur la vaste plame 
des océans ? Quel levier aura-t-il donc à sa disposition pour 
déplacer, pour manier tant de colossales résistances? 

Le Créateur y a pourvu; l'homme a reçu de lui Tinteffigence 
et la parole, la parole, émanation de la force divine, et en lui 
donnant ce double levier, il lui a dit : « Travaille. » 

Et Thomme, agissant dans sa puissance collective, s'est mis 
en train d'accomplir sa tâche, et il a réalisé des travaux im- 
menses, il a en quelque sorte participé à l'œuvre de la création ; 
car, si de ses mams il n'a pas feit la matière, il Ta du moins 
transformée d'une manière si absolue que le Créateur dispa- 
raîtrait devant le résultat, si le résultat même de la transfor- 
mation ne mettait en relief, d'une façon plus saisissante encore 
l'origine, la source de la puissance du transformateur. 

Que l'on cherche, en effet, sur ce papier, dans ces lignes 
que parcourt le regard, un indice de la matière rudimentaire ; 
qu'on s'évertue à reconnaître dans cet ensemble, et les semen- 
ces qui ont germé et donné naissance à la plante filamenteuse 
convertie eu longs cordons entrelacés ensuite, d'une manière 
merveilleuse, pour former le tissu d'abord élégant et moelleux 
qui a paré la beauté et qui, plus tard, passé à l'état de lam- 
beaux, a fini par être transformé en ces feuilles minces et collées, 
parfaiten&ent propres à recevoir Tempreinie de caractères ayant 
pour mission de dessiner la pensée, de la rendre saisissable à 
Fœil et de la propager jusque dans les régions les plus loin- 
taines et dans Tavenir le plus reculé ; 



— » — 

t 

Que Fen eberei^ à y 4éaiéler la forme et ces fégéla^x dont 
les sucs oBt coloré la matière Yfqmàe qui reud eoBnae saittaiiie 
Vempreinte de ces caractères ; 

Qb'od y démêle la substance de ces rades métaux rendus mal- 
léables au gré de Tingénieux artiste et transformés ensuite en 
une multitude de tiges dont chacune a reçu pour couronne 
une de ces figures qui composent des mots alignés dans ces 
pages ; 

(^'on y démêle enfin les combinaisons qui entrent dans la 
composition de la machine productive de ces empreintes diver- 
ses devenues le moyen moral, le moyen gouvernemental, le 
moyen soda) le plus puissant ! 

Âvee les instruments immatériels qu'il a reçus du Créateur, 
Vbemme a donc enfanté des prodiges, et il s'est fait, dans la 
création, une place d'autant plus éminente que l'infériorité de 
sa conditiofi organique native parait plus humble. 

Cette nécessité du travail, qui le distingue d'une manière si 
tranchée des autres créatures % a donc fait de lui le souverain 
fort et puissant de la création. 

Voilà comment l'homme accomplit la tâche que le Créateur 
lui a fatalement imposée ! ! ! 

Quoi qu'il en soit du relief que lui donnent ses œuvres, 
Vhomme «e peut donc éluder la loi providentielle qui le con- 
damne au travail : s'efforçât-il de se rebeller contre sa condition 
native, la punition ne se ferait pas attendre ; se soumet-il, il 
aecompHt une obligation, et cette obligation c'est sa destinée. 

Or, remplir une obligation ce n'est pas exercer un droit, 
c'est obéir à un devoir. 

L'exercice d'un droit est fecuhatif ; l'accomplissement d'un 
devoir ne Test pas. 

' < Qu*est-ce qui distingue l'homme de tous les autres êtres vivants, et 
qu^est-ce qui constitue sa supériorité sur eux?» A cette question, que 
pose M. Enile de Girardin dans son livre du DroU^ déjà ché, page 30, il 
répond : a C'est la faculté de raisonner, c'est la force immatérielle dont il 
est exclusivement doué. » Notre pensée, croyons-nous, se réfère à celle 
de M. de Girardin, car le travail, c'est l'action de la forée dirigée par Fin- 
telligence. LMntelligence intervient donc dans l'action comme force imma- 
leneife. 



— 60 - 

On pourrait douter qu'un'individu eût le droit de se soustraire 
à une obligation qui lui serait imposée ; mais mettre en doute 
sou droit d'user des moyens d'accomplir ce qui est exigé, c'est 
demander si celui qui est obligé de marcher a le droit d'avancer 
alternativement ses jambes. 

C'est donc le renversement de toute idée rationnelle que de 
douter qu'un individu ait le droit de travailler; en d'autres 
termes, qu'il ait droit au travail. 

Or, n'estril pas bien étonnant que, de nos jours, le droit au 
travail ait été mis en question? 

On dira peut-être que l'état de la civilisation conduit à ce 

renversement d'idées. Si cela est, la situation est déplorable; 

car la solution affirmative ou négative de la question aboutit on 

à une naïveté, comme nofus venons de le voir, ou à l'absurde. 

Raisonnons. 

La question du droit au travail se traduit identiquement en 
ces termes : l'homme qui n'a d'autre capital que sa force et son 
intelligence, c'est-à-dire son aptitude au travail, a-t-il le droit 
d'exercer cette aptitude ? 

Mais comme les résultats de cet exercice sont pour cet 
homme le seul moyen de soutenir son existence, la question 
finit par se formuler ainsi : l'homme qui n'a d'autres ressources 
pour vivre que son aptitude au travail a-t-il droit à la vie ? 

Or, toute question se résout par l'un de ces deux monosyl- 
labes : oui, non. 

Si la solution négative est adoptée, il en résulte cette consé- 
quence forcée que celui qui vit sans avoir droit à la vie a usurpé 
ce droit; et, si Ton veut être logique encore dans l'application 
. des principes, il faut l'en déposséder comme on dépossède du 
droit de propriété celui qui a usurpé la jouissance, en maître 
absolu, d'un immeuble. 
Nous voilà dans l'absurde. 

Si l'on adopte l'autre solution, si l'on décide que l'aptitude 
au travail donne droit au travail, il sera logiquement impos- 
sible de repousser le travailleur qui se présentera pour de- 
mander d'être admis à l'exercice de son droit, à moins que le^ 



- 61 - 

droit ne soit conféré abstraction faite de l'exercice, ce qui ne 
serait autre chose qu'une amère dérision. 
I^Si, au contraire, il est entendu que Texercice du droit n'est 
pas séparé du principe, il faudra mettre le principe en pratique 
dans toutes ses conséquences, et, pour que le travail produise 
des résultats utiles, se préoccuper de la spécialité d'aptitude 
de celui qui vient en demander remploi. 

Or, si rÉtat prend à Uche de satisfaire à cette demande, il 

se trouve dans la position d'établir autant d'ateliers qu'il y a 

de spécialités dans les demandes, c'est-à-dire autant qu'il y a de 

besoins sociaux. Voilà donc, si la chose était possible, l'État 

devenu fabricant, commerçant, car il faudra bien qu'il s'occupe 

de l'écoulement, du transport des produits; le voilà éublissant 

une concurrence désastreuse avec l'industrie privée, ce qui 

aboutit à la ruine du pays. 

Se fît-on illusion sur une conséquence aussi déplorable , il 
faut bien que l'on reconnaisse que le travail agricole ou autre 
n'étant possible qu'à l'aide d'un capital passif et d'un capital 
industriel, il faudrait tout d'abord que l'État possédât un ca- 
pital passif en terrains, usines, etc. , assez important pour oc- 
cuper, tous les oisifs, et puis, qu'il eût à sa disposition un 
capital industriel suffisant pour alimenter toutes les industries. 

Et où l'État prendrait-il le capital passif? où prendrait-il 
le capiul commercial? Déposséderait-il? Impossible; et cela 
suffirait pour arrêter l'effet de la combinaison. Créerait-il de 
nouveaux impôts? mais le fardeau de l'impôt est déjà bien 
lourd pour le contribuable; et, au surplus, ajouter à cette 
charge, ce serait porter atteinte à la partie déjà insuffisante du 
capital commercial dont dispose ce contribuable, et, par con- 
séquent, tarir la source du travail d'un côté pour l'alimenter de 
l'autre. Singulière compensation! Et la consommation?... 

Si l'Etat ne peut satisfaire, par ses propres ressources, aux 
conséquences du principe légalement proclamé du droit au 
travaily ce sera donc aux propriétaires, aux commerçants, aux 
fabricants, dans toutes les spécialités, que s'adressera le tra- 
vailleur pour réclamer l'exercice du droit que lui confère la loi; 



- ea - 

et il n'y aurait oeries yâs à le rtponstér ù TÉUt metUAU «ti 
proclamant le principe, uq capital indttstriel à la Asposition 
des pr<Mlucteurs de toute sorte, des comiaerçants en gé- 
néral. 

Que Yoû coMiBence donc par cmislittier ce capital, et puis 
que le iroU iam irwM soit hardimettt proclanoé, si tant est 
qu'alors on estime que cette mesure soit nécessaire; si l'oii 
croit qu'il soii nécessaire de contraindre les producteurs de 
tout genre de spécialités k ttser des moyens mis à leur disposi- 
tion pour augmenter leur bten-étre, ie«r fortune, pour parvenir 
à la rickessOé 

L'institution du crédit foncier est donc la seule solution que 
Ton puisse donner à la question du droit au travail j si toutefois 
elle ne rend cette question illusoire. 

Mais comme c'est la société qui pourvoit à rétablissement 
de cette institution, il est de toute justice qu'elle intervienne 
dans les cas où il y aurait nécessité de prévenir ou réprimer les 
abus qui pourraient se glisser dans l'usage des ressources 
qu'elle a mises à la portée de chacun. 

Poni' bien apprécier le rôle que la société est appelée à rem- 
plir dans cette grande œuvre de la richesse sociale, il suffit 
d'examiner quels devoirs Tusage de ses bienfaits impose aux 
possesseurs des deux capitaux, actif et passif. 



CHAPITRE IL 

DES bEVOmS DES DÉtENTEUttS DU CAPITAL PASSIF. 

Nous rappellerons succinctement que nous avons désigné 
le sol, Tusine, avec leurs accessoires, sous la dénomination de 
capital passif, et, sous celle de capital actif, l'industrie. 

Les âéteuteurs du capital passif sont dote les propriétaires 
fonciers, les propriétaires d'usines^ des instruments de travail. 

Les possesseurs du capital ac^ sont tous ceux qui se servent 
de ces instruments, qu'as en stieni •« mm propr^taires ; en 



géQénd les hoHidies doués d'apUtu^ ai travail^ qaeUe ^'m 
8/ok la spéeiaiiié» les travaUleurs. 

Les possesseurs du capital passif se divisetii aaiurellemeal 
en den classes, savoir ; les propriétaires du sol et les proprié- 
taires de l'usiDe maoïifteUirière «ii de Taielier. 

iVoiis allons apprécier sueeessivement les devoirs ifài cmh 
pètent aux deux dasses de ces possesseurs» en cernsençaut par 
le propriéture du soU de l'usine agricole. 

§1. 

BES DEVOIRS DES PROPRIÉTAIRES RURAUX. 

Nous avons fait apprécier combien le système du crédit 
foncier est profitable au possesseur du sol, à qui il fournit les 
moyens soit de se libérer envers ses débiteurs, soit de fertiliser 
ses terres. Or, il faudrait ne pas connaître les hommes en 
général, et le propriétaire foncier en particulier, pour penser 
que celui-ci restera froid en présence des ressources qui seront 
mises à sa disposition : pour qui a pu constater l'âpre mais bien 
légitime ténacité du propriétaire, il demeure démontré qu'il suffit 
d'écarter les obstacles qui s'opposent à son infatigable ac- 
tivité. 

Voilà donc l'action du travail des champs qui va se dévelop- 
pant dans toute sa vigueur, par cela seul que la richesse du 
propriétaire foncier en est l'infaillible conséquence. 

De cet effet de l'institution du crédit foncier l'intérêt social 
retire un profit considérable , car on ne saurait ne pas recon^ 
naître que Taîsance au moins du propriétaire foncier lui facilite 
les moyens de consommation, le porte à se procurer les jouis- 
sances que cause la possession du confortable^ et même les 
objets de luxe. Or, dans l'état de civilisation où nous sommes 
parvenus, la fabrication des objets qui constituent et le confor- 
table et le luxe alimente à elle seule, nous ne craignons pas 
de le dire, les deux tiers des industries qui fournissent aux 
besoins sociaux sinon toutes par affinité. 

S'il est vrai de dire que plus le propriétaire foncier est à même 
de consommer, plus l'action du travail en général doit se dé- 



— 64 — 

velopper* il est vrai de dire aussi qae plus il est ^ même de 
produire, plus il est à même de favoriser l'action du travail dans 
toutes les spécialités. 

Ce n'est donc pas dans l'intérêt exclusif du propriétaire fon- 
cier que la société, en instituant l'établissementl de la Banque 
immobilière, met aux mains de celui-ci les moyens d'augmenter 
considérablement son bien-être. Quelle nécessité, en effet, de 
porter uniquement sa sollicitude sur le sort du détenteur de ce 
capital qui contient le germe de toutes richesses, germe que 
ce détenteur est individuellement si intéressé à développer? Or, 
si le propriétaire foncier résistait aux suggestions de sou intérêt 
privé ; s'il dédaignait l'important service qui lui est offert ; en 
un mot, s'il restait en arrière de la mission sociale dont les 
soins lui sont si généreusement payés, il encourrait une im- 
mense responsabilité. Il serait non moins coupable que celui 
qui dévierait, à pure perte , par cela seul qu'elle a trouvé 
issue dans son sol, une source abondante au détriment d'une 
population qui, parla situation de son territoire, était appelée 
à jouir des avantages de cette source. Que le propriétaire du 
sol laisse au moins les eaux suivre leur pente vers le centre 
de population aux besoins de laquelle elles satisfont, eh ! qui 
se préoccupera du titre de propriété? De même que le pro- 
priétaire du sol livre son champ à l'action d un travail assez 
puissant pour développer toute la fécondité dont ce champ est 
susceptible, qu'il le rende à sa destination naturelle en en fai- 
sant comme le domaine du travail, eh ! qui aura la pensée de 
lui demander compte de son droit de propriétaire? 

Sous le régime de l'institution du crédit foncier plus particu- 
lièrement, le propriétaire du sol agricole n'est , en quelque 
sorte, que l'administrateur, au profit de la société, du domaine 
qu'il possède ; or, dans le cas possible où cet administrateur 
négligerait, dans l'exercice de son mandat, d'user des res- 
sources qui sont mises à sa disposition, ou les détournerait de 
leur destination, il convient d'obvier aux hiconvénients de la 
négligence, de la mauvaise volonté, de l'incapacité, de l'infidé- 
lité dans l'accomplissement de ses devoirs de possesseur du sol. 



— 65 — 

A cet effet, nous proposons les dispositions suivantes : 

Il sera établi dans chaque commune un conseil de prud'hom- 
mes, composé de neuf, onze, quinze membres, suivant l'éten- 
due de la commune, chargé de veiller à ce que chaque domaine 
reçoive, selon la nature du terrain, la culture qui doit y déve- 
lopper toute la fertilité dont ce domaiue est susceptible. 

Les membres de ce conseil doivent être élus^ par les habi- 
tants de la commune ayant qualité pour participer à Télection 
du conseil municipal. 

Les mineurs émancipés pourront même être admis au vote, 
mais ils ne pourront être élus que lorsqu'ils auront atteint Tâge 
de majorité. 

Les membres du conseil seront pris moitié parmi les pro- 
priétaires, moitié parmi les travailleurs ou les citoyens qui, 
ayant eux-mêmes une petite propriété, se consacrent néan- 
moins chez les autres au travail journalier. 

Le conseil se réunira au moins une fois par mois daus la 
saison où les travaux des champs sont le moins urgents, et 
toutes les semaines, et même plus souvent, s'il y a opportunité, 
dans les autres saisons. 

Ces réunions seront consacrées à écouter les rapports des 
membres qui auraient à signaler des négligences dans la pra- 
tique agricole des propriétaires; il en sera dressé procès- 
verbal. 

Le président déléguera trois des membres du conseil, autres 
que Fauteur du rapport, pour examiner le domaine ou les par- 
ties du domaine signalé, apprécier l'importance des travaux à 
pratiquer et en donner avis au propriétaire, avec invitation de 
mettre sans délai la main à l'œuvre.— Cette disposition, on le 
conçoit bien, n'exclut ni formes à employer dans les procédés 
envers le propriétaire, préalablement au rapport, ni condescen- 
dance à écouter ses explications devant le conseil, ni déférence 
à ses vues d'initiative. Ces ménagements et ces égards ont 
même à peine besoin d'être recommandés. 

1 Voir le mode d^élection indiqué par M. Emile de Girardin dans son li- 
vre de la PoUtique rniverseUe, livre IVi cbap. i, page 43 et suivantes. 



— es — 

Si le fTNnHJÙr^ as? ;v é^ k^r% Bf»s»îrestMr aéaâfr 
Vw l?a*îï\. V <v^ixr'^. s^^r.*!? i^îi:e, rx«^ k trtièi qw. a 

sii'"^ lîitr i»?»xr.i! il r- 'iiKu 1 :r ers- ^'l^*^:^ j*s l'US «finma:- 
'-^>s t T i\*' :...^ ^- .:- vriiu :-air:ixiL\iiir-uirîit amcie î;if 

H- ^- \ir^. -n.rt-r sir :i:^*;:ï ;r> k-!i;'7^ i!i • rs^i ici airar 
rai ^.irit Jv u. •» niu.^^- .1 /:-r.:>-*r i^ -z^wn ir^ l^m -s- 
^rits z-jus- c '-i:.* .% ?\:^ ?iu> lUr ^:r \i::e:r »:i ^-^m*!^ 

i* —?-*;: :': > ^^ i.^ .^ r'v-> . -^ ! :•- -/"*: \. :^ ï-*i— 



— 67 — 

tome la fécondité qu'elles comportent : que celui qui a besoin 
d'uD capital pour défoncer, assainir, pratiquer les moyens d'ir- 
rigation, acheter des engrais, appelle le conseil des prud'hom- 
mes à apprécier rimporlance des travaux ayant pour objet de 
relever, d'activer la force végétale de ses terrains; qu'il fasse, 
parce conseil, constater ses besoins, et la Banque immobilière 
lai fournira les ressources nécessaires dans la proportion dé- 
terminée par Tappréciation du conseil. 

Ainsi donc, si une surveillance consciencieuse vient prêter 
son concours aux moyens tentatifs que la société met à la dis- 
position du propriétaire foncier, le travail des champs est assuré 
de telle manière que le chômage dans cette spécialité d'industrie 
semble désormais impossible. 

Passons à l'examen des devoirs attachés à la qualité des pro- 
priétaires de l'usine. 

§11. 

D£S BEVOIBS DES PROPRIÉTAIRES DES USINES. 

Nous considérons ici l'usine comme instrument de travail, 
et, sous cette dénomination, nous comprenons non-seulemmit 
Tédifice, mais encore le chantier qui sert de théâtre à Faction 
du travail, quels qu'en soient le site et l'importance. 

Ceci bien compris, voici comment nous raisonnons : 

Le propriétaire de Tusine ou la livre moyennant un prix de 
location aux fabricants , ou exploite par lui-môme la branehç 
d'industrie à laquelle elle est destinée ou appropriée. 

Dans le premier cas, il n'est que propriétaire de l'usine, que 
le représentant du capital passif; dans le second cas, il joint à 
ce titre celui de patron, de travailleur qpémei il représente donc 
à la fois le capital passif et le capital actif. Sous ce second rap-* 
port, ses devoirs envers la société sont multiples ; nous les ap-. 
précierons après avoir examiné ceux qu'impose le seul titre de 
propriétaire de l'usine. 

Il faudrait qu'une usine fut posée dans de bien déplorables 
conditions pour que la location n'en fut pas avidement recher- 
chée, dans un état de choses où l'industrie est appelée à prendre 
un essor tel que le nombre de bras pourrait devenir à peine 



— 68 — 

suffisant ponr satisfaire à rimportance de son activité. Toute- 
fois, s'il en était ainsi, le chômage de l'usine ne constituerait 
pas une perte pour Tindustrie, et le propriétaire ne serait pas 
responsable de ce que l'édifice ne devient pas le siège d'ateliers 
retentissants de l'action du travail. 

Mais si la situation, les conditions de l'usine assurent au tra- 
vail un exercice profitable, et que la location en soit recherchée 
par les artisans de Tindustrie, peut-on supposer que, pour le 
seul plaisir de consacrer sans profit des sommes plus ou moins 
importantes à l'entretien de Fusine, des moteurs et autres ac- 
cessoires, ou d'en contempler le délabrement graduel jusqu^à 
la destruction qui serait la suite de l'abandon, le propriétaire 
s'obstine à rejeter les avantages lucratifs d'un bail à loyer? 
Non y on ne suppose pas le cas de folie. 

Mais ce cas exceptionnel se présentât-il et n'y eût-il pas 
moyen d'y remédier par la création d'un établissement qui sup- 
pléerait à l'autre, attendu que celui-là se trouve dans des con- 
ditions tellement spéciales qu'on ne pourrait les trouvei^ ailleurs, 
alors, et suivant l'importance sociale de l'usine, nous n'hési- 
terions pas à conseiller l'expropriation pour cause d'utilité 
publique : opposer une extrémité à une extrémité, cela semble 
raisonnable et juste ; on ne procède pas autrement de nos jours. 

Lorsque le propriétaire de l'usine exploite par lui-même, la 
question des devoirs change de nature, Tûitérét de la société 
trouvant satisfaction eu égard à l'emploi des bâtiments d'ex- 
ploitation, il n'y a plus à s'occuper de l'accomplissement des 
devoirs du propriétaire ; le patron seul est en évidence. On verra 
dans le chapitre suivant par quel moyen la société pourrait, au 
besoin, s'assurer le concours personnel de cet industriel au 
profit du travail. 



— 69 - 



CHAPITRE lU. 
§1. 

DES DEVOIRS DES REPRÉSENTANTS DU CAPITAL ACTIF. 

Les représentants du capital actif se subdivisent ainsi : les 
patrons en général, et les ouvriers ou travailleors. Nous exa- 
minerons quels sont les devoirs auxquels doivent satisfaire les 
travailleurs, après avoir fait apprécier l'importance des devoirs 
imposés aux patrons : 1^ envers la société» 2® envers les tra- 
vailleurs, 

PREMiÂRB SECTION.» Des devoirs des patrons envers la société. 

Les moyens d'assurer l'action continue du travail dans toutes 
les branches de Tindustrie, autres que celle de Tagriculture, ne 
paraissent pas, au premier aperçu, aussi facilement praticables 
envers le patron qu'envers le propriétaire foncier. D'abord la 
société ne mit pas directement le capital industriel entre les 
mains du fabricant, du commerçant ; elle n'a fait que constituer 
une combinaison, qu'adopter un mode qui rend ce capital très- 
facilement accessible. 

De plus, elle ne prend aucune mesure pour garantir contre 
les chances commerciales ce capital, qui demeure toujours pro- 
priété privée. Elle ne peut dont s'arroger un droit de surveil- 
lance, sinon contre la fraude, sur le sort de ce capital. 

Or, pour forcer le détenteur ou le possesseur du capital in- 
dustriel à le mettre à la disposition absolue du producteur, du 
commerçant, il deviendrait indispensable de pourvoir à la donble 
garantie : 1® du remboursement ; 2<* de la fructification au profit 
du bailleur de fonds. Mais même, sous le régime du crédit fon- 
cier, les chances commerciales rendent impossible l'institution 
de cette dernière garantie, si tant est que ce régime ne les résume 
pas toutes, et quant a la première, il ne faudrait rien moins que 
l'établissement social d'assurances contre les faillites, duquel 
chaque producteur, chaque négociant, chaque commerçant de- 
viendrait tributaire^ ou bien d'une Banque commanditaire, dont 



- 70 ~ 

le capital serait fourni par la réuniou de tous les capitaux pri- 
vés , pour autoriser un système de surveillance salutaire dans 
chaque industrie et assurer une compensation, en général, à 
des pertes partielles. 

Mais, indépendamment de la constitution de Tun ou l'autre 
de ces établissements qui satisferaient bien h la première, mais 
non peut-être h la seconde condition de garantie, nul n'aurait 
le droit, quelle que fût l'habileté et la probité qui présidât à 
l'administration d'une opération commerciale, de^ contraindre 
le détenteur à livrer le capital. 

Or, si, d'un côté, la société ne fournit pas directement au 
producteur, au commerçant, le capital sufflsantpour qu'il puisse 
imprimer au travail tout l'essor possible ; si même, d'un autre 
c4té, en constituant les institutions les plus rassurantes, elle ne 
peut parvenir à imposer une contrainte à la confiance de celui 
entre les mains de qui se trouve ce capital ; si, enfin, son in- 
tervention n'est pour rien dans la fructification de ce capital 
engagé dans des opérations commerciales, peut*elle inaposer 
à ceux qui l'utilisent des obligations d'un intérêt social? 

Cette question, examinée en dehors de l'établissement du 
crédit foncier, ne peut que recevoir une solution formulée par 
une négative. Mais Tinstitution de ce crédit constituera néces- 
sairement un ordre de choses qui doit donner à la (piestion une 
tout autre portée, car elle comporte identification des intérêts 
de l'industriel et des intérêts du bailleur de fonds j cette insti- 
tution doit même faire disparaître entièrement l'opportunité de 
la question. 

^Tous allons voir. 

De nos jours, la partie du capital consacré atix opérations 
des manufactures, de construction, du commerce, de toute in- 
dustrie en général, autre que l'industrie agricole, est celle, en 
grande partie, dont on ne peut trouver le placement avec ga- 
rantie par hypothèque. 

Or, comme ce capital n'est pas assez important pour suffire 
à tous les besoins, le possesseur, se prévalant de l'insuffisance, 
ne le livre qu'à des conditions onéreuses. 



- 11 - 

Ces conditioBs sont même d'auUBt plat lourdes, que le 
louage est plus recherché par ces emprunteurs qui peuvent ofBnr 
la garantie de l'hypothèque» 

Cet état de choses établit un antagonisme acerbe entre le 
capital commercial et le travail» antagonisme dont celui-ci est 
toujours la victime, car ce capital lui est imposé comme un 
moteur à une usine , tandis que le travail n'impose pas set 
produits» Les produits du travail, pour être recherchés, doivent 
s'offrir à des conditions très-favorables au consommateur. Or, 
comment les faire descendre à ces conditions, lorsque les 
charges du louage de cet élément de production , dont il faut 
bien tenir compte dans le prix de vente, demeurent élevées et 
inflexibles 7 

L'institution du crédit foncier change complètement la si- 
tuation : par suite de la destination des nouveaux capitaux, dont 
l'émission constitue une somme énorme, les capitaux rem<- 
boursés ne trouvant pas d'emploi en prêt sur hypothèque, il 
ne reste plus d'autre moyen de placement que celui que leur 
offre l'industrie. L'effet de leur circulation sera évidemment de 
faire concurrence au capital industriel déjà employé au même 
usage, et de cette concurrence doit résulter virtuellement Ta^ 
baissement du taux de l'intérêt. 

Dans cet état de choses, le détenteur du capital commercial 
ne peut isoler ses intérêts de ceux du travailleur, sous peine 
de voir la fructification de ses valeurs réduite à une somme 
insuffisante, tandis que la condition du travailleur s'élève au- 
dessus de celle de son rival de toute la hauteur constituant la 
mesure inverse de la position infime oà il se trouvait placé 
antérieurement* 

Alors, ce sera au tour du capital de subir les conditions d'bne 
transaction. 

Cependant , comme le travailleur ne peut se procurer ses 
moyens de subsistance sans l'emploi de ses facultés indus- 
trielles, emploi toujours dépendant du capital^ comme d'ailleurs 
il ne peut attendre pour pourvoir à ses besoins sa part dans l'é- 
closion ou le prix de vente des produits , tandis que le posses- 



— 72 — 

seur du capital, sous peine de le cousommer sans profit, il 
est vrai, peut subsister avec ses propres ressources; la posi- 
tion du capitaliste sera toujours assez forte pour qu'il n'ait pas 
à subir une condition humiliante. 

La transaction aura donc pour résultat une conciliation ho- 
norable, et les deux adversaires se tendant cordialement la 
main , cette transaction ne pourra évidemment se formuler 
qu'en des termes qui constitueront une assodaiion dont Téquité 
dictera les conditions*. 

De ces conditions résultera nécessairement le principe de 
solidarité entre les deux éléments de Tindustrie, inséparables 
d'ailleurs pour atteindre le but commun, la production ou la 
négociation. Ainsi, de même que le capitaliste aura intérêt à 
maintenir Taclion libre et par conséquent soutenue du travail- 
leur, de même le travailleur aura intérêt à ce que le capitaliste 
trouve son compte dans le résultat du travail. En d'autres 
termes : le capitaliste s'identifiera au sort du travailleur qui 
l'enrichit, et le travailleur s'identifiera au sort du capitaliste qui 
fait son bien-être. 

De cette véritable solidarité doit résulter forcément pour 
l'avenir l'impossibilité des faillites. 

En effet, à part la mauvaise foi, la prodigalité, l'incapacité 
dans la direction d'une entreprise commerciale qui répond 
convenablement aux besoins sociaux, quelles sont les causes 
qui amènent les faillites? 

Ces causes se résument en ceci : 

1° Insuffisance du capital industriel; 

2® Cherté du louage de ce capital ; 

3° Défaut ou difficulté d'écoulement des produits. 

Eh bien ! 

1® Sous le régime du crédit foncier, l'abondance des capi- 
taux sera toujours à la hauteur des besoins de toute industrie ; 

2® Quant à l'usure, en matière commerciale, elle n'est pos- 
sible qu'à la condition de la rareté du capital commercial, et 

1 Voir la Politique universelle, par M. Emile de GirardiD, page 123» clia- 
pUreiii, Constitution de la corporation. 



— 73 - 

non dans le cas où ce capital aura à solliciter un emploi; qu'on 
nous passe l'expression ; 

5® Si ce capital est toujours abondant, et si le louage, à la 
faveur des effets de Tassociation, a lieu dans des conditions 
bonnes pour la production , il est évident que le travail déve- 
loppera considérablement son action, qu'il la développera 
même d'autant plus que les matières premières coûteront moins 
cher en raison de leur grande abondance, et qu'il enrichira à 
la fois et le travailleur et le capitaliste : c'est dire toute la 
société. 

Dès lors, en même temps qu'il y aura plus de moyens de 
consommation à la disposition de tous, les produits seront à 
meilleur compte, et les limites de la consommation deviennent 
di£Bciles à déterminer. 

La consommation intérieure ne sufGt-elle pas pour écouler 
tous les produits , il est évident que les bas prix auxquels ces 
produits pourraient être livrés leur ouvrirait un débouché fa- 
cile sur tous les marchés du monde, car la concurrence ne se- 
rait plus possible pour les opérations commerciales auxquelles 
notre régime de crédit n'aurait pas prêté ses ressources. 

Avec ces causes favorables d'écoulement des produits , les 
manufacturiers, les négociants en général, seraient donc à 
l'abri des méventes, de ces ventes faites dans des conditions 
intempestives, qui entraînent la ruine de Tindustrie , parce 
qu'elles entraînent la nécessité de faire des capitaux à tout 
prix. 

Mais la mauvaise foi, l'incapacité, la prodigalité?... 

Dans l'état présent du régime industriel, impossible, pour 
la plupart du temps , d'obvier aux inconvénients de la mau- 
vaise foi, de l'incapacité, de la prodigalité. En effet, sous ce 
régime, l'antagonisme, nous le répétons, entre le capital com- 
mercial et le travail est flagrant. Dans ce mauvais ménage, 
ces deux éléments de la richesse publique vivent dans l'état 
d'isolement : chacun tire de son côté, et si l'industrie éprouve 
quelque gêne, et ne se soumet, avec la plus rigoureuse exacti- 
tude, aux exigences de son conjoint, si même, par quelque 



- 74 - 

cause que ee soit^ elle éveille seulement quelques soupçons dus 
l'esprit de son tyran, celui-ci, n'ayant souci que pour lui seul, 
retire impitoyablement ses faveurs , au risque même de grands 
préjudices , et la ruine de Tindustrie est complète t singulier 
moyen de remédier au mal! 

Mais, sous un régime qui ne fait qu'un intérêt de celui du ca<- 
pital commercial et de celui de Tindustrie, qui unit par le bien 
étroit de rassoqjation le bailleur de fonds et le travailleur, qui 
organise les choses de telle manière qu'ils ne peuvent prospé- 
rer l'un sans l'autre, qui établit entre eux une solidarité telle 
que chacun d'eux a Tœil sur l'intérêt commun, et que, par con- 
séquent, la surveillance de chacun profite à tous; sous ee ré- 
gime d'association, disons-nous, les mêmes abus ne sont plus 
possibles, car, surveillée de près, la mauvaise foi serait bientôt 
démasquée, l'incapacité facilement écartée de la direction des 
affaires, la prodigalité à temps refrénée. 

Si donc le capital commercial devient toujours suffisant pour 
les opérations d'une entreprise judicieusement conçue ; si le 
taux du louage de ce capital se fond dans la communauté d'in« 
térêts entre le capitaliste et le travailleur; si la consommation 
assure l'écoulement opportun des produits ; si, par conséquent, 
l'industriel n'est pas forcé de faire des ventes intempestives et 
ruineuses, pour satisfaire aux exigences rigoureuses du ban^ 
quier; si, enfin, il devient facile de découvrir et de corriger 
ou réprimer les fautes de la direction des affaires , nous ne 
voyons pas que sur une voie ainsi aplanie, ainsi déblayée, une 
entreprise ne puisse avancer sans faire un faux pas^ ou, au pis 
aller, sans disparaître dans le gouffre des faillites. 

Donc, plus de faillites sous l'institution de notre crédit, ou 
du moins ces cas de sinistres seront-ils excessivement rares ; 
et dès lors» il deviendrait très-facilement praticable d'en annuler 
les effets sans que les sacrifices se fissent très-fortement sentir. 

Il n'est pas merveilleux que, pour conjurer les effets désas- 
treux des faillites, des tentatives d'assurances mutuelles soient 
de nos jours restées sans succès. Quels sacrifices n'aurait-il pas 
faUu imposer aux assurés en présence d'une nusse de sinistres. 



~ w ~ 

4ofit U nombre nt s'élève pas à o^diiis de deui mille troU eent 
cîQquanti9-Aeuf, terme moyen par année, et dont le peesif n'est 
guère moins que la somme de 234,345 JOO fr,^ * 

Sous le régime du Crédit foncier, il y aura, au contraire, à 
peine lieu à songer à la garantie du capital par la voie des as* 
surances, ou tout autre* 

Nous avons donc eu raison de dire que, sous ce régime, la 

question des devoirs des patrons envers la société manquerait 

totalement d'opportunité. Sous ce régime, le patron n'est qu'un 

associé, et il n*a pas un autre intérêt que le bailleur de fonds. 

Or, est-il besoin d'autres garanties que l'émulation entre ces 

deux intérêts, visant au même but, pour assurer le droit de la 

société? Non, la voie qu'ils auront à suivre pour arriver étant 

au surplus déblayée de tout obstacloi l'on verra s'il sera né* 

cessaire de stimuler leur allure* 

On comprendrait l'opportunité de la question si, sous le ré- 
gime du crédit foncier, il était possible de concevoir les opéra- 
tions d'un industriel comme complètement isolées, et son iur 
térét comme tout à fait privé, et encore que n'aurait-il pas à faire 
pour répondre à toutes les faveurs que la société lui a si géné- 
reusement prodiguées? Eh bien! la société ne lui demande en 
retour que d'appliquer tous ces avantages au développement de 
l'action du travail, dont le résultat tourne d'ailleurs si directe- 
ment au profit de l'individu. 

Mais admettant que la suggestion de son intérêt propre eût 
assez d'empire sur les actions d'un producteur isolé pour le 
pousser h utiliser ces ressources, il arriverait encore que, ne 
pouvant faire au capital les mêmes avantages que le régime 
d'association, le capital lui ferait défaut; que ne pouvant^ire 
9UK travailleurs les mdmes avantages matériels et moraux que 
les régimes d'association, les travailleurs lui feraient défaut ; il 
arriverait donc que ses opérations souffriraient sensiblement, et, 
sans doute, jusqu'à la détresse de ce double délaissement. Eh! 
qui donc • de gaieté de cœur , peut courir vers cette déplorable 
fin?... 

i Voir Compté ren(H$ d$ kijUiUce m FraMê^ aaiiée liôo. 



- 76 - 

Ainsi donc, en isolant même les intérêts du patron, son con- 
cours, sous le régime du crédit foncier, est assuré à l'ordre so- 
cial, car il serait impuissant à résister au courant des affaires ; 
mais l'isolement est-il possible, lorsque Ton considère les con- 
ditions faites au capital industriel par ce système de crédit? 
Non, Tassociation en est virtuellement la conséquence. Dès 
lors le travail a sa destinée dans ses mains ; le chômage n'est 
donc pas à craindre. 

DEUXIÈME SECTION. — Des dewHrs des patrons envers les travaiUeurs. 

L'association devenant, dans notre système, le régime nor- 
mal des opérations industrielles, il est évident que les devoirs 
des patrons envers les ouvriers se simplifient considérable- 
ment : l'ouvrier n'est plus un mercenaire. Intéressé au succès 
par les bénéfices et par esprit de corps, il remplit sa tâche avec 
ardeur et dignité, et le patron, désormais le directeur des œu- 
vres de l'association, aura peu à faire pour le stimuler. LesT 
moyens d'ailleurs changeant de caractère, comme la condition 
de l'ouvrier ; l'harmonie entre celui-ci et son chef sera d'autant 
plus assurée que la question de salaires sera virtuellement 
résolue. 

Si, de nos jours, cette question brûlante, qui préoccupe si 
gravement les esprits, et, avec d'autant plus de raison, que de 
sa solution a souvent dépendu et peut dépendre encore l'ordre 
social; si, disons-nous, cette question n'a pas été résolue, c'est 
que la pratique actuelle des opérations commerciales rend toute 
solution impossible. Nous allons justifier notre opinion à ce 
sujet. 

La question des salaires n'a jamais fourni, que nous sachions 
du moins, matière à contestation dans les intérêts qui se rat- 
tachent au travail agricole. 

Les habitudes simples, sobres, solitaires des habitants de la 
campagne les abritent contre les exigences de besoins tyran- 
niques et dispendieux , et le petit nombrq de modiques besoins 
auxquels ils ont h pourvoir sont satisfaits à peu de frais. 

D'un autre côté, l'industrie agricole ne se trouvant qu'indi- 



- 77 — 

rectement atteinte par ces crises financières qui, trop souvent, 
jettent la perturbation dans les autres industries, la vie maté- 
rielle des populations rurales est toujours à peu près assurée , 
car Faction du travail, un peu plus ou un peu motus actif, est 
toujours indispensable. L'harmonie entre le propriétaire rural 
et le sobre travailleur des champs ne subit donc presque au- 
cune cause de troubles. 

Il en est autrement dans les industries manufacturières et 
celles qui ont pour objet l'exploitation des mines, et cela tient 
à plusieurs causes. 

Ces industries opérant au sein ou à proximité des villes po- 
puleuses, ou devenant un point central autour duquel se groupe 
une population d'ouvriers souvent nombreuse, les travailleurs, 
soit qu'ils se trouvent en contact avec les grands centres d'ag- 
glomération d'individus, soit qu'ils forment eux-mêmes une 
agglomération importante, contractent facilement les habi- 
tudes dispendieuses ^ , conséquence inévitable du relâchement 
des mœurs ; et si, d'un côté, le nombre des besoins augmente, 
de l'autre, la difficulté de les satisfaire devient plus grande, en 
raison du prix plus élevé des objets de consommation. 

Au surplus, la question des salaires touche à quatre intérêts, 
auxquels il faudrait que satisfit la solution, ce qui est bien dif- 
ficile. 

1® L'intérêt de la société; 

2® L'intérêt du fabricant ; 

3^ L'intérêt du capital commercial représenté spécialement 
par le banquier ; 

4® L'intérêt des travailleurs. 

Ce sont là des intérêts égoïstes difficiles à concilier. 

Quanta l'intérêt de la société qui, malheureusement,pendant 

1 a Ce mal (rintempérance, la prodigaUté^ rimprévoyance, rimmoraUté), 
dit M. Villermé (t. 11^ page 351, Condition des ouvriers), n'est paç nouveau, 
mais il est plus grand que jamais. Il résulte principalement de la réunion 
habituelle des ouvriers dans les grands ateliers, espèces de caravansérails 
où les sexes et les âges se trouvent mêlés, et de leur séjour dans les villes, 
surtout dans les grandes viUes, que les manufactures multiplient en créant 
des agglomérations de population, » 



- 78 - 

trap longtemps, D'est intervenue dans le diffifrendqne psr la voie 
de la répression, il tient de la spéculation par le profit qu'elle 
retire de l'importation des matières premières ou déjà ouvrées. 
Toutefois, ce qui Taflecte le plus dans cette division entre les 
intérêts du patron et du travailleur, c'est que les conséquences 
ont pris, plus d'une fois, des proportions inquiétantes pour là 
sécurité publique, et que Tinfluence latente de ce désaccord 
entretient des craintes qui compriment Télan des industries. 

Afin d*empécher que cet antagonisme n'éclate d'une manière 
funeste pour Tordre, la société n'a encore imaginé rien de plus 
salutaire que l'institution des prud'hommes ; mais cette insti- 
tution, dont on ne peut, du reste, méconnaître le bienfait, ue 
peut que pallier le mal, sa puissance ne s'étend pas jusqtt'k 
l'application de moyens radicaux. 

Tant que la société n'interviendra pas autrement, les trois 
autres intérêts que nous avons signalés resteront en présence 
avec leurs dispositions à une lutte acerbe. 

Le banquier d'abord. Le cours de l'escompte établi, le ban- 
quier demeure inflexiblement maître absolu du capital commer- 
cial ; il exagère même toujours ses prétentions en raison de la 
pénurie : selon ses caprices, dans les cas de panique, le ban- 
quier hausse ses exigences et elles sont subies ; c'est à prendre 
ou à laisser, et il faut prendre pour courir après les chances 
si incertaines de compenser le sacrifice par des ventes favo- 
rables. 

Rude condition pour le fabricant, surtout si, aux époques 
des échéances, le cours l'oblige à donner ses produits à des 
prix qui compensent à peine le prix de revient : oui, rude con- 
dition ! car de telles opérations lui enlèvent souvent une partie 
de réserves qu'il a faites à rencontre des faillites, dont l'atteinte 
peut, dans un instant, renverser l'édifice d'une fortune qui a 
coûté à élever toute une vie de travail et de tribulations. 

Comme possesseur d'une partie du capital commercial, le 
fabricant prétend bien rester, autant que possible, dans les con- 
ditions du banquier, et s'il est forcé, dans les cas difficiles, à 
se relâcher de ses prétentions, il n'en démord nullement lors- 



— 79 — 

que VéeoidemeDt des produits se fait a?60 ftreur. Pour atteindre 
ce but; pour compenser les pertes, en cas de méventes ou de 
désastreux sinistres; pour retrouver sur le prix de la vente des 
produits ses avances en compensation du montant de la loca- 
tion de l'usine^ des frais d'entretien, du payement des impôts 
de toute nature, le fabricant, qui ne peut devenir Tarbitre du 
marché dans Tachât des matières premières, n'a d'autres res- 
sources que de viser le plus qu'il peut à bonifier sur la main- 
d'œuvre, sans porter cependant atteinte à la qualité du produit : 
par conséquent, tout en exigeant un travail soigné, il s'en prend 
et ne peut s*en prendre qu'au salaire. 

Ainsi, voilà le prix du travail grevé des charges ou des éven- 
tualités et du capital industriel et du capital passif. C'est donc 
sur le plus actif des éléments de production que retombe, le 
plus généralement, le fardeau de la fabrication. 

De cet état de choses résulte que le salaire est à peine suffi- 
sant pour fournir, dans les circonstances les plus favorables, aux 
besoins réels ou factices qui tiennent h la position des ouvriers 
des manufactures et des usines; et que, dans les temps diffi- 
ciles, ou lorsque survient le chômage, ces ouvriers se trouvant 
sans ressources, leur misère esta son comble. Or, la misère ne 
se pique pas de justice : elle est et fut toujours tracassière, 
malesuada fames^ aussi s'en prend-elle au patron, à tous» pour 
obtenir un soulagement ; aussi la trouve-t-on toujours prête à 
servir d'instrument à l'ambition des partis. 

Il est donc facile de voir que, sous un régime oix tant d'in- 
térêts divers demeurent rigoureusement égoïstes dans leur 
concours pour atteindre le même but, une transaction soit im- 
possible. Et il faut désespérer, tant que cet état de choses se 
maintiendra, de voir se conclure entre eux une paix durable !... 
Quelques trêves, au plus...; la concorde sincère et soutenue, 
jamais. Non, la paix ne pourra se faire, la sympathie ne 
viendra jamais la cimenter, si le traité ne se signe sous la tente 
de l'établissement du crédit foncier. 

Sous le régime de cette institution, en effet, la part à faire 
aux faillites est iUusoire ; 



- 80 - 

La part à faire aux chances des méveates ne Test pas moins. 

La part à faire au capital commercial, indépendamment 
même des effets de Tassociation, est considérablement réduite, 
d'autant plus que l'écoulement des produits n'ayant pas de 
cause de stagnation , le remboursement du capital emprunté 
arrive à point et sans sacrifices, et, dans le cas d'association, 
ce capital fructifiera au moyen d'un travail continu, et dans les 
mêmes conditions que le travail. 

Or, si la vente est toujours assurée dans de bonnes condi- 
tions ; 

Si les cas de sinistres, en matière commerciale, n'en- 
trent plus en ligne de compte, du moins quant aux faits du 
commerce intérieur, et si le capital industriel peut facilement 
se dédommager, par suite des opérations intérieures, des per- 
tes que pourraient lui faire subir de fâcheuses opérations avec 
l'étranger, il restera bien peu à prélever sur les profits au pré- 
judice du lot attribué au travail. 

Quant au prélèvement destiné à satisfaire à l'impôt, à com- 
penser le prix de location de l'usine et les frais d'entretien du 
matériel, outre que l'impôt tendra de plus en plus à s'alléger, 
les autres charges seront partiellement supportées par chacun 
des nombreux roulements du capital commercial, et le poids 
en sera moins hicommode. 

Qui donc, alors, profitera de tous ces avantages? Pour ré- 
pondre à cette question d'une manière convenable, examinons 
les causes d'équité dans le partage. 

Un produit quelconque exige le concours de quatre éléments 
de production, savoir : l'usine, instruments compris; le capital 
commercial; l'intelligence et la force, ces deux derniers opérant 
sur le quatrième élément, la matière brute. Le produit n'est que 
la transformation de la matière première. L'œuvre des agents 
de production se résume donc dans la transformation, et c'est 
sur le prix seul de cette transformation que se trouvera le lot 
de chacun des agents. 

Or, le prix de la matière brute à part, la valeur de la trans- 
formation devrait être partagée entre les autres agents, savoir : 



- 81 — 

prélèrement proportionnel d'abord pour location, impôts et 
entretien du matériel, et le reste en deux portions égales; 
Tune pour le capital commercial, Tautre pour le travail. 

Cependant, en raison de Timportance que la coopération 
d'on des agents aurait donnée à la plus-value de la transfor- 
mation^ il paraîtrait juste qu*un prélèvement eût lieu en sa 
faveur. 

Établi sur cette base, un contrat d'association; dans les con- 
ditions de prospérité où le régime du crédit foncier doit placer 
chaque opération industrielle, ne peut manquer de satisfaire 
tous les intérêts, parce qu'il satisfait tous les principes de 
justice. 

Ainsi se résoudra, comme d'elle-même, cette terrible ques- 
tion des salaires, dont Tefifusion même du sang n'a pu encore 
donner la clef. 

TROisikMB SECTION. — Des dêvoirs des travaUleurs. 

Nous osons espérer que tout homme de bonne foi reconnaî- 
tra que l'économie de notre système assure-au travail un dé- 
veloppement d'action exclusif du phômage. Il n'est donc pas 
d'individu doué de plus ou moins d'intelligence et de force, 
qui, après l'inauguration de ce système, ne trouve l'emploi de 
son aptitude dans quelqu'une des spécialités de travail. 

Si alors le chômage n'a plus de raison d'être, et si le tra- 
vailleur reçoit une rétribution équitable et dont l'importance 
soit en rapport avec les profits presque infailliblement certains 
de l'entreprise à laquelle il prête son concours d'associé, il est 
hors de doute que non-seulement les moyens de vivre ne lui 
soient assurés, mais encore que la voie qui lui est ouverte 
ne puisse le conduire à un état de bien-être et même à la 
fortune. 

Ce n'est pas ainsi que les choses se passent de nos jours« 
«Le plus grand nombre d'entre eux (des ouvriers), dit 
M.Cazaux, dans son rapport sur les sociétés de secours mu- 
tuels^ ne gagnent pas assez pour subvenir aux besoins les plus 

6 



— M ^- 

mdi9p$nuAl^f tels que la niMirritiire, ThabillffneM M le le* 

geoieat^ » 

Le c(Bur se brise lorsqu'on pense que tant de misères seat 
en graofle partie le résultai 4* une oisiveté involontaire» d*uu 
chômage dévorant. 

L'ère du crédit foneiap constituerait donc un immense bien<» 
fait pour le travailleur ; de ses œuvres seules dépendrait el son 
bien-être et celui de sa famille, car le cbamp du travail serait 
h sa disposition, 

Siy de nos jours, un sentin»ent de commisération, qui se tra« 
duit par des actes de cbarité> se rattache au sort de Tindividu 
en proie à la misère, il ne pourra assurément en être ainsi h 
une époque oit la misère, aauf les cas d'invalidité, n'aura d'autre 
eause que la paresse ; si, alors, la société se montrait sévère 
envers les hommes qui déserteraient le champ du travail, ce 
ne serait que justice, car la paresse conduit à la débauche, la 
débauche à la misère, la misère qui provient d'une telle source 
aux habitudes dégradantes, et la dégradation aux actes les plus 
répréhensibles. 

Au surplus, ee n'est pas pour être, lui et sa fomilte, à charge 
aux autres, que l'homme a reçu en partage, du Créateur, des 
forces pour produire, dans rexerci($e de son aptitude, au delà 
de ce qui peut suffire à sa consommation «. Pour qui donc l'ex- 
cédant, si ce n'est pour la société? C'est donc un vol fait à la 
société que de la priver d'une coopération qui lui profite en 
proportion du travail de chaque individu. 

Si Thomme valide, qui n'a d'autre capital que son aptitude 

1 Nous extrayons du Résumé statistique de la situation des sociétés de 
secours mutuel pendant Tannée 1854, traTall de M. Caïaux, inséré dans te 
Jfoflilaiifv W pa3a«ge ai]iv««u « I.or« wème qnie leur IsstraelkMi (rinatruc- 
Vion des ouvriers) serait plus développée, et qvCih comprendraient le4 
avantages que la mutualité pourrait leur offrir, il n*en est pas moins cer- 
tain qu'ils ne pourraient en profiler, puisque le plus grand nombre d'entre 
QVd no gagneiU pas Mae* pour subvenir «ux dépense» les plus indispen- 
sables, telles que la nourriture, rbabillement et le logemenu » (Voir la 
Presse du 8 octobre 1855.) 

» Nous aurons occasion de revenir sur eetta Térilô , en développant le 
»X»tèmed'é4u«»tMMi» 



au travail, en refose l'exercice, quel droit a4*ll à ce que d^autres 
lui sacrifieiit uue partie des produits quHU retirent de la fnic- 
tification de leur capital? et quel compte lui tenir d'une con- 
sommation en haillons, à laquelle personne ne pourvoierait 
qu'en détournant la tête ? 

Lorsque notre système d'éducation aura mis eu pratique Us 
moyens de discerner et d'appliquer les aptitudes aux spécian 
lités professionnelles, alors, sans aucun doute, U B*y aura pa» 
de position sociale dans laquelle l'individu puisse se croire dis^ 
pensé d'apporter au bien-être commun le tribut d*un travail 
qui ne sera que l'exercice de ses facultés et de ses goûts ^ 
sans compter l'attrait des profits. 

Mais, en attendant que Tapplication de ce système ait étendit 
ses bienfaits jusqu'à produire ce résultat ; en attendant que 
Fâssociation soit devenue le régime normal de toute opération 
industrielle, il n'est pas hors de propos de prendra des mesuret 
propres à obvier aux conséquences funestes de la paresse, d'au- 
tant plus que ces mesures peuvent tourner au profit de ces tra- 
vailleurs qui, voyageant pour compléter leur instruction, comp* 
tent pour vivre sur les ressources que peut leur procurer le 
travail. 

Les moyens que nous proposons nous semblent devoir faci- 
lement atteindre ce double but. 

Nous proposons donc de tenir, dans chaque commune, dan» 
chaque ville manufacturière, partout enfin où le besoin s'en fera 
sentir, un registre où sera inscrite toute offre et toute demande 
de travail, quelle qu'en soit la spécialité. 

Ainsi, le travailleur, soit résidant qui ne £iit pas partie d'une 
association locale, soit nomade, pourra facilement savoir où 
son concours sera néces&aire, tandis que le patron ou Tasso* 
ciation à qui un supplément de forces sera opportun trouvera 
sous sa main les moyens d'augmenter le personnel de ses tra- 
vailleurs. 

Avant de quitter une ville ou il aura résidé dix jours, Fou* 
vrier qui voyage sera tenu d'aller prendre, au bureau du regis- 
tre, un certificat constatant qu'il a travaillé dans cette ville : il 



— 84 — 

sera fait mention de ce certificat sur le passe-port du voyageur : 
le certificat ferait connaître, s*il y avait lieu, les causes qui 
Font empêché de travailler. 

Si le nom d'un ouvrier voyageur ou d'un ouvrier résidant, se 
trouvant sans emploi, ne figure pas sur le registre, ou si, non- 
obstant rinscription de son nom, cet homme reste inoccupé 
tandis qu*il résulte de Tétat du re^stre que des offres de travail 
sont permanentes, dans Tun et l'autre de ces cas, il y a fla- 
grance dii délit de paresse. 

Dès lors l'autorité municipale, après s'être assurée que l'in- 
dividu ne possède pas des ressources suffisantes pour vivre 
oisif, s'empressera de déférer la conduite de celui-ci à l'appré- 
ciation du conseil des prud'hommes. 

Si la flagrance du délit de paresse est constatée par l'état du 
registre, le conseil, après une admonestation sévère, indi- 
quera au comparant où il trouvera à s'occuper. 

S'il survenait que le travailleur ne tint compte de l'indicatiou 
du conseil, alors, à la requête du maire de la localité, il serait 
cité devant le tribunal civil, chambre de police correctionnelle, 
et condamné, après débats, à Vinactiviié, pendant un mois, 
dans une chambre cellulaire de la maison de, correction... 

Mais si Toisiveté du travailleur n'avait pas pour cause son 
penchant à la paresse; qu'elle ne tînt qu'à un état d'invalidité 
ou au manque d'emploi dans sa spécialité, alors, le conseil 
des prud'hommes déterminerait le nombre de jours pendant 
lesquels , sauf le cas d'invalidité, et de nouvelles offres de 
travail, il recevra des secours de la caisse établie à cet effet, 
dans chaque chef-lieu de canton ' . 

Dans le cas d'invalidité passagère, le travailleur étranger 
ou indigent serait envoyé à l'hospice, pour y être soigné jusqu'à 
parfait rétablissement de ses forces. 

Ainsi, le travailleur voyageur, qu'il soit valide ou non, trou- 
vera facilement travail ou secours; le travailleur résidant aura 
les mêmes avantages; mais l'un et l'autre ne pourront, qu'à 

ï Nous avons fait connaître ailleurs avec quelles ressources on pourrait 
pourvoir à ces charges. 



- 85 — 

leur corps défendant, refuser capricieasement leur coopération 
k la richesse publique. 

Eu indiquant cette mesure, nous faisons, conme on le con- 
çoit bien, une immense concession à la pratique de nos jours, 
car lorsque Vassociation sera devenue l'état normal en matière 
d'iudusU^ie ; lorsque le travailleur valide reconnaîtra qu'en pré* 
tant son concours, il profite, de son côté, du concours de tous 
ses associés ; lorsqu'il aura pour stimulant le profit, Texemple 
du bien-être de ses frères ; lorsque la misère sera un motif de 
réprobation pour Thomme valide, comme la lâcheté est une 
cause de mépris, de punitions mêmes dégradantes pour le sol- 
dat qui déserte au moment de la bataille; soldat de Tindustrie, 
il se gardera de faillir à sa tâche, alors surtout que cette tâche 
répondra à sa force, à son intelligence, à son penchant judi- 
cieusement appréciés , développés par un système d'éducation 
dont les principes sont exposés dans le livre suivant. 



^*JJ t..Mà—,.t-. ^^.^....^j ^ . ... ^„ -.J„^^^.^^^^ ,*_ A.. .^^^^ ..^^ .. ^ 



LIVRE n. 

V* VéémmUmu. 



Si une «nqaèta m'apportait la preuve qae let bommet 
dépdanut a^lnatimetiom cettiuntteht t»lM dé volft et 4e 
meurlrea que le* bommee Mchant lire, écrire et compter, 
Éo Heu A» àtptmét de farteal à WMtnire et %li U d» Éh 
dea prifODt, J'appUqoerala eet argent à constraire et eo- 
treteair dea teolaa. (Le Droit, ptrlLlUifl» de OlrtMOI, 
page 68.) 



BUT ET NÉCESSITÉ DE L^ÉDUCAtlON. 

Ce »'est que dans tts eai les plus éxcépUoimels ((«e Tédfh 
cation d'un snjet^ à part le prineipe moral qui s*y rattadie> m'a 
pas pour but l'exeroice d'une profession. 

Or, qu'est autre chose une profession , sinon la pratique de 
Moyens spéciaux au servi» d'un besoin général ou particulier? 

L'éducation a donc poulr objet d'enseigner la pratique de 
ces moyens ; car cette pratique tient^ dans tous les cas, à des 
actes sttccessife dont lexercice^ loin d'étrts aibi^aîre, doit ato^ 
pour guide la science» Tapprentissage. 

L'étude de la pratique est même une condition d'autant pins 
importante que l'individu ekerçani une profession dans nne spé- 
cialité indusirielle quelconque suffit bien au delà à l'exigtuce 
de celui de ses besoius dont la satisfection tient aux résultats 
de cette pratique ; ce qui signifie, en d'autres termes^ que lu 
consommation spéciale de l'individu est absolument minime, 
eu égard aux effets spéciaux de ses actes de production. 

Nous voyons, en effet, que l'agriculteur ne consomme indi- 
viduellement qu'une faible partie des fruits que fait édoré son 
travail, le fabricant qu'une minkie portion des produits qui 
fisrtent de ses ateliers ; que le tailleur, le eordonnierv le chape- 
lier, ne réservent annuett^nont^ pour soi^ qu'un ou ém% dm 



- 88 - 

nombreux objets de vêtement qui se fabriquent parleurs soins; 
que le navigateur ne transporte, pour son usage^ qu'une par- 
tie insignifiante du fret qu'il va chercher au delà des mers : ainsi 
de tant d'autres professions. 

Il est même des industries qui peuvent n'avoir jamais d'em- 
ploi spécial à ceux qui les exercent : il peut fort bien arriver 
que l'architecte ne construise jamais pour soi, que l'avocat ne 
plaide jamais que pour ses clients, que l'imprimeur n'occupe 
jamais le personnel de ses ouvriers qu'à reproduire les ouvra- 
ges des autres. 

Enfin, il est des professions que la loi interdit, pour leurs 
besoins personnels, à ceux qui les exercent : telles sont les pro- 
fessions de magistrat, de notaire, d'avoué, d'huissier. 

Il est donc vrai que la spécialité du travail de chaque individu 
ne touche que par un point presque imperceptible à la satisfac- 
tion des besoins multiples et divers de cet individu. L'on peut 
donc dire que chacun met directement sa profession au service 
des autres, et qu'il ne l'exerce qu'accidentellement pour son 
service particulier. 

Il résulte de cet ordre de choses que chaque individu devient 
le point central des besoins auxquels satisfait sa profession, dont 
les résultats rayonnent de manière à atteindre plus ou moins au 
service de tous, tandis que lui-même se trouve sur un point de 
rayonnement du service des autres professions, de telle sorte 
qu'il devient à son tour comme le point central des professions 
qui correspondent à ses besoins individuels. 

Et il est heureux qu'il en soit ainsi, car l'instantanéité des 
besoins est telle, qu'il est impossible à qui que ce soit de satis- 
faire, par ses seules œuvres, à l'exigence de ce concours. 

Si cette observation fait bien comprendre que les besoins 
individuels occasionnent un enchâssement de relations tel que, 
dans cet inextricable réseau, est resserrée toutel'espècehuiîiaine; 
qu'ils constituent ainsi un lien social contre la force duquel on 
se débattrait en vain, elle fait plus spécialement mieux appré- 
cier combien il importe au bien-être de tous, à l'harmonie de 
la grande &mille humaine^ non-seulement qu'il soit satisfait à 



— 89 — 



diacun des besoins de ceax qui la coHiposeni, mais encore qu*il 

y soit satisfait d'une manière convenable ; eu d'autres termes, 

que la spécialité du service correspondant à la spécialité du be- 

. soin réunisse toutes les conditions désirables de bonne quaïté. 



CHAPriRE II. 

MOYENS DE l'ÉDUGATION EM GÉNÉRAL. 

Pour que le service d'un besoin réponde aux conditions que 
nous avons indiquées dans le chapitre qui précède, il est indis- 
pensable non-seulement que la pratique des moyens soit bien 
enseignée, mais encore qu'elle ne soit confiée qu'à des sujets 
aptes k cette pratique, sans quoi l'enseignement ne produirait 
pas plus de résultats que les semailles sur le sable, le rocher 
ou tout autre champ aussi aride. 

Le premier soin à apporter à l'éducation d'un sujet, pour 
que cette éducation atteigne le but social, est donc ce soin qui 
consiste à bien discerner l'aptitude, afin de diriger la capacité 
vers les connaissances de la pratique qui correspond au service 
spécial d'un besoin. 

Les moyens de parvenir au discernement de l'aptitude for- 
meront donc le point culminant de notre système d'éducation ; 
mais pour procéder avec méthode, il est indispensable d'entrer, 
au préalable, dans l'examen des besoins sociaux, afin d'avoir 
une idée juste de la multiplicité et de la diversité des pratiques 
qui tendent aies satisfaire, et de la multiplicité et de la diversité 
des aptitudes. Par cette étude, nous parviendrons plus facile- 
ment à la connaissance des moyens déspécialiser ces aptitudes. 



CHAPITRE m. 

DES BESOINS. 



Quelque nombreux et divers que nous paraissent les be- 
soins de l'homme, en réaUté ils se résument comme suit : 
La conservation de l'individu ; 
La propagation de l'espèce. 



— « - 

Le praniar de ces besoins mpUipn rsyn»mitiM, is Aé- 
feiise, la locomotion et le repos* et tt*i ^'un Câfa4(ère p^remeiit 
oiâtérieL 

Le second» qui se manifeste psr Tittrait entire les deuic set^,- 
se spiritualise par V amour ^ ce sentiment qui atteint le plus haut 
degré d'exaltation dans la famille, sans perdre de cette force 
d'expansion qui Timmisce dans les rapports de l'être humain 
à l'être humain, dans les rapports de l'être humain à la brute, à 
la matière^ 

L'amour est donc cette disposition de VAm^ qui eoneom 
plus particulièrement à Tetttretien et m resserretnent du lien 
social et qui idéalise les sensations ntatéridles. 

L'amour implique toutee les délicatesses de la cftilisalionv 

Nous essajeronst plus tard^ d'e^ mieux uppfétler rinfittence 
sur l'état social. 



CHAPlTftE ÏV. 

JOES SPÉCIALITÉS o'mDUSTBIES AU SGRTICE DES BESOINS» 

C'est à la satisfaction des besoins que tendeiit toutes les 
spéciaux ittdHëtrtettee et pdr tonsé^NNit tout trateil quel- 
conque. 

Entr^endrede Signaler loutee les spéekilités professionnelles 
qui coiicourent à satisfeire chatlindes besoias, ce serait eotm- 
prendre une tâdie aride ; noits tomberions d'ailleurs dans le 
labyrinthe inextricable formé par rencbàssement des Irapports 
entre.les pratiques dèS innombrables professions qui constiUMt 
le travail humain» Nous devons donc nous borner à feire com^- 
prendre le concours presque simultané de toutes les professions 
pour le service de chaque besoin, en commençant par celui de 
la conservation. 

Pour atteindre notre but, ilo'us distinguerons trois sortes d'in- 
dustries t les unes principales, parce qu'elles t^i^rrespondent di- 
rectement à la nature du besoin ; 

Les autres secondaires, parce qu'elles le font qne prêter 
leur concours à Taction des premières i 



~ (H — 

Les antres aecesioireê coMâe iDdiêpéMâbleft mx deux pre- 
mières. 

Hou éUblîBftotis cette division , non pour fii^ etprêfisso un 
traité sur l'industrie en génércd» main pour fttiliter rintelii 
geflce de ce qui va suivre. 






§1. 

' DES INDUSTRIES CORRESPONDANT AU BESOIN DE l' ALIMENTATION . 

Les industries principales qui ont pour objet de aatîifoire au 
besoin de l'alimentation sont : 

L'agriculture, 

La boulangeriCy 

La bom^ene et la chareut^et 

La diasse^ 

La pèche 9 

La navigation^ 

Le commerce, 

La préparation des matières alimentaires, 

Et la science, qui prête son concours à toutes ces spécialités. 

Quant aux industries secondaires, on conçoit xjM nous ne 
prenions pas à tâche d'en donner la nomenclature à partir de 
l'outilierie, la plus indispensable de toutes; il ne faudrait rien 
moins, en effet, que faire la revue de toutes les professions 
connues, y compris différentes natures de science^ pour indi^ 
quer tout^ les industries rigoureusement nécessaires aux in« 
duslries principales à ce point que, sans le secours de celles-ci, 
de la plus simple à la plus compliquée, les autres ne sauraient 
foncûonner. Ainsi donc tout l'avantage que Ton pourrait trou* 
ver à grouper, à l'occasion d'une industrie principale , les in-* 
èistriea secondaires qui lui viennent en aide^ et autour de 
clKicune de celles^^ toutes les principales ou autres dont )e 
concours hii est indispensable, consisterait dans un tableau 
synoptique, plus ou moins complet, propre à bien faire res- 
sortir la corrélation incessante de ces diverses industries et le 
fiât que chacune ne fonctionne le plus ordinairement qu'au pro« 
fit de toutes les autres. 



- 92 — 

Or, cette corrélation, cet enchâssement de rapports entre les 
industries correspond parfaitement à Tenchâssement des rap- 
ports entre les besoins, tel que nous l'avons signalé plus haut. 
Ce qui nous porte à consigner ici une observation confirmative 
de celle que nous avons faite au sujet de la connexité des be- 
soins, à savoir : que le mauvais service d'une industrie nuit es- 
sentiellement au service de toutes les autre*s. 

En est-il de même des industries qui sont au service du be- 
soin de la défense? C'est ce que nous allons voir. 

§ II. 

DES INDUSTRIES CORRESPONDANT AUX BESOINS DE LA DÉFENSE. 

La condition native deThomme, non moins que ses relations 
avec ses semblables et avec les animaux malfaisants dont il est 
entouré, l'obligent à user de moyens propres à se protéger contre 
les éléments et les autres causes qui menacent son existence. 

Il a donc à pourvoir à sa sûreté par ; 

1° L'abri et les vêtements ; 
^ 2^ Les armes et les constructions militaires, soit de terre, 
soit de mer; 

3^ La locomotion et les transports par toutes voies ; 

4" La science. 

Nous retrouvons encore ici le concours de la sdence ; c'est 
que, s'il n'est pas de profession possible sans la connaissance 
de la pratique, il n'en est pas une à laquelle la science ne prête 
indispensablement son appui. 

La science est la base fondamentale surtout des spécialités 
destinées à protéger l'existence humaine. Pure, elle dissipe les 
ténèbres de Tignorance, et préserve les hommes des funestes 
effets de l'erreur • ; appliquée, elle fournit les moyens de pon- 
dérer les intérêts divers dans l'état de société, afin d'écarter 
les causes d'anarchie, de conjurer les attaques des hommes ou 

ï Ceci était écrit lorsque les journaux nous ont appris que les habitants 
dé certaines villes d'Espagne infectée^ par le choléra n'avaient trouvé rien 
de mieux à faire pour conjurer le fléau que de murer les portes de leur cité, 
atin d'en interdire rentrée aux gens du dehors; ils en excluaient les se^ 
cours et y enfermaient la famine (voir la Presse de novembre 1854). 



- 95 - 

des animaax^ lesfiéanx atmosphéiiqaes, les causes des mala- 
dies, les trames de la mauvaise foi. 

Elle fait conualtre encore les moyeus d'éviter une foule d'ac- 
cidents funestes qui menacent les jours du voyageur franchis- 
sant, sur le sein des mers ou sur les lignes de fer, la distance 
qui le sépare du but qu*il veut atteindre 

Enfin, il suffit de rappeler les industries principales qui con- 
courent au besoin de là défense, pour reconnaître la part ré- 
servée à la science dans tontes ces industries. 

Mais , sans nous préoccuper de ce concours , signalons , 
comme formant le contingent secondaire de ces industries , 
V architecture, la tisseranderie, les sciences mathématiques, la 
politiqae, la législation, la médecine, la chirurgie, la fabrication 
des armes , Tart militaire , les fortifications , la marine, tous 
les moyens de transport , et tant d'autres pratiques que Ton 
pourrait facilement indiquer. 

Nous laissons encore à nos lecteurs le soin de grouper au- 
tour de chacune des industries principales ou secondaires qui 
intéressent la défense les professions qui lui vieiment en aide ; 
de comparer ensuite le tableau synoptique qui résulterait de ce 
travail avec celui des industries qui sont au service du besoin 
de Talimentation, et de se rendre compte du nombre et surtout 
de l'affinité de toutes ces industries. Mais il suffit de suivre 
par la pensée celte affinité, pour reconnaître combien il est 
déplorable qu'une direction aveugle compromette le sort des 
industries, faute d'avoir apprécié l'aptitude des artisans. 

§m. 

INDUSTRIES CORRESPONDANT AUX RESOINS DE LA LOCOMOTION ET DU REPOS. 

De même que les industries qui pourvoient aux besoins de 
l'alimentation peuvent se référer au besoin de la défense , car 
elles préservent des souffrances de la faim et de la soif, de 
même les industries au service des besoins de locomotion et 
du repos peuvent se référer à toutes les autres. La sagacité 
de notre lecteur , au sujet de cette affinité y nous dispensera 



- M — 

iê repr^oire iei la remarque qui tmtmm» nos Aon fuurtgra- 

phes précédeuU. 

Exaoïiuons maintenant quelle eit Vinflyence de l'amour sur 
les effets de ripdustrie en général ; nous aurons occasion en 
mime temps d'en signaler Tinfluenoe sur Vordre social. 

§iv. 

DE l'influence DU BESOIN DE L^AMOUR SUR LES INDUSTRIES 

ET SUR LA CIVIIJSATION. 

Jusqu'ici nous avous vu les besoins assujettissant à leur ser- 
vice une foule d'industries , chacun demandant tyranniquement 
à être satisfait. De compensation, il n'en est point admis; Ton 
pourrait presque dire que les besoins matériels n'agissent sur 
l'ordre social que pour lui imposer leur égoisme. 

Il n'en est pas ainsi de l'amour : Texpansion en est l'es- 
sence, le sacrifice le moyen; aussi, au Heu d'asservir, c'est lui 
qui se prodigue; loin qu'il soit nécessaire de lui consacrer des 
pratiques industrielles spéciales, il est, au contraire, ingénieux à 
donner à celles qu'absorbent les autres besoins un emploi, uue 
perfection, qui tournent plus efficacement au bi^n-être général. 

Déjà, par les sacrifices qu'il fait au désir de savoir, l'amour 
manifeste son influence dans le service des autres besoins, et, 
à voir son abnégation, il semble que lui-même ne participe 
en rien à la nature de ceux à la tyrannie desquels l'homme est 
asservi. 

S'il en était ainsi, qu'aurions-nous à faire de lui réserver une 
importante place dans un système d'éducation qui n'a d'autre 
objet que l'enseignement d'une pratique au service d'un besoin 
social? 

C'est qu'il n'en est pas ainsi , et que par cela même qu'il 
n'absorbe pas les services , ce n'est pas à dire qu'on ne doive 
pas lui donner satisfaction , celle au moins de seconder, en l'é- 
clairant , l'expansion incessante qui le dispose au sacrifice. 

Voilà comment l'amour est un besoin , et un besoin dont il 
faut tenir compte. 

Peut-être est-ce une préoccupation oiseuse que ceUe de s'at- 



I 



~ w - 

Uiàiev il )wli6«r 9)^ 1' «mur» -^ m» moina Y$mwf qil n*mlé* 
r^se «ne le vmtiX que eelui qui a peur mobile U propagitii» de 
V espèce, — est m besoin. GepetcUtnl , pour ae peiul laitier 
place au doute , ou pluU^t parce que la diseutaion entre dans 
notre plan comme devant faire ressortir Tinfluenee de Tamour 
sur Tordre social, nous allons traiter la question seos œ double 
point de vue, 

L'amour sexuel eat-il un besoin? 

L'amour moral est^il un besoin? 

Yoici par quel raisonnement noua arrivons à la solution de la 
première question. 

Les besoins se manifestent par des sensations, et les sensa^ 
tiens affectent la vie physique non moins que la vie morale. 

La souffrance ou une sensation de bien-être est toujours la 
eonséquence d'un refus ou d'une condescendance à l'exigence 
d'un besoin matériel. Privez l'homme d'aliments alors qu'il a 
faim, ou privea-le de vêtements alors que la rigueur de la sai-s 
son rend les vêtements le plus nécessaires, le sommeil répara- 
teur n'approche plus de sa paupière; bientôt la lenteur de ses 
mouvements témoigne de râiTaissement de ses forces, il dép6«> 
rit au physique : en même temps la tristesse, la morosité dé- 
cèlent rabattement de son âme , et son existence morale finit 
par se concentrer dans une seule pensée, — la satisfaction du 
besoin en souffrance, — jusqu'au moment où, passant par des 
degrés successifs d'affaiblissement, cette pensée finit par deve- 
nir vague, incohérente, et par s'éteindre avec la vie matérielle. 

Mais qu'avant le <909i^eQt suprême il soit satisfait, à temps, 
à l'urgence des besoins, peu à peu le corps débile reprend sik 
vigueur, les facultés intellectuelles retrouvent leur e^sor, et cet 
être, uagM^re si misérable, est rendu à sa pleine existence. 

Ëh bien \ que deu^ jeunes sujets, dominés par la puissance 
de Tattrâit qui agit respectivement sur les deux sexes, ren- 
contrent un obstacle à leur rapprochement , la souffrance phy-» 
sique se manifeste par l'iasomnie, par Tabsence du besoin dV 
limentation, par la langueur; toutes les facultés intellectuelles 
se co^ç^trent daa» uue seul^ pensée i laquelle s'élève alors Ik 



-de- 
mi tel degré d'exaltation , que Taberration en est presque tou- 
jours la conséquence , et qu'il n'est pas rare que la crise su- 
prême ne se manifeste par le trouble de la raison. 

A Tétre en proie à de si cruelles souffrances, un seul regard, 
un seul rayon d'espérance, suffit pour lui rendre toute son 
énergie matérielle et morale. 

Chez les animaux même , dont pourtant rien ne gêne la li- 
berté d'action , il y a souffrance à Tépoque où se fait sentir le 
besoin de propagation ; souffrance telle qu'alors leur chair perd 
de ses qualités alimentaires : l'absorption qui se manifeste , 
même chez les espèces les plus défiantes , devient tellement 
absolue que les soins de la défense, pour laquelle elles sont si 
vigilantes dans toute autre circonstance, sont négligés à ce 
point que, sur l'imitation la plus grossière des formes, des cris 
qui les caractérisent, elles donnent tête baissée dans les pièges 
les moins subtils : la faim, la peur, la rigueur des saisons n'a- 
gissent pas avec plus d'énergie sur leurs actions et leur instinct. 

Ce sont là des effets de souffrance et de monomanie qui se 
produisent identiquement sous Tinfluence des deux épreuves, 
et cette identité prouve bien qu'il ne saurait y avoir divergence 
dans la nature des causes. 

Disons donc, sans hésiter, que Tamour sexuel est un besoin; 
et passons à l'examen de la seconde question. 

L'amour moral est-il un besoin? 

La similitude des effets de l'amour chez l'homme et chez la 
brute est circonscrite dans la limite que nous venons d'indi- 
quer ; sous tout autre rapport, ces effets sont loin de présenter 
les mêmes caractères d'identité. 

D'abord, ce besoin des sens irrésistible chez la brute, l'homme 
a le pouvoir de le dominer, car il est doué de la puissante fa- 
culté d'absorber sa vie physique dans son existence morale. 
C'est pourquoi l'être humain de l'un et de l'autre sexe n'ac- 
cepte pas du hasard celui qui doit recevoir le témoignage de 
sou amour. Sous l'influence de l'amour, l'être humain obéit 
donc moins à l'impulsion matérielle qu'à un sentiment qui ex- 
clut presque toute idée de suggestion des sens ; d'où il faut con« 



— 97 — 

dure que c'est seulement dans l'union des deux âmes que se 
réalise l'amour de Thomme et de la femme. Devant cette union 
disparait même F attrait matériel qui reçoit comme une satis- 
faction de l'exercice des devoirs attachés au lien de famille. 
S'il est vrai de dire que l'être humain qui, sous l'impulsion du 
besoin de l'amour, n'a d'antre but que de satisfaire à la sug- 
gestion des sens, n'agit pas autrement que la brute, il est aussi 
vrai de dire que chez l'être humain qui, dans l'attrait de ce be- 
soin, cherche, avant tout, la satisfaction morale, la brutalité 
s'efface devant les douceurs des sacrifices qui sont la consé- 
quence d'une existence à deux. 

Il faut, en effet, être dominé par un grand besoin d'aimer 
pour accepter une vie commune avec les dissidences de deux 
organisations, de deux éducations, de deux volontés; pour se 
résigner, par avance, à tous les sacrifices résultant et de ces 
divergences et des soins de la famille. 

Ainsi donc nous voilà déjà conduits à reconnaître que, même 
abstraction faite de l'intérêt des sens, l'amour est un irrésistible 
besoin. 

Mais ce n'est pas seulement dans le lien conjugal que l'a- 
mour dirige ou maîtrise les actions humaines : la mère ne 
va-t-elle pas avec ardeur . au-devant des sacrifices les plus 
coûteux, même pour des causes futiles? et ne voit-on pas la 
piété filiale payer héroïquement son tribut, sans reculer devai^t 
les plus terribles exigences ? j 

Les généreux citoyens ne se dévouent41s pas au salut de da 
patrie 1 

Le chrétien exalté, le fanatique, ne se dérobent-ils pas aux 
mille voluptés d'une vie opulente, pour se vouer aux austérités 
du cloître ? 

Les Yincent de Paul ne bravent-ils pas les fatigues et les 
frimas pour recueillir de malheureuses petites créatures expo- 
sées à la mort 7 

Tous les jours, des hommes généreux ïie se précipitent-ils 
pas dans les flammes ou dans les gouffres^ m risque d'y perdre 



- 91- 

U vi^i BQwr arracha k vne perte certaine âes nifdhçurev^ q\i4 
leur sont inconpus ? 

Le sayaat, Tartiste, pe se çqnsacrent-ils; pas à cette pénible 
e\ fé})rUe absorption, à laquelle Us immolent plaisirs, aatisfac^ 
tion matérielle des seqs, santé, tontes les jouissances de la vie, 
dans le but de se rendre utiles à leurs semblables •? 

Quoi donc inspire-t-il tant d'abnégation? — L'amour, 

Et Tapnour ne serait p^^s un besoin ? 

Qu'on essaye démettre obstacle à Vimpulsiqu de cette abr-- 
négation coçoplète de soi dans les actes d'amour de pieu, 
d'amour maternel, de piété filiale, de patriotispie, de philan- 
thropie, d'absorption scientifique ou artistique, et l'on entendra 
ce cri de souffrance et d'indignation autrement énergique que 
celui qui répond aux privations imposées ^ un besoin maté- 
riel. . . 

E pur si movel et pourtant elle tourne, s'écriait Galilée, peu 
soucieux, dans Tabsorption où la grande découverte qu'il avait 
fiaite tenait ses sens, de l'iiumiliation à laquelle il se soumettait 
en subissant une stupide sentence. 

Et qu'importe à Galilée l'injustice des hommes ! Qu'importe 
la vie à celui dont vous immolez les plus chères affections ! 

Est-ce de sa vie que se préoccupait l'infortuné Lavoisier, au 
moment de subir le fatal jugement ? 

Pour les martyrs d'une foi quelconque, de quel prjx est une 
vie qu'ils dédaignent de racheter par une lâche abjuration ? 

Quel est encore le prix de la vie, en comparaison de l'amour 
du devoir, pour le soldat qui tombe obscur dans la mêlée ? 

Les tourments, la mort, ne sont donc rien, lorsque l'élan de 
Tamoup moral se fait sentir. . . C^est que les souffrances, qui 
sont les conséquences de la contrainte qui lui est imposée, sont 
d'une nature bien différente de celles qui sont la conséquence 
des privations imposées à un besoin matériel. 

^ Est-ce sous la pression d'une loi morale, et n'est-ce pas plutôt sous U 
dression de la loi elle-même de son organisation intellectuelle que l'inven- 
teur, ee posséda de Tidée^ oonsomitte sa santé et ses Teilles et ruine sa fa- 
mille ^ne^sav^? (^ Drçit^ m Mi^ $«Ue 4» GûrMckiii, page 100.) 



^^- im -^ 

Les s^ffranees oausées par l'exigence de« beaoios matériels 
affaissent à la fois et le corps et les facultés intellectuelles ; les 
soufirances causées par Texigence du besoin moral affaissent 
bien aussi quelquefois le corps, mais c'est en exaltant les fa- 
cultés de rintelligence. 

L'être humain, en proie aux besoins matériels, souffre avec 
dégoût: l'être humain, travaillé parles besoins moraux, souffre 
avec bonheur, comme une mère dans les douleurs de l'enfante^ 
ment. Le premier p4ti^ le second se passiotme. 

Ainsi, tandis que, à la satisfaction donnée aux besoins des 
sens, en général, succède la satiété, à la satisfaction donnée 
aux besoins de l'âme succède le désir. 

D'un côté, exigence ; de Tautre, disposition constante aux 
sacrifices : abnégation. 

Passions, sacrifices, voilà donc le secret de cette constance 
dans la lutte contre les difficultés qui encombrent les créations 
scientifiques, littéraires, artistiques ; pas une œuvre de quel- 
que mérite qui ne témoigne de cet amour passionnel qui exalte 
l'âme jusques à revêtir d'un attrait irrésistible les âpres fatigues 
de l'incubation. Oui , ce n'est que sous l'influence de cette 
passion fiévreuse, à laquelle les peintres, les sculpteurs, les ar- 
tistes de toutes les spécialités ont bien souvent immolé leurs 
besoins matériels, qu'ont pu éclore et grandir ces créations 
iperveilleuses devant lesquelles se sont recontrées, pour par- 
tager les mêmes émotions, les populations accourues des points 
les plus opposés du globe *. 

^st-ce que la science, qui conduit à la pénétration des mys- 
tères derrière lesquels se cachent tant de saisissantes merveilles 
de la nature, fiboutirait à de si utiles découvertes, si l'opiniâ- 
treté dans la recherche ne venait l'aider de ses ressources pas- 
sionnelles? Que de siècles n'a-t il pas fallu à la persévérance 
humaine pour donner au véhicule qui sert si bien Timpatience 
du voyageur cette étourdissante rapidité qui ne tient plus 
compte des étapes marquées par le temps ; pour assujettir la 
redoutable vitesse de l'élément électrique à devenir l'instru- 

1 Exposilion de Looi^res et £xfM)silion de Paris. 



- 100 - 

ment docile des relations entre les peuples qne séparent les 
abîmes de TOcéan ! 

Et cette simple politesse, qui revêt de tant de charmes les 
relations individuelles , où prend-elle sa source, si ce n'est dans 
cette disposition qui nous porte à Tabnégation de notre indivi- 
dualité en faveur d'autrui? 

Enfin, nous ne pouvons méconnaître que, sous Tinfluence de 
Tamour, ont été aplanies bien des aspérités embarrassant la 
voie qui aboutit à la place universelle de la Concorde , ci 
toutes les nations du monde se rencontreront un jour pour ne 
former qu'une même famille. 

L*amour est donc le génie social, travaillant non-seulement 
au bien-être matériel de l'homme, mais encore à développer ces 
éléments de sociabilité que le Créateur a ménagés à l'espèce 
humaine : l'amour, c'est la civilisation '• 

Résumons : 

Nous avons fait remarquer : 

1^ Que l'instantanéité des besoins exige le concours de la 
société entière pour suffire à la satisfaction de ceux d'un seul 
individu ; 

2® Que la pratique spéciale vouée au service de chaque be- 
soin est tellement compliquée d'autres pratiques , qu'elle ne 
pourrait isolément suffire à son objet ; 

3® Que le travail, qui est le moyen de toute industrie, doit 
au mobile de Tamour ses qualités les plus accomplies. 

De là nous concluons : 

Qu'un seul ne peut se livrer à toutes les spécialités de tra- 
vaux industriels ; 

Que tous ne peuvent s'appliquer à la même spécialité ; 

* La société vit de sympathie, de dévouement et de sacrifices, d^amour 
enfin, car l'amour seul réalise Tunité, Tunité de famille, Tunité de nation, 
et de proche en proche, en s'épandant toujours, l'unité plus parfaite du 
genre humain, dernier terme du progrès social. Il est donc bien vrai que 
Tamour est le sommaire de la loiy le résumé de tous les devoirs, et l'énergie 
interne par laquelle on les accomplit, la puissance génératrice de tout bien, 
de tout ordre et de toute félicité possible sur la terre et au delà. (Lamen- 
nais, Politique à Vusage du peuple, page 197.) 



- 101 - 

Qu'il y a donc lieu de tenir compte de la prédflection de 
chacun, non moins que de ses facultés industrielles — Tintelli- 
geoce et la force — pour diriger son éducation dans l'exercice 
de Faction professionnelle qui convient le mieux à ses disposi* 
tions natives '. 



CHAPITRE V. 



DE l'aptitude. 



Une œuvre quelconque bien conçue , bien exécutée dans 
les détails et dans l'ensemble , témoigne hautement que Tau- 
teur possède les qualités appropriées à l'exécution de cette 
œuvre. 

Or, une œuvre ne peut réunir les qualités relatives de per- 
fection qu'autant que l'auteur aura consacré à l'élaboration une 
attention persévérante et soutenue, résultat d'une prédilection 
peut-être exclusive et d'une capacité de conception et d'exécu- 
tion parfaite. 

L'aptitude constitue donc une prédilection pour la pratique 
d'une science, d'un art, d'une industrie , d'un travail; 

Une capacité incontestable de conception et d'exécution. 

Mais, pour se faire une idée bien nette de cette faculté, il faut 
que les éléments constitutifs en soient bien déterminés. Nous 
allons donc en faire l'examen, en commençant par la prédilec- 
tion. 

PREMIÈRE SECTION. 

DE Lk PRÉDILECTION. 

Prédilection pour la pratique d'une science, d'un art, d'une 
industrie, d'un travail, cela implique persévérance dans la 
lutte, attrait passionnel, amour vif et persistant. 

Mais d'où viennent ces dispositions spéciales d'un individu? 

' Sous cette loi ( la raison même démontrée par le raisonnement ], il ne 
grandit plus d'hommes qui ne pensent pas, il ne grandit que des hommes 
qni pensent; Tenfant qui naît est élevé pour devenir homme, dans la plus 
jsaule acception du mot que, relativement à l'étendue de ses aptitudes, com- 
porte ce mot; conséquemment,il n*y aura plus que des hommes raisonna- 
bles. (Le Drof^,par M. Emile de Girardio, page 83.) 



- 105 - 

Elles peuvent lenir ou à TorganiBatiou propre^ ou à uti fait 
accidentel. 
La prédilection peut donc être ou naturelle ou accidentelle. 
Examinons-la sous ces deux rapports. 

§1. 

De la prédilectioh naturelle. 

A la suite de longues observations ♦ la science a pu constater 
que Torganisme, c'est-à-dire Tensemble de nos organes, dont 
les fonctions constituent là vie, est loin de présenter, dans tous 
les individus, la même combinaison. 

Les physiologistes anciens et modernes se sont attachais à 
rechercher , à constater l'influence des éléments de Torganisme 
sur les actions des hommes : nous ne prendrons pas à tâche 
d'analyser leurs nombreux traités; nous les trouvons d'ailleurs 
résumés dans un article remarquable contenu dans le Diction- 
naire de la Conversation , sous le mot Tempérament, dû à la 
plume de M. le docteur Fourcault. Cet article , auquel nous 
renvoyons le lecteur, car nous ne pouvons le reproduire ici à 
cause de son étendue, a pour objet d'expliquer les causes di- 
verses et les tendances des tempéraments. Ainsi, selon qu'un 
tempérament peut être classé dans une de ces neuf catégories : 
nerveux, ou prédominance du système nerveux; sanguin, ou 
prédominance du sang ; cellulaire , dans lequel dominent les 
tissus graisseux ; lymphatique, dans lequel domine la pléthore 
céreuse ou la polymnie ; scléreux , ou développement consi- 
dérable des tissus osseux ; musculaire, ou développement éner- 
gique des muscles et des articulations; gastrolimique , ou famé- 
lique i ou faim canine ; gastrophàtique ou mélancolique , que 
caractérise une irritation habituelle de Pestomac et des plexus 
nerveux qui l'animent; enfin erotique; selon la nature du tem- 
pérament, en un mot, on remarque dans la manière d'être 
d'un sujet la prédominance de la sensibilité ou de l'indolence^ 
de la grâce ou de la rusticité, de la finesse oti de la rondeur, 
de l'activité ou de la paresse, de la pétulance ou de la mesure 
dans les actions, de la tenue ou de la légèreté, de l'ambition 



oU du désimétre^rti^nlietit , dé Fardetlr od dé la nonchalance ^ 
de k colère ou dé la mansuétude^ de la Vivacité ou dn calme 
dans les passions, dé la force ou de Tinértié, de la débauché 
on de la continence, de l'énergie ou de la mollesse, du cou* 
rage ou de la couardise, de l'ampleur Ou des mesquines pro* 
portions des facilités intéllectUelled, de Timagination ou du 
distieniémeiit, etc., etc. Il est donc rationnel de conclure cju'il 
est impossible que celui qui est né avec une constitution qui 
le disposé à l'opiniâtreté datt» là Ititte se crtntente de concen- 
tt^r ses actions dans le cercle trdéé autour de celui dont là 
mollesse s'affaisse devant les fttlgues et les difBcultés ; que 
V ambitieux suive la même voie que le désintéressé ; que l'homme 
doué d'une vive imagination applique son esprit aux mêmes tra- 
vaux t}ue le froid calculateur. Pour §ûr, la prédominance de la 
sensibilité ou de l'indolence détei*mineta, selon le éas, une di- 
vergence complète dans les aétés dés individus; Ajoutons qlie 
jamais le sujet Courageux n'agira comme lé sujet pusillanime i 
le sujet jovial comme le sujet motosé, et disons enfin que les 
conditions de l'organisme détermineront toujours et le pen- 
chant et la nature des actions qui le caractérisent; 

Mais la science reconnaît àUssi que des causes accidentelles 
peuvent agir surTorganisâtioU, de itoànlôte k réveiller la ptédo- 
mlnattce jusqu'alors assoupie de certains organes et par consé- 
quent influer sur le penchant. Les faits ne tnanqUéht pas peut* 
constater les observations de la science. Nous allons en rap- 
peler tiuelques-Utts, qui justifient d*Uhë manière três-slgnifldai 
tiviè les prédilections accidert telles. 

De la prédilection acciêmMiet 

Il est incontestable qu'une grande et subite émotion, qu'un 
sentiment profond accidentellement excité, ont plus d'urté fois 
décidé de la prédilection d'Un individu. Lé spectacle de la na- 
ture a sans doute déterminé le penchant dU naturaliste; Tim- 
posant aspect de TOcéan manque rarement de réveiller dans 
Tâmé le désir de coursés aventureuses; Tamour, cet attrait qui 



— 104 - 

rapproche les deux sexes , donne de l'essor à l'imagination , et plos 
d'un artiste lui doit la révélation de son génie. Si Tenthou- 
siasme enfante des chefs-d'œuvre, combien d'œuvres sublimes 
écloses d'une circonstance fortuite qui, en excitant l'admira- 
tion, a produit l'amour du beau ! 

Cette révélation fortuite d'une prédilection n'est pas rare, 
surtout chez les hommes doués de cette ampleur d'intelligence 
capable d'embrasser la matière de plusieurs sciences : leur 
génie universel semble se complaire à s'immerger dans l'océan 
scientifique , jusqu'au moment où, séduits par l'attrait d'un 
parage qui avait échappé à leur attention, ils absorbent toutes 
leurs facultés à en faire l'exploration. Ainsi Newton, frappé des 
évolutions d'une pomme dans sa chute, applique plus particu- 
lièrement sa puissante capacité à constater la gravitation uni- 
verselle, à pénétrer les secrets du système du monde, et l'on 
n'ignore pas que c'est dans les fragments d'un spath calcaire, 
qui se brisa fortuitement à ses pieds, que le savant abbé Haùy 
a trouvé les règles de la cristallographie, science ignorée jus- 
qu'alors. 

Il s'opéra comme une transformation en J.-J. Rousseau, li- 
sant dans un numéro An Mercure de France^ que le hasard avait 
fait tomber en ses mains, l'énoncé de la question que l'Acadé- 
mie de Dijon avait mise au concours : le musicien devint su- 
bitement philosophe. 

Si un délit de chasse n'avait forcé Shakespeare à la fuite, et 
à chercher dans la pratique du théâtre un abri contre la mi- 
sère, il ne serait peut-être pas devenu un des premiers auteurs 
dramatiques du monde. 

Les événements politiques ont aussi exercé une notable in- 
fluence sur les prédilections. 

Sans la révolution de 1789, Moreau n'aurait jamais quitté la 
carrière judiciaire, pour devenir un des plus habiles généraux 
de son époque, pourtant si féconde en grands capitaines. 

Sans la lutte héroïque, couronnée du laurier de l'indépendance 
de l'Amérique, Washington n'eût jamais échangé le compas de 
l'arpenteur contre Tépée avec laquelle il sut frayer la route qui 



— lOB — 

condttisit ses soldats à la Yictoire : jamais peut-être son intelli- 
gence ne se fût élevée à la hauteur du rôle sublime d un chef 
de gouvernement des plus estimés. 

Mais, pour opérer des transformations dont les résultats ont 
atteint les plus vastes proportions, il suffit souvent d'un événe- 
ment de la moindre importance. 

Témoin Ignace de Loyola * : destiné par sa naissance, par 
son éducation, à la carrière des armes, qu'il embrassa avec ar- 
deur, soutenu dans l'amour de cet exercice par la lecture des 
romans de chevalerie dont il faisait ses délices, doué d une fer- 
meté telle que les souffrances les plus aiguës ne changeaient 
rien à l'impassibilité de son visage, il semble que la violence 
seule peut l'arracher à sa prédilection pour la vie aventu- 
reuse et, en ce temps, un peu licencieuse des camps. Toute- 
fois, pendant que, dans son manoir, il subissait avec impa- 
tience les ennuis d'un long traitement appliqué à la guérison 
d'une blessure grave, une circonstance, en apparence des 
plus futiles, vint apporter un changement radical dans les goûts 
du soldat; Cherchant dans la lecture une diversion à ses en- 
nuis , mais privé de livres qui répondissent à ses idées cheva- 
leresques, il se résigna à fixer son attention sur des ouvrages 
traitant de sujets religieux, les seuls que sa mère pût lui fournir. 
Un de ces livres, ayant pour titre la Fleur des saints, frappe 
l'esprit du malade.... Aussitôt Thomme de guerre se voue aux 
pratiques les plus austères de la vie religieuse, et la célèbre 
Société de Jésus trouve en lui son fondateur. 

Nous pourrions emprunter à Thistoire des savants, et sur- 
tout à l'histoire des artistes, un nombre considérable de faits 
non moins significatifs, mais nous pensons qu'il suffit de ceux 
que nous venons de rapporter, pour faire apprécier l'influence 
des causes accidentelles sur la prédilection. 

De ce qui précède, il est donc rationnel de conclure que 
la tendance prédilectionnelle , qu'elle tienne à l'essence de 

^ Ignace de Loyola naquit en Biscaye, en 1491, dans un manoir féodal 
qui appartenait à ses parents; il fit son éducation comme page à la cour de 
Ferdinand Y, puis il embrassa la carrière des armes. 



- lOB- 

Toi^itiiftiMe, ou ^>110 M\i iév^mMê ^t Urié i^ube ftecideft* 
telle, indique toujours, d'uueiuftuifirë presque GeHàiue,lé gëUre) 
la spécialité iodustrielle à la pratique de laquelle il Mi appli** 
^uer riiUelli|[etice de Tindividu. Toutefois, la t^ApUlVi pourrait 
bien donner un démenti h la prédilection t aussi est-il indis^ 
pensable de bien étudier le caractère de lA eât^acité, afln d'ap 
précier son influence dans le choix d*Uâe ëarrière profession- 
nellet 

DBUXliMB gEOnON. 
BB LÀ QftPAckTii 

Avant de passer' à rôpèration qui constitué le travail d'exè- 
cbtion dans une œuvre quelconque , il est indispetisable que 
TâUtéur ait déteriminé lé but qu'il se propose, et qu'il soit fixe 
sur les moyens à mettre en pratiqué poilr atteindre ce but. 
Alors l'œuvre est conçue. 

Cependant la capacité de conception serait insuffisante, si elle 
n*était aidée dans ses opérations par une atitre capacité, celle qui 
à étl sa pbîssâttéë là disposltioft des moyens, et^ suivant les cas, 
les ressources pliysîqilès, pour mettre ces moyens éh relief : 
cette opération fest dli domaine de la capacité d^èxëcution. 

Quelles sotit les fdUctioîis dé l*iiiie et de l*aiitré de ces deiix 
capacités dails les deux Opérations qui côiistitueilt la produc- 
tion d'une œliVreî Nous allons lé dire. 

De la capacité de conception. 

Le génie * , ée levier irrésistible de la capâeité , lie §àuhit 
produire rien de véritablement grand, de véritablement beâll, 
rien de complet , si , dans le sanctuaire du recueillement , ii 
puissance ti'agissait avec persévérance !iur le Sujet qui intéresse 
sa prédilection. C'est dans ce gynécée qii'éclairé par le flam- 
beau de la Mdltation , il découvre des principes qui , sans le 
secours de ce foyer de lumière, seraient restés sans reflet. 

Mais à mesure qu'il répand la clarté sur l'objet qui intéresse 
sa puissance créatrice , il subit à son tour les impressions fé- 

< Nous ferons connattlré bientôt ce que liou^ eillefldons par c6 mdt pétUe. 



— 107 — 

condes résultaot des lueurs qui jaillisseni des éléments frappés 
de lumière, et de cette action réciproque^ qui constitue la ré-^ 
flexion, nait la pétiélration qui arrache aux ténèbres les parties 
les plus mystérieuses du sujet. 

Cet effet des opérations successives de la méditation et de 
Ja réflexion est donc uniquement dû à Faction d'une tension * 
persévérante , passionnelle y de toutes les facultés intellec*- 
tuelles, et ce n*est qu'en passant par toutes lés phases de cette 
incubation que le génie obtient le développement du germe^ et 
aboutit à la conception. 

Ce n'est donc qu'à l'aide des ressorts que met enjeu une at- 
tention opiniâtre que le génie sait ce qu'il doit faire, et corn'' 
ment il faut faire pour atteindre son but ; en d'autres termes « 
qu'il met judicieusement en œuvre les facultés de V intelligence» 

Mais l'intelligence , cette prédisposition providentielle de 
l'homme à la science du but et des moyejis; l'intelligence, qui, 
dans Tensemble des connaissances acquises , trouve un arse- 
nal où s'arme le génie pour triompher dans la lutte passion- 
nelle qu'il livre aux difficultés encombrant le champ de ses la- 
beurs, l'intelligence ne constitue pas en elle-même une faculté 
élémentaire ; cette puissance morale n'agit dans toute sa vi- 
gueur qu'autant qu'elle est le résultat d'une heureuse combi- 
naison des facultés que nous allons faire connaître. 

Qu'on ne s'étonne pas si, pour atteindre notre but, nous di- 
rigeons nos pas à travers les observations que nous fournissent 
les habitudes de la brute ; la voie de la zoologie a souvent 
conduit à une heureuse fin dans la solution des questions mé- 
taphysiques. Que le lecteur veuille donc bien nous suivre; cette 
excursion nous ramène à notre sujet. 

La brute nait vêtue ; les gites , les aliments lui sont prépa- 
rés partout où il lui plaît de se transporter ; son agilité , les 
armes naturelles dont elle est pourvue, la défendent contre les 
dangers de sa destruction ; son organisation se prêtant à la ra- 
pidité de la locomotion, le rapprochement des sexes se fait 

* Adtendere, attendere, cl*où adtentio, attentio, alieritîon, qui signifie ten- 
giôn des facultés morales Vers un objèté 



- 108 — 

avec une grande facilité , tandis que , pour les espèces chez 
lesquelles la locomotion est lente» Téloignement des sexes est 
difficile. 

Tout est donc à la portée de la brute pour la satisfaction de 
ses besoins et de consenration et de propagation de l'espèce ; 
elle n'a donc que faire de la prévoyance ; il lui suffit, pour sa« 
tisfaire à sa destinée, de se mouvoir dans le cercle d'actions 
providentiellement tracé autour d'elle^ et dont l'étendue est 
déterminée par des besoins très -peu nombreux et faciles à 
satisfaire. 

Nous ne pouvons méconnaître cependant que les herbivores, 
les moins avisés des animaux, ne choisissent pour satisfaire à 
leurs besoins le moment des ténèbres, afin de se dérober, à h 
faveur de l'obscurité, aux recherches de leurs ennemis ; que 
les carnivores ne prennent la précaution de se blottir dans des 
embuscades pour surprendre leur proie ; que certains même 
dans les deux genres ne mettent en pratique, en prévision d'un 
danger imminent ou d'une lutte désespérée, des ruses qui té- 
moignent d'une étonnante sagacité ; mais est-ce là de la pré- 
voyance? Point du tout. Les besoins de la brute ne se mani- 
festent que successivement, le nombre en est fort limité, et 
ces besoins, comme nous l'avons fait observer, étant faciles 
à satisfaire, les actes industriels des animaux sont concentrés 
dans un cercle très-resserré; ces actes ne varient que d'une 
espèce à une autre, suivant la force, l'agilité, la faiblesse des 
espèces, et aussi suivant la nature des aliments qui leur sont 
appropriés. Mais le cercle dans lequel sont concentrées les 
actions d'une espèce est le même pour tous les individus de 
cette espèce. Tous n'agissent pas autrement que l'un d'eux ; et, 
ce qui vient à l'appui de ce que nous avançons , c'est que le 
chasseur expérimenté prévoit toujours facilement les ruses que 
va mettre en pratique, pour éviter ses atteintes, l'animal dont 
il veut faire sa proie. 

D'ailleurs, tous les individus de l'espèce ont et ne peuvent 
avoir d'autre besoin que l'un d'eux. Tous, nés dans la même 
condition, trouvent les mêmes ressources partout; et, pour en 



— 109 — 

jouir, i^aeaa n'a pas d'autre procédé k employer que les au- 
tres. A quoi leur servirait donc un instinct plus subtil? 

Si, dans le cercle d'actions tracé autour d'une espèce» chaque 
individu déploie une sagacité admirable, en dehors c'est autre 
chose. L'éducation dont certains animaux sont susceptibles 
ue change rien à cette restriction : les actes que Ton obtient 
d eux ne constituent qu'une imitation grotesque des actes na- 
turels d'autres animaux, ou de Thomme même, et le procédé 
au moyen duquel se produit l'imitation n'a pour résultat que la 
répétition des actes et non Textensiou des facultés instinctives. 
Il semble bien qu'à l'aide de l'éducation l'on puisse étendre le 
cercle d'actions de la brute ; mais qu'elle soit livrée à elle- 
même, les actes de son libre arbitre rentrent dans les limites de 
l'orbite providentielle, ou ne sortent du moins jamais de l'or- 
bite fictive. Pour que l'éducation eût le pouvoir d'étendre cette 
orbite, il faudrait qu'elle pût étendre les besoins de la brute, 
lui en donner de factices, ce qui est impossible. Du reste, 
cela fût-il possible, la domesticité exclut la prévoyance, car il 
est pourvu à tous les besoins des animaux qui vivent à l'état 
de domesticité : or, comme sous l'influence de l'éducation, 
l'imprévoyance se manifeste de la façon la plus évidente, dès 
l'instant que les besoins sont satisfaits , alors l'animal s'ac- 
croupit dans un état de torpeur ou de somnolence, sans se 
préoccuper de l'avenir, et ce n'est que sous l'instigation des 
sensations renaissantes qu'il recommence les exercices tendant 
à satisfaire à ses besoins. 

L'instinct paternel et maternel semble bien quelquefois 
étendre l'orbite de ces exercices ; mais les besoins de la fa- 
mille ne sont autres que ceux des parents; seulement ils de- 
viennent exigeants en raison de l'accroissement par la progé- 
niture ; et puis limités d'ailleurs à une courte durée après 
laquelle les parents rentrent dans leurs habitudes ordinaires , 
ces besoins accessoires n'exigent d'autres actes que ceux qui 
tendent à satisfaire à l'existence matérielle de ces derniers. 

Ainsi chez la brute, pour les bescîins sociaux même, autant 
que la famille constitue la société de la brute, la prévoyance n'a 



- no - 

pas d*obJ6t; li poiis la trouvons chez certains animaux, chez Va* 
beille, la fourmi et d'autres, Tacte qui semble la caractériser 
ne sort pas du cercle instinctif d'actions providentiellement 
tracé autour de Tuu d'eux. Cet acte ne constitue donc pas un 
acte de précaution raisonnée, il n'est qu'un moyen de pourvoir 
aux besoins par la mime pratique imposée à tous dans les voies 
providentielles. 

Mais Thomme ne se meut pas dans le cercle des actions tracées 
autoiir de Tun des individus de Tespèce humaine. D'abord, il 
n'est pas jusqu'aux besoins de conservation, jusqu'à la pratique, 
pour satisfaire le même besoin, qui ne diffère chez chaque in- 
dividu, et, de plus, le mobile de la civilisation n*âgit pas de 
manière à produire les mômes effets et les mêmes actes de h 
part de chaque sujet. Chacun agit donc d'une manière spéclald 
pour pourvoir à la satisfaction de ses besoins individuels. 

D'ailleurs, il ne suffit pas à l'homme, pour atteindre ce but, 
de faire usage des éléments k l'état de nature , et puis, ces élé- 
ments ne sont pas à la disposition de chacun ; souvent même 
ils sont hors de la portée de la société dans laquelle vit celui 
qui doit en faire usage. Que de soins, que d'industrie, que de 
prévoyance individuelle ne faut*il donc pas à chacun pour ne 
pas souffrir du manque de choses nécessaires ! 

Au surplus, l'instantanéité des besoins, plaçant l'individu 
dans la condition de ne pourvoir qu'accidentellement par se# 
œuvres à ses besoins personnels, ^3i pràfoyance doit s'étendre 
au delà du cercle de ses besoins particuliers, puisqu'il y a 
nécessité qu'il pourvoie, par ses œuvres, aux besoins des au- 
tres. Il y a donc dans la nature de l'homme condition absolue 
Ae prévoyanee individuelle, et, suivant la position de certahis, 
nécessité de prévoyance sociale. 

Or, que de souffrances particulières et générales endurées 
faute d'avoir prévu 1 Que de souffrances à endurer faute de pré- 
voir, que la faute tienne à l'indifférence ou à l'incapacité! 

Aussi la prévoyance, cette faculté de l'homme que Téduca* 
tion semble avoir pour \inique but d'étendre ou d'éclairer, 
qu'était-elle dans les phases originelles des nations? Qu'est-elle 



— m — 

mime dd uûs J^ura, aiuon le résolut du êommip dea m^m en- 
dm»és f;iiMle d'^Yoir pourru aux besoins oiatériela ou moraux, 
païUopIi^rs ou généraux, avant le aaonient oii cea besoins de- 
no^iDdent satisfaction? 

Mais le fiouvenir dans sa simple fonction n'étend son action 
qiie jusqu'à Timpression vague qui nous est restée d'une situa-* 
tion ; le souvenir serait assuréQient impuissant à mettre en 
oauvre tous les ressorts de la prévoyance, s'il n'était secondé 
par la mémm^. 

La mémoire, à Toccasion de la sensation réveillée par le sou- 
venir, évoque toutes les circonstances d'un fait ou d'une situa- 
tion d*une façon tellement précise que ces faits, que cette si-» 
tuâtioD se reproduisent à l'esprit dans toutes leurs particularités, 
et que les sens peuvent même en être affectés aussi énergique- 
fideni qu'ils l'ont été sur le lieu et au moment même où les choses 
ae sont passées. 

Bien plus, l'esprit huqoain se complaît souvent à exagérer les 
circopatanc^s d'un fait, k charger même de détails feotioes, 
étranges, la peinture d'une situation, et il réussit par cette pra- 
tique à créer un tableau dans lequel les traits primitifs sont 
tellement modifiés, qu'il ne ressemble en rien a la réalité. 

L'homme a donc la faculté, non-seulement d'évoquer l'i- 
mage d'une situation, d'en changer les aspects, mais il peut 
encore la transformer en une situation imaginaire, il peut da- 
vantage même ; il peut composer ses tableaux d'éléments dont 
les formes existent à peine dans Tordre de choses naturel et 
' leur donner une signification inaccoutumée. 

Mais pour que la faculté qui préside à cette œuvre, Vimtagi- 
nation, ne fonctionne pas de façon à produire des effets dispa- 
rates, bizarres même ; pour que ses créations ne paraissent pas 
le résultat du désordre des facultés intellectuelles, de la folie, 
il est indispensable qu'elle soit dominée par la puissance d'une 
autre f^cuhé qui Tempêche de sortir des limites de la conve- 
nance dans le choix et remploi des moyens ; il faut qu'elle su- 
bisse la loi du discernement. 

Lorsque réunies au sentiment ces facultés de llntelKgence se 



— 1« - 

combinent dans les conditions spéciales auxquelles sont dues 
ces conceptions qui se traduisent en œuvres scientifiques, litté- 
raires, en chefs-d'œuvre de peinture, de sculpture, en monu- 
ments, en systèmes, en découvertes saisissautes, en œuvres 
quelconques dont l'hannonie excite l'admiration comme les 
œuvres du Créateur universel, celte combinaison constitue la 
puissance suprême de l'inLelligence humaine, le génie. 

Le génie, ce degré supérieur de la capacité, est donc le ré- 
sultat de la dose harmonique la plus parfaite dans la combinai- 
son des facultés intellectuelles. 

11 est par conséquent facile de comprendre pourquoi toute 
œuvre ne porte pas le cachet du génie : c'est que la faculté de 
conception n'est pas toujours énergiquement secondée parle 
concours de toutes les facultés accessoires et de la prédilectiog. 

Du reste, les fonctions de l'intelligence ne se bornent pas i 

concevoir, U faut encore, nous l'avons déjà dit, que l'exécutioa 

mette en relief les effets de la conception. Nous allons faire 

connaître par quelles combinaisons est obtenu ce résultat. 

§u. 

Dt la capacité d'exécutiott. 

L'intelligence n'a pas moins à faire dans l'œuvre d'exécution 
que dans l'œuvre de conception; les opérations de ses facultés 
dans l'exécution caractérisent une habileté dont le résultai 
n'a, daas bien des circonstances, de valeur qu'autant que la 
dextérité vient en aide à l'habileté, tandis que dans beaucoup 
d'autres la dextérité suffit au mérite de l'œuvre. 

Expliquons uotre pensée. 

L'exécution est l'opération qui donne une forme k la con- 

ption. 

Or, la forme d'une œuvre scientifique et littéraire, c'est la 

sposilion des moyens, c'est aussi le style. 

La forme dans une œuvre d'art, c'est encore la disposition 

s moyens, mais secondée dans la pratique par le concours de 

Tganisation physique. 

Lorsque l'opération de la forme résulte d'un travail dans 



— 413 — 

lequel la conception n'a que peu ou point de part, cette opéra- 
tion constitue une fonction purement ou presque purement 
physique. 

La capacité d'exécution consiste donc ou dans Yhabileté^ 
faculté purement morale ou mixte, selon qu'elle opère avec les 
seules facultés de Fiotelligence ou qu'elle met au service de ces 
facultés une pratique manuelle, ou dans la dextérité, opération 
en général purement physique. 

I. 

L'habileté dans les œuvres purement scientifiques et litté- 
raires n'est donc, indépendamment des ressources de concep- 
tion propres au génie, autre chose que la pratique des règles 
qui enseignent la disposition des moyens du fonds ; que la pra- 
tique des règles qui font connaître les moyens de donner du 
relief à la pensée : les pratiques physiques sont complètement 
étrangères à cette opération. 

IL 

Mais lorsque Thabileté, indépendamment de la disposition 
des moyens, ne peut produire un effet qu'à l'aide de certaines 
pratiques qui exigent le maniement d'un instrument, elle n'est 
complète qu'à la condition d'une dextérité plus ou moins per- 
fectiounée dans la direction de cet instrument. 

La dextérité dans le maniement du pinceau du peintre, du 
ciseau du sculpteur, d'un instrument qui produit l'harmonie 
musicale, est donc une condition non moins indispensable 
d'exécution dans les œuvres de peinture, de sculpture, d'art 
musical, que celles de la disposition des moyens. 

L'habileté morale ou mixte, ce levier de la capacité d'exécu- 
tion, met donc en relief les formes de l'œuvre ébauchée par la 
conception ; mais pour que ces formes portent le cachet du gé- 
nie en général ou de l'esprit en particulier, il faut qu'elles réu- 
nissent les conditions d'énergie, de grâce et de finesse qui, 
jointes à celles de l'aisance et de la facilité, constituent le point 
sublime des opérations de l'intelligence. 

Cependant il ne faut pas croire qu'il n'y ait autre chose que 

8 



— 114 ~ 

d9 9 deitérité dao» la pmtUpie de l'artiite qui tridtiit en sons 

harmonieux les briUaotes conceptions dji maître ; de l'artiste 

qui sait reproduire sur une toile vierge les beautés de son mo- 

/Ûla; de Tartiste qui, d*un bloc de marbre, de pierre ou de 

bai$« extrait un sujet dont les qualités ne souffrent pas d'une 

comparaison avec les qualités d'une œuvre originale. C'est que, 

dans ce genre d'opérations, la pratique est dirigée non moins 

par les connaissances de Tart spécial d'exécution que par la 

sagacité, le goût, le sentiment, l'intelligence spéciale de Texé- 

cuteur. 

lU. 

Lji dextérité ne réalise donc une condition d'exécution pu- 
rement physique que lorsqu'elle est séparée, dans l'acte de ma- 
niement de l'instrument, de cette pratique hardie de règles 
souvent compliquées, avec la concours de laquelle les facultés de 
sensibilité et d'intelligence constituent un art qui identifie lo- 
pération de l'exécution à l'opération de la conception; que 
lorsqu'enfin elle n'est que le résultat de la disposition naturelle 
de Terganisation physique ou de l'habitude. 

Prédilection, capacité de conception, capacité d'exécution, 
soit pureniefit morale y soit mixte, soit purement physique; tels 
sont donc les éléments de l'aptitude. 

L'aptitude ne peut donc manquer de se manifester par des 
faits qui constatent et la prédilection et la capacité^ mais, chez 
un jeune sujet, les indices de la prédilection pourraient bien 
n'être qu'un effet de l'aberration ; et, au surplus, il arrivera 
souvent que les indices de la capacité ne seront pas assez net- 
tement déterminés pour qu'il devienne inutile de les soumettre 
à des épreuves desquelles résulte virtuellement une significa- 
tion précise. Il est donc important d'organiser les moyens de 
mettre en évidence les indices de Taptitude $ nous allons ren- 
dre compte dd notre manière de voir à ce sujet. 



— 115 — 



CHAPITRE VI, 

DEg IIOfPIfB DE ^IfiCERIISR LES APTRUDES. 
PREMIÈRE SECTION, 

DE3 ÉCOLES. 

Juger une aptitude» c'est à la fois apprécier et la prédilectioo 
et la (capacité du sujet» 
ôr, cette appréciation m paut se faire que d'après des iu^ 

dices. 

Pour apprécier justemeot, il faut donc employer les moyens 
^ faciliter la manifestation de ces indices. 

Ce résultat ne peut être atteint qu'en instituant un système 
d'écoles au moyen duquel l'enseignement et la direction puissent 
donner Tessor à toute manifestation. 

Mais le système n'atteindrait pas complètement le but qu§ 
nous nous proposons, s'il n'était copibiné de manière à rendre 
f;^iles, et le retour, k temps, à rencontre d'une erreur d'apprécia? 
tipn , et la direction tempestive en cas d'une manifestation tardive. 

Nous croyons atteindre d une manière complète la portée du 
système* en établissant les écoles ainsi qu'il suit : 

Écoles élémentaires ; 

Écoles préparatoires complémentaires ; 

Écoles professionnelles définitives. 

Cette classification, comme nous allons le voir, facilite 
l'indice, la confirmation de l'aptitudis, la préparation à la pro- 
fession; enfin elle pourvoit à l'enseignement de la pratique pro- 
fessionnelle. 

En effet, l'homme, en naissant, est providentiellement pourvu 
de deux éléments , l'élément physique et l'élément moral. Livrés 
à eux-mêmes, ces deux éléments pourraient se développer aux 
dépens Vm de l'autre, et le sujet dégénérer en sauvageon ou 
eo ayorton. Ce n'est que par une eulture bien entendue que 
ce3 éUfmnis^ à l'état adulte du suj/it, manifestent définitive^ 
ment leurs qu^s pf Qppéres, ebaoui s«loa sa nature. 



— 116 — 

Jusqu'à Tétai adulte , tous les soins de la culture doivent 
donc tendre au développement simultané des deux éléments, et 
consister, par conséquent, en des pratiques purement élémen- 
taires. C'est le temps d'observations incessantes pour la di- 
rection. 

D un autre côté» même à part le raffinement que Tétat de 
civilisation a introduit dans le service des besoins, il n'est pas de 
profession, quelque facile qu'en soit la pratique, qui n'exige 
des connaissances élémentaires que ne peuvent dédaigner les 
professions même qui sont le domaine deTintelligence au degré 
le plus éminent. 

Mais, avant que l'éducation du sujet n'ait pour objet la pra- 
tique d'une profession , il convient d'attendre que les forces 
physiques se soient convenablement développées, et ce temps 
de transition doit être employé à préparer le sujet par des tra- 
vaux à la fois de théorie et de pratique, mais de théorie plus 
particulièrement, à l'exercice de la profession. 

Le sujet ainsi préparé pourra être livré, avec chances de 
plein succès, exclusivement à la pratique professionnelle pour 
laquelle, pendant les études élémentaires et préparatoires, son 
aptitude aura été bien constatée . 

Cet aperçu rationnel ne nous dispense pas d'examiner en par- 
ticulier la constitution de chacune de ces écoles. 

§1. 

Des écoles élémentaires. 

C'est dans ces écoles que s'écoulera l'âge et de l'enfance 
et de l'adolescence. 

Mais à quelle époque convient-il de fixer le moment de l'ad- 
mission de l'élève? A notre avis, on ne saurait commencer 
trop tôt cette éducation qui doit tendre à diriger l'homme vers 
la mission qui lui est, en naissant, providentiellement assignée, 
afin qu'aucun de ses pas ne dévie de la voie qui conduit à ce 
but. Cependant, et pour des raisons qui seront bientôt com- 
prises, nous ne fixerons qu'à l'âge de sept ans le moment de 
l'entrée de Tenfant dans les écoles élémentaires. 



- 417 - 

Au demeurant, nous croyons que Téducation élémentaire, 
même daus les proportions étendues que nous lui assignerons, 
peut parfaitement être complétée pendant un laps de huit an- 
nées. Ce sera donc lorsqu'il aura terminé sa quinzième année 
que rélève passera dans Fécole préparatoire» sauf les cas ex- 
ceptionnels que pourra déterminer l'expérience. 

Gomme c'est pendant le temps de l'enfance et de l'adoles- 
cence que se développent et le physique et le moral du jeune 
sujet et que se manifeste la tendance de ses goûts, il est indis- 
pensable de favoriser la manifestation de ses tendances natives, 
en mettant à sa portée les objets qui peuvent répondre à ses 
préférences; c'est-à-dire en le mettant à même de choisir. 
Le résultat ne saurait être atteint qu'autant que chaque école 
sera pourvue d'un matériel suffisant, consistant en appareils 
gymoastiques, en ateliers résumant le plus grand nombre pos- 
sible de professions, en livres, eu instruments scientifiques, et 
qu'autant qu un jardin botanique, au moins élémentaire, sera 
annexé à l'édifice. Or, cette collection suppose déjà un nombre 
d'élèves assez considérable. 

De plus , les écoles élémentaires devant être considérées 
comme le vestibule de l'éducation sur lequel s'ouvrent les por- 
tes de toutes les voies qui aboutissent aux diverses profes- 
sions, l'élève doit y trouver toutes les ressources de direction 
pour les travaux des ateliers, non moins que les ressources 
scientifiques nécessaires pour compléter le bagage des con- 
naissances que certains doivent apporter dans les écoles pré- 
paratoires où sont admis les sujets aptes aux professions qui 
exigent la capacité la plus étendue. Or, cette diversité de pra- 
tiques^ cette ampleur d'instruction répond à un personnel de 
maîtres relativement important ; surtout si l'on considère que la 
surveillance qui a pour objet la constatation de l'aptitude exige 
un concours d'observations dont les graves résultats ne de- 
mandent rien moins qu'une attention collective des plus minu- 
tieuses et des plus soutenues. 

La seule chose à faire pour parvenir à ces fins, c'est d'aviser 
au moyeu d'agglomération d'un nombre important d'élèves 



- 118 - 

dana U niAme école « A cet effets on Be peut fiiire moins que 
d'établir Técole élémentaire sur les confins de trois eommunes, 
dont chacune fournira son contingent. 

Les dimensions de Tédifice doivent donc avoir asset d'am- 
pleur pour contenir non*seulement l'habitation de dii ménages 
de professeurs, mais aussi un pensionnat au besoin, soit pour 
les orphelins des communes, soit pour les enfants à qui leurs 
parents, assez riches pour payer les frais d'entretien, vou- 
draient éviter la fatigue du trajet quotidien de chez eux àTécole. 

Il est inutile de dire que les conditions hygiéniques doivent 
être scrupuleusement observées dans la distribution aussi bien 
que dans le choix du site. 

Cet édifice sera naturellement le point central de la com- 
mune scolaire. Il n'y a pas de doute qu'avant que ne soit écoulé 
un long espace de temps, des routes d'une pratique facile et 
sûre rayonneront autour de ce point allant aboutir jà chaque 
chef-lieu : qu'on donne^ à ce sujet» toute latitude à la sollicitude 
paternelle. 

Il n'y aurait rien d'étonnant, au surplus, que l'édifice clas- 
sique ne devint le noyau d'un groupe de maisons qui pour- 
rait bien, par le laps du temps, acquérir une certaine impo^ 
tance) peut-être n'en serait-il pas plus mal pour la morale etU 
sociabilité. 

Objectera4-on que, pour l'enfant qui a à peine atteint sa 
septième année, le trs^et de la maison paternelle à l'école peut, 
dans bien des cas, dépasser l'étendue de ses forées^ et surtout 
pendant les époques de l'année où le froid et le chaud, la pluie 
et les désordres atmosphériques viennent ajouter aux fatigues 
de la marche? 

Nous répondrons : 1^ ces inconvénients existent déjà en 
partie ; ils existent partout où le chef-lieu de la commune, siège 
ordinaire de l'école, se trouve situé sur les confins du territoire 
communal, et cela n'est pas rare : la mer, les fleuves, les ri- 
vières même peu importantes, les montagnes sont des causes 
accidentelles qui placent les lieux de la mairie sur des points les 
plus limitrophes. Ces inconvénients existent partout oùia loca- 



- 119 — 

lUé h plus importanle de la comoime a ton liu k>id di point 
centrai, et néanmoins nombre d'enfonls n'en partent pas moins 

des lieux les plus éloignés ponr se rendre k l'école^ 

3^ Qnant à la faiblesse de Tâge^ il n>st pas impossible de 
surmonter cet obstacle : la chose est facile pour les enlaots di 
riche ; ceux-ci voyageront commodément dans toutes les sai 
sons. Pour les enfants des familles qui vivent dans la plus mé^ 
diocre aisance^ la sollicitude des parents réveillera asset m Mi 
le génie de l'association ponr que le transport k l'école lenf 
soit à peine une charge ; et enfin^ pour l'enfiint du pauvre» 
quelques centimes additionnels au budget communal aplaniront 
la difficulté. Ainsi, distance, faiblesse de l'âge, frimas, canicule; 
tout sera conjuré. 

Il serait absurde de chercher une intention de catégorie dans 
rindication d'un arrangement qui a pom* but de rendre prati- 
cable l'éducation collective sans exception de position sociale. 
Nous ne nous arrêterons donc pas h nous justifier sur ce point. 

Quoi qu'il en soit, l'objection à laquelle nous venons de ré- 
pondre, et qui pouvait d'abord paraître spécieuse, en ce qui 
touche les communes rurales, n'a pas le moindre fondement, 
eu égard aux chefs-lieux des communes dont la population est 
assez nombreuse pour fournir un personnel suffisant d'élèves & 
Vécole élémentaire, et, à plus forte raison, eu égard aux villes 
où le nombre des enfants donnera lieu à Fonverture de plusieurs 
de ces établissements. 

Si nous avons fixé à huit ans, de sept à quinze, le temps dû 
séjour des enfants dans les écoles élémentafres, c'est que d'a- 
bord ce laps de temps est nécessaire pour le développement 
des forces physiques, et qu'ensuite il ne faudra pas un moins 
long intervalle pour instruire sur toutes les matières compo- 
sant le programme des études élémentaires' les élèves les plus 
favorisés sons le rapport des facultés intellectuelles. 

Mais, à coup sûr, il y aura bien des capacités qui ne seront 
pas assez vigoureuses pour atteitidre jusqu'aux dernières H- 

1 Nous renvoyons au moment opportun de faire connallre la consistance 
dé ce ^ograïaiM (voir p&gd iss). 



— 120 - 

mites de la carrière classique. Dans des cas semblables , tout 
en tenant compte du développement des forces physiques» il 
conviendra d*éviter les inconvénients de la perte de temps, ce 
qui arriverait si l'on retenait dans Técole le jeune sujet au delà 
du terme déterminé par Tétendue de sa capacité morale. 

Toutefois» il est inutile de dire que ce n'est qu'après avoir 
mis en pratique tous les moyens les plus ingénieux pour déve- 
lopper l'intelligence de l'élève, que doit être décidée la trans- 
lation précoce dans une école préparatoire. Mais n'antit^ipons 
pas sur ce qui touche à la direction, et occupons-nous des écoles 

préparatoires. 

§«• 

Des écoles préparatoires complémentaires. 

L'école préparatoire constitue Tétat de transition de l'école 
élémentaire à Técole professionnelle. 

Elle tient de Tune et de l'autre, en ce sens que les études 
concourent à compléter les connaissances élémentaires^ en 
même temps qu'elles initient aux connaissances pratiques 
d'une profession. 

Pour bien correspondre aux diverses combinaisons des ca- 
pacités qui sont en jeu dans la pratique des diverses industries, 
ces écoles doivent être divisées en trois catégories : 

Écoles préparatoires pour les capacités purement physiques ; 

Écoles préparatoires pour les capacités mixtes, mais dans la 
combinaison desquelles ne domine pas la capacité de con- 
ception. 

Écoles préparatoires pour les capacités purement morales» ou 
dans l'œuvre desquelles le mérite de l'exécution n'est pas 
moins le fait de la capacité morale que le mérite de la concep- 
tion. 

I. 

Les écoles préparatoires pour les capacités purement phy- 
siques ne constitueront pas une spécialité indépendante ; plus 
tard, nous en dirons la raison. 

U. 

Les écoles préparatoires destinées aux capacités mixtes s'ou- 



- 121 — 

diront pour les sujets chez qui la capacité morale , restreinte 
dans la moyenne, se combinera ayec la capacité physique con- 
Yenablement développée. Dans ces écoles seront préparés à 
Texercice de leur profession les menuisiers, les charpentiers, 
les maçons, les carrossiers, les peintres en bâtiment, les ébé- 
nistes y les sculpteurs sur meubles , les tapissiers , etc. Ces 
écoles seront désignées par le nom générique d'école prépara- 
toire des arts et métiers du second degrés pour les distinguer 
des écoles définitives correspondantes. 

Chaque chef-lieu d'arrondissement devra être le siège d'une 
de ces écoles. 

m. 

Enfin, dans chaque cheMieu de département, il conviendra 
de placer une école destinée aux études préparatoires, dont le 
degré répond aux professions qui sont le domaine de la capa- 
cité morale la plus éminente. Ces écoles seront comme la pépi- 
nière non moins des artistes que des savants et des littérateurs; 
car l'inspiration, cet élan de Tartiste, a plus d'essor quand elle 
trouve à s*appuyer sur cette culture généreuse qui est la sève 
de rimagination, et qui met à sa disposition les trésors mois- 
sonnés dans le champ de la science. 

Le programme d'études de ces écoles correspondra, sauf 
modifications^ à celui qui de nos jours a pour objet les études 
universitaires. Ces écoles seront connues sous la dénomination 
d'écoles préparatoires supérieures. 

Préparés par cette voie de transition aux travaux de la pra- 
tique professionnelle, les élèves de ces diverses écoles seront 
parfaitement disposés pour leur admission dans les écoles dé- 
finitives dont nous allons nous occuper. 

§111. 

Des écoles professionnelles définitives. 

Dans ces écoles, l'enseignement aura plus particulièrement 
pour objet les travaux d'application. Pour en mettre l'institu- 
tion en harmonie avec nos principes, il suffira de les diviser en 



— «22 — 

deux catégories seulement, attendu qtt'il sera pourvu^ ûimta» 
nous le ferons connaître, h Téducation professionnelle des su- 
jets dont les services se bornent à Texécution manuelle des 
travaux pour lesquels il est à peine besoin du concours de la 
capacité morale^ 

L'une de ces catégories correspond h la capacité mixte qui 
s'aide, dans l'exécution « d'opérations manuelles i Tautre à la 
capacité purement morale, exempte* dans le travail d'exéea^ 
tion, delà servitude à'une pratique matérielle. 

1. 

Mais dans les travaux d'un grand nombre de professions 
mixtes, l'exécution matérielle n'est pas l'œuvre de Tindividuà 
qui appartient le travail de conception. Ainsi, l'archîtecture, le 
génie ^ de toutes les spécialités, la fabrication et tant d'autres 
industries diverses ne participent de la catégorie des capacités 
mixtes que par la direction de l'œuvre seulement. Aussi les ap- 
titudes de ces sortes de spécialités doivent-elles être distinguées 
de celles qui forment la catégorie des capacités mixtes propre- 
ment dites, et la direction classique ne doit pas en être la même. 

Il paraît donc convenable de faire une soua-division des éco- 
les professionnelles destinées aux capacités mixtes. 

Les unes, sous la dénomination d'écoles définitives (Taris et 
métiers du premier degré, recevront le personnel des écoles 
préparatoires des arts et métiers du second degré. 

Les autres, sous la dénomination d'écoles des stientes et 
arts, se peupleront des élèves sortant des écoles préparatoires 
supérieures que leur prédilection entraînera plus partlculièr^ 
ment vers la pratique ded artSi 

Dans celle-ci se trouveront groupés par la science et l'amouf 
des beaux-arts ces jeunes hommes dont les poétiques inspira- 
tions animeront la toile, le bronze, le marbre; là aussi ces au- 
tres, dont la pensée se traduira en monuments, en voies de 
communication de toute sorte au profit de la ^lendear et de 

^ On comprend que nous voulons désigner ici par ce mot^^me les opéra- 
tions des ingénieurs. 



— 4W — 

la mhesse de noire belle France; % enfio* oeM dont les 
conceptions ingénieuseg ouvriront à toutes les industries des 
routes DouYeiies qui les conduiront plus rapidement k des ré'* 
sultats plus satisfaisants. 

Quelque divergente que soit leur spécialité, ne séparoni pas 
ces jeunes artistes» dont l'aptitude ne diffère que par la nuance 
de la prédilection ; émules les uns des autres dans les écoles 
préparatoires» qu'ils restent en contact dans les écoles défi- 
nitives. Dans cette promiscuité» les rivalités artistiques profi*- 
teront merveilleusement aux progrès de chaque spécialité ; ces 
rapports constants de la science et de Fart tourneront d'ailleurs 
à Tavantâge de la société» car il n'est pas rare qu'une foule de 
talents divers ne soient appelés k concourir à la fondation d'é- 
tablissements publics et particuliers pour lesquels chaque spé- 
cialité doit opérer de manière à ce que la diversité contribue k 
faire ressortir Fensemble. 

Quoique les écoles militaires, de marine, d'agriculture» fbrei^ 
tières participent par la science et la pratique k la nature des 
écoles des sciences et arts» nous n'entendons pas (et l'on conçoit 
que nous n'ayons pas besoin d'en motiver la raison) les réunir 
entre elles ou les foudre dans l'école générale des sciences et 
arts ; il faut reconnaître qu'il y a opportunité k leur individua^ 
lité» ainsi que pour toutes celles dont la spécialité serait in^ 
compatible avec les autres. 

Les écoles normales» dé droit, de médecine^ aveo toutes les 
tramifications» les facultés de toutes les spécialités» Técole des 
chartes» ^i ckvrait se fondre dans l'école d'administration et 
avoir pour atelier les archives de France, les écoles commel^ 
eiales et tant d'autres de ce genre qui ne tiennent aucun compte 
de la capacité physique» constituent la catégorie des écoles dé- 
finitives répondant k la capacité purement morale. Dans les 
«fies ou les autres de ces écoles passeront les élèves des écoles 
préparatoires supérieures» selon que leurs études ont été diri- 
gées vers la connaissance des lettres ou des sciences « 

Il est inutile de dire que la fosion de toutes ces écoles non- 



— 124 - 

seulement n'est pas une combinaison indispensable, quoique 
appartenant à la même catégorie de capacités, mais qu'elle est 
même impossible, sous peine de confusion, vu le peu d'affinité 
entre les diverses spécialités d*enseignement. D'ailleurs, les 
conditions de situation locale de certains pourraient fort bien 
n'être pas favorables aux autres. L'établissement de chacune 
des écoles, quel que soit Tobjet de l'enseignement, exige qu'il 
soit tenu compte des ressources scientifiques de la localité, 
non moins que des conditions du site. Les hommes spéciaux et 
d'une habileté supérieure, qui doivent fournir le personnel des 
professeurs, ne se trouvent, sauf de très-rares exceptions, que 
dans les grands centres de population ; là, du reste, seulement 
se rencontrent toutes les autres ressources pour les études sup- 
plémentaires et accessoires, et les moyens plus sûrs, par con- 
séquent, soit de corriger à temps la fausse direction donnée à 
une aptitude, soit de hâter la manifestation tardive de la pré- 
dilection. 

Certaines de ces écoles, d'ailleurs, ne peuvent être indiffé- 
remment établies dans toutes les cités populeuses ; il ne serait 
pas convenable, en effet, d'asseoir une école de marine ailleurs 
que dans une ville qui avoisine un port de mer; une école in- 
dustrielle ailleurs que dans une ville manufacturière ; une école 
commerciale ailleurs que dans une cité qui soit le théâtre de 
nombreuses opérations de trafic ou de transport ; une école de 
mines autre part que près d'un lieu d'exploitation ; une école 
d'agriculture ailleurs que sur une étendue de terrain qui offire 
tous les degrés de fertilité ; une école de médecine ailleurs qu'à 
portée d'hôpitaux renfermant un nombre assez considérable 
de malades. 

Auprès de chacune de ces importantes écoles, l'existence des 
facultés des sciences et des lettres semble d'une nécessité in- 
dispensable; l'enseignement de ces facultés, embrassant les 
parties les plus élevées des matières qui en sont l'objet, fournit 
le complément obligé des leçons d'application données dans les 
écoles professionnelles définitives. 



- 125 - 

DEUXIÈME SECTION. 
DE L'B!l8EIC:«EMeNT. 

I. 

Ces enfants qui, dans le bas âge, composeront le personnel 
des écoles élémentaires sont les mêmes qui, parvenus à Fâge 
viril, serviront la société daus toutes les spécialités d'indus- 
trie: aux uns, la tâche de satisfaire aux besoins sociaux par des 
travaux manuels ; aux autres la tâche de travailler au bien-être 
social par ces moyens qui donnent de l'exercice aux facultés 
intellectuelles les plus heureusement combinées. 

Mais quel est celui de ces enfants qui, dirigeant la charrue, 
tracera le sillon où doit germer la semence? Quel autre, un 
outil à la main, façonnera un des ustensiles indispensables aux 
usages les plus vulgaires? Quel autre ira chercher dans les 
ressources de la science ces combinaisons qui donnent à la 
civilisation une impulsion irrésistible? 

Nul ne le sait ; et ce mystère conduit aujourd'hui à des er- 
reurs bien déplorables. 

Mais ce que nul n'ignore , c'est que ces enfants sont, en 
germe, les membres du corps social, et que la santé physique 
et morale de ce corps n'est pas indépendante de la santé morale 
et physique de ses membres. 

Qu'on ne s'étonne donc pas si nous poussons la sollicitude 
jusqu'à prescrire, jusque même à formuler les pratiques qui 
doivent aboutir au développement des facultés physiques aussi 
bien que des facultés intellectuelles des enfants, car il faut qu'ils 
puissent apporter dans leurs fonctions de citoyens, indépen- 
damment même de tout service professionnel, cette vigueur de 
corps, non moins que d'instruction et de moralité, indispen- 
sable au bien-être général et à leur bien-être particulier. En 
effet, quand bien même la pratique d'une profession serait ab- 
solument indépendante des forces physiques, il est nombre de 
situations dans la vie où l'homme, en dehors de sa sphère 
professionnelle, retire de grands avantages, soit de sa vigueur 
musculaire, soit de l'adresse qui y supplée souvent. 

D'ailleurs, une pratique professionnelle, à laquelle les forces 



— 186 - 

physiques de l'indiyidu w sont d'unwn Mcours, s'accommode 
fort bien d'une bonne constitutioa corporelle, attendu que les 
travaux de Tintelligence agissent souvent sur le physique par 
des fatigues qu'un* organisme énervé ne supporte pas longtemps, 
tandis quo dans les professions qui mettent phis particulière^ 
ment en jeu les forces physiques, la vigueur musculaire est un 
avantage inappréeia))le. Pans tous les cas possibles, il y a donc 
profit certain k procéder» par Téducation, au développement 
des forces physiques. 

Au surplus, si Texercice eorpiNrel développe les forces phy^ 
piques de Tenfant, il profite aussi k ses forces intellectuelles : 
pour leur part, les exercices gymnastiques gradués fortifient le 
moral de Tbomme contre |les terreurs qui peuvent Tassaillir 
dans certaines positions périlleuses, et suscitent à rint^lligence 
lus moyens ingénieux d'écbapper au danger ; et si les travaux 
de Tatelier doivent se borner dans le principe à d'insignifiants 
mouvements, du maniement machinal du marteau Tenfant arri- 
vera insensiblement à s'en servir commit instrument de eréa^ 
tion, et ce travail physique constituera un exercice gymnastique 
tout k l'avantage d«s foixes do l'intoUigence. 

Les exercices corporels que nous venons de signaler profit 
teront donc aux forces physiques autrement que par Tassou-r 
pissement des forces intoUectuelles ; ils imprimeront, en e(Tet, 
à cellefr^i une action qui les tiendra en éveil sans les fatiguer { 
l'attrait du résultat ks bercera dans l'activité* 

Bien mieux, si, au moyen do l'atelier, les récréations peuvent 
tourner plus efficacement au profit des forces musculaires ef 
intellectuelles, ces moments de bruyants ébats dans les écoles 
de nos jours assurément perdus pour l'avenir, exerceront dans 
tous les temps, et surtout dans des cas de revers, une influence 
profitable au bien<-étre de l'individu. 

Pourquoi cette vérité, si souvent proclamée par les philoso^ 
phes le plus en renom, reste-t-elle méconnue ou du moins dé^ 
daignée? Que de misères attachées à cette indifférence I 

L'on aura donc boaucoup fait dans l'intérêt personnel, non 
moins que diaa^ Tintéf et ptûkmm^ do rindividu, aon moins 



— iVl - 

que dans rinléré^ de la civiKsatioD/en pratiquant les procédés 
propres à développer les forces physiques des enfants. Aux uns, 
cette pratique profitera comme moyen principal; aux autres, 
comme un accessoire d*une importance inappréciable ; à tous, 
da/is certains cas de sûreté individuelle, ou dans ces périlleuses 
circonstances où Thomme fait abnégation de soi pour les 
autres. 

Mais si Texercice des forces physiques tourne k l'avantage 
des forces intellectuelles, on ne peut pas dire également que 
Texercice imposé à celles-ci ait toujours pour résultat de tour- 
ner au profit des autres; quelquefois même aboutit-il à un ef- 
fet contraire. 

Il est donc important d'user d'une grande prudence, en fai- 
sant concourir, dans l'éducation de l'enfance, les moyens de dé- 
velopper les facultés morales avec les moyens de développer les 
facultés physiques. Heureusement, les uns et les autres de 
ces moyens peuvent être gradués et mis en rapport avec les 
forces de l'élève. Or, c'est pour cela que nous n'hésitons pas à 
donner au programme des études" élémentaires des dimensions 
qu'à tort on jugerait démesurées, car il peut être adapté aux 
diverses phases de Tâge pendant le laps des huit années de sé- 
jour dans Técole communale. 

Ce programme, d'ailleurs, doit suffire à toutes les natures 
d'inielligence, et, par conséquent, à l'exigence des carrières 
professionnelles qui exercent, au plus haut degré, la capacité 
morale. L'enseignement des écoles élémentaires répondra donc 
parfaitement à l'objet de leur fondation , car elles sont, nous le 
répétons, comme le vestibule sur lequel s'ouvrent les portes de 
toutes les voies qui conduisent à la pratique d'une profession 
n'importa laquelle. 

JLe programme élémentaire, réglé en vue des proportions des 
intelligences les plus développées, sera sans doute trop étendu 
pour celles qui se trouvent réduites à des proportions graduel- 
lement plus restreintes. N'importe! a-t*oo jamais pensé à rac^ 
courcir une unité de mesure, lorsqu'on n'avait à évaluer que 
des fractions de cette unité? Or, c'est justement pour avoir une 



- 128 — 

idée exacte de ces fractions diverses de la capacité morale qae 
nous les étendons sur la mesure qui s'adapte à la plus ample de 
ces capacités. 

Pour s'accommoder à l'exigence de toutes les portées intel- 
lectuelles, ce programme, qui tout naturellement commence aux 
premiers éléments de lecture, doit, tout en fournissant leur con- 
tingent aux études littéraires, aboutir jusqu'aux dernières li- 
mites connues de la science. 

Grammaire, géographie, histoire, rhétorique, philosophie, 
voilà pour la parole parlée ou écrite , voilà pour la littérature. 
Calcul, mathématiques, physique, chimie, histoire naturelle 
en général, astronomie, voilà pour la science pure ou ap- 
pliquée. 

Mais, ce n'est pas tout : nous sommes arrivés à une époque 
où tous les peuples s'évertuent à faciliter les moyens de transla- 
tion ; les voies ferrées des uns finissent là où commencent les 
voies ferrées des autres ; entre les capitales disparaissent les 
distances, et la ligne de démarcation des frontières tend chaque 
jour à s'effacer. Il convient donc de faciliter aussi les moyens de 
relations morales entre les individus appartenant à deux peuples 
chez lesquels la parole ne se produit ni au moyen des mêmes con- 
sonnances, ni avec les mêmes formes dans la configuration des 
mots : cet à-propos se fait tous les jours de plus en plus sentir. 
Aussi, ne commettrons-nous pas la faute d'omettre Tétude des 
langues dans le programme élémentaire, sans proscrire celles 
du grec et du latin, langues mortes, mais dont la connaissance 
peut intéresser bien des spécialités professionnelles. Nous re- 
commanderons donc l'enseignement non d'une seule, mais de 
deux langues vivantes, et nous croyons qu'il n'est pas indifférent 
d'en faire arbitrairement le choix. Il nous semblerait judicieux 
de faire coïncider l'étude d'une langue du Midi de l'Europe, 
langue romane plus ou moins modifiée, selon les régions méri- 
dionales, et d'une langue du Nord, la langue allemande princi- 
palement, plus ou moins mêlée à tous les idiomes des nations 
septentrionales. 

Cette double étude faciliterait singulièrement celles de plu- 



~ 129 - 

sieurs autres langues parlées chez les peuples civih'sés : outre 
Vaffioité des langues du Midi entre elles, d'un côté, et respective- 
meat de l'autre, entre les langues duNord, il est incontestable que 
les invasions ont apporté à l'idiome du pays conquis un tribut de 
mots et de locutions qui ont profondément modifié Tidiome pri- 
mitif. L'occupation latine des Gaules» à laquelle a succédé la 
conquête germanique, ne laisse aucun doute à cet égard; et, 
pour qui veut appliquer la moindre attention à examiner à ce 
point de vue le dictionnaire de la langue de la Grande-Bre- 
tagne, il n'est pas difficile de constater et l'invasion saxonne 
et Tinvasion normande par Faffinité qui existe entre la langue 
anglaise et la langue des deux nations successivement conqué- 
rantes. 

Outre les avantages déjà signalés qui résulteraient de Té- 
tucte des langues étrangères, nous n'omettrons pas de faire re- 
inarquer celui du profit que pourrait en retirer notre littérature. 
Elle y puiserait des expressions, des locutions vives et saisis- 
santes, et cet emprunt ajouterait singulièrement à ses ressour- 
ces particulières; au surplus, il ne serait pas difficile, aujour- 
d'hui môme, d'en constater quelques bons effets. 

Mais la connaissance même parfaite des règles grammati^ 
cales de plusieurs langues ne suffit pas toujours pour repro- 
duire l'image de la pensée. La parole ne donne jamais qu'une 
idée imparfaite de la configuration d'un corps qui ne tombe 
pas sous les sens; d'ailleurs, elle est superflue pour expliquer 
la signification d*un ensemble de lignes, de traits relevés par 
le coloris et rappelant k l'esprit, tout en intéressant fortement 
le sentiment, les épisodes les plus émouvants de la vie. 

El que peuvent encore les artifices de la parole dans ses ef- 
forts, pour produire les émotions que réveillent avec tant de 
puissance les charmes de la mélodie? 

Si l'élude des langues étrangères, de la peinture, tout au 
moins du dessin linéaire, est indispensable comme auxiliaire 
de la parole, comme moyen de communication, elle devient 
d'ailleurs indispensable à notre point de vue, car l'enseigne- 
ment des langues spécialement et l'enseignement des règles 





iaql ecHQOid U pratique de Tart de la peiainre et de l'art mndh 
cal, ou constitaeDt des carrières professionnelles, mi vienneDi 
puissamment en aide à une quantité considérable de proiés- 
sious. 

Au surplus, Tétude de rharmonie, eq particulier, largement 
propagée, ne pourra manquer de devenir un des plus puissanta 
élémeuts de civilisation. La connaissance des règteii aurait in- 
failliblement pour eifet d'en vulgariser la prati(pie, et ce résultat 
aboutirait assurément à faire préférer au plus grand nombre 
l^s jouissances qu'elle procure à des plaisirs iqûins délicats et 
assurément moins complets. 

Qui ne reconnaîtra que Téiude fructueuse des matières 
contenues dans le programme de Técole élémentaire suffirait 
spule, sous l0 rapport du savoir, à poser convenablement un 
hofnnie dans le monde? {Ib! de nos jours, combien awqueU 
manque le relief de ressources intellectuelles pussi étendues, et 
qui cependant y figurent avep distinction? Nous renvoyons à 
plus tard ^ à faire connaître le principe moral qui doit servir de 
base ^ notre système d éducation, et nous espérons qu*ou n'hé- 
sitera pas à convenir que ce principe ne peut que faire ressortir 
le mérite scieptifique de^ jeunes citoyens qui auront suivi avec 
quelques succès tous les cours de renseignement éléo^entaire, 

Passons au programme des écoles préparatoires. 

II. 

Nous avons dit comment les écoles préparatoires auroirt 
pour mission de compléter Içs études élémentaires. Les çoq^ 
naissances, au degré élémentaire, appliqi^é^s djns ces écoles i 
un objet spécial, deviendront pratiques, par conséquent plus 
précises, plus nettes, et en même temps plus étendues, en rai? 
son des besoins de la spécialité. 

D'un autre côté, chgque profession a sa partie historique, 
qu'il peut n'être paysans importance de connaître pour les pro- 
grès de l'art. D'ailleurs^ il n'est par un art dont les procédés ne 
soient subordonnés à des conditions de proportion, d'élégance, 

* Yyir page Ufj. 



— 431 — 

àe perfection, en un mot, qui constituent la théorie ; de plus, 
l'exercice d'un art quelconque exige l'emploi d'outils, d'instru- 
ments, de m9ti$ripii)(, dont la qualité, la provenaBce, dmênt 
faire Tolypt d'mio étuda parûculière ; enfin, ebaque pro&tsidn 
empmnte le coççours d'autre» pf&f^9iiNi& snr la ptfatî^na dfia« 
quelles U n'est pa» «ans import^t^e d'ivoûr de^ ^ti^iia même 
assez étendue^ et 4$$ez précises» 

Nous ne craignons pas d'ajouter qu'il ^'eit piM jus^i'à h 
çonnais$Rnee m$me des phénomènes atmoiipbè'iqtt^ qui n'ift« 
téresse, k un degré plo^ ou moins éminiBot, la pratique à'm 
nombre considérable de professions, auxqueU^n, %u pftmtof 
^perçn, cette çonpaisçaBce semble être complétomett étrw- 
gère. Un 3eul exemple ent^re mille \ la pp^sâtoa de gantieii 
de troupeaux, vacher, garçon de ferme» bergei^ ed gé^érul 
parait puremint mécanique; néamnoins elle eomporte des 
soins et des pratiques qui touchent «nx s^ienif^ do la botani* 
que, de la météorologie, de l'hygii^ dea animam et par con-»' 
séquent de la médecine vétérinaire, de Tastronomio mémo,, 
science dont on attribua d'ailleurs les prenjiers élément» aw 
observations des patres des diverses contrée» du globe. 

L'enseignement des écoles préparatoires devra dooe s'attat? 
cberà spécialiser les sciences pour e^ faire l'application à l'art 
particulier, et il u'eet pas douteux qu'acquérant aini^ upe &^f^ 
taine palpabilité, l'étude, d'abstraite et d'arduê qu'elle était 
quand elle n'avait pour ob^l que les généralités, ne davieiiAf 
attrayante et facile par TappUcation. 

Si à ce propamme vous ^&fiki^% les Ifiçoos éléoifinlaif os pta*» 
tiques ayant pour objetles procédés d'exécution, vous aurez la 
règle de l'enseignement, non moins dans les écoles prépara- 
toires, qui sous lu dén^mnation d'ans et métiers sont ^vertes 
aux sujets dans l'aptitude desquels domine la eapacilé pbysîr 
que, que dans les écoles préj^aretoires où so^t reçue les s«u 
jets qui plu9 tard âarmeront le personpel des écoles des fteiencô* 
et arts et dans l'ap^tude desquels la eapaeité physique est 
à peine eemptée pour quelque ehose dans l' opération d^cjcé» 
çution» 



— 132 — 



m. 



Mais le programme, qui peut suffire pour les études prépa- 
ratoires des élèves de la première catégorie, est loin d*étre suf- 
fisant pour les études préparatoires des élèves de la seconde. 

Ceux-ci, admis par droit d'intelligence dans les écoles pré- 
paratoires supérieures , sont appelés à accomplir de grandes 
œuvres. L-architecte, Tingénieur ont plus à faire que de ma- 
nier la truelle, le marteau, la pioche : leurs instruments d'exé- 
cution, ce sont les sciences, ce sont les arts; leur foyer d'in- 
spiration, ce sont les lettres; c'est dans l'étude des lettres que 
rimagination puise sa force et son élan , la mémoire son am- 
pleur, le goût sa pureté et sa délicatesse , le sentiment sa no- 
blesse, l'âme son essor. 

Le pinceau du peintre, le ciseau du sculpteur ont une 
grande part, sans doute, dans les œuvres des grands maîtres; 
mais ces mêmes instruments ne suffiraient pas pour produire 
des chefs-d'œuvre entre des mains qui n'obéiraient pas à la 
direction du génie . inspiration, conception, exécution, tous ces 
éléments des plus belles œuvres ont leur racine dans le champ 
de la science. 

C'est donc avec raison que nous avons assigné, dans les 
écoles professionnelles supérieures, aux élèves qui doivent peu- 
pler les écoles des sciences et arts, une place à côté de ceux 
qui formeront le personnel des écoles de droit, de médecine et 
de tant d'autres : ce sont les mêmes études au fond, la diffé- 
rence seule est dans l'aptitude, dans l'application. 

IV. 

Les spécialités diverses des écoles professionnelles définitives 
constatent d'une manière certaine la divergence des études com- 
posant les cours des écoles préparatoires de tous les degrés. 
On conçoit que nous ne prenions pas à tâche de formuler le 
programme de ces écoles ; ce programme, qui tient presque 
uniquement à la pratique dans celle des arts et métiers du 
premier degré, n'est pas moins significativement déterminé, 



— 153 — 

selcm k spëcialité, pour les écoles des sciences et arts que pour 
celles doBt renseignement est purement scientifique. 

De nos jours, le cours des éludes est réglé dans toutes c&; 
écoles : l'ei^périence seule peut indiquer les modifications qui 
devront y être opérées dans le sens de notre système. 

La grande étendue du programme des études élémentaires. 
Bon moins que l'attrait de la pratique des ateliers, met à la por- 
tée des élèves une grande variété de sujets, de sensations, dont 
chacun répond aune aptitude spéciale. Or, si nombre de capa- 
cités ne peuvent atteindre à Textrême limite des études , nul 
ne peut répondre que tels élèves, dont l'intelligence aura accom- 
pli la tâche d'arriver au point cuhninaut, n'appliqueront pas de 
préférence la puissance de leurs facultés morales à l'exercice 
d'une de ces professions qui sont plus particulièrement du do- 
maine des capacités mixtes. Serait-il regrettable que de telles 
professions devinssent un objet de prédilection pour les hom- 
mes à intelligence d'élite? leur passage laisse toujours une trace 
profonde dans la pratique des travaux auxquels ils ont appli- 
qué leurs puissantes facultés. 

Mais n'y aurait-il pas dommage, suivant le cas, pour la so- 
ciété de les voir s'absorber sur des pratiques d'un intérêt se- 
condaire ? Comme la direction a pour mission spéciale de veiller 
aux intérêts de la société, oon moins qu'aux intérêts du sujet, 
c'est à la direction d'apprécier l'opportunité de la solution de 
cette question. Nous allons éclairer ses pas dans la mission qui 
lui est départie. 

TROISIÈME SECTION. 

DE LA DIRECTION. 

La direction est le résultat des observations auxquelles donne 
lieu, dans les écoles de tous les degrés, la tendance constante 
des actions, des études de chaque élève; les succès qu'il a obte- 
nus dans ses études, en tant que ces observations servent de 
règle pour l'appréciation de son aptitude. 

Dans les écoles élémentaires, ces observations détermine- 
ront le choix de la spécialité d'école préparatoire à laquelle 



— 154 — 

réière deti appartenir. Lia raccompagnera le tîgnalende^ i% 
la nature de son aptitude^ afin que, surTéttant un dum^e*- 
ment daas lea dlëpôsitious^ la direction puisse en bieo appré- 
cier la signifioalioni 

Dans les ééoles préparatoires, les observations confirmeront 
eu modifieront les indications de la profession, selon la coa- 
slance, le chaugetnent ou la tardive manifestation des indices. 

Dans les écoles professionnelles définitives, les cas de mo- 
dification se présenteront rarement après tant dépreuves sac- 
cessives subies par rélèvé« 

Mais se présentassebt-ils comdie dans les écoles prépara- 
toires, il serait facile d'y poui'voir. 

Règle générale 2 

Si la capacité et la prédilection d'un sujet marcbeni de front, 
hissez toute la latitude à la prédilection^ 

Mais, en cas de désaccord, 

Si la prédilection est trop ambitieuse, eu égard aux forces 
de la capacité, corrigez-la. Le moyen d'amendement le plus ef- 
ficace est une déférence jusqu'à Tabus : le sujet ne tiendra pas 
devadt le ridicule* 

Si la prédilection est trdp désintéressée ou trop humble, 
tetit^ l'ambition, relevez la dignité du sujet par le stimulant 
de réroulation< 

Là où la direction aura le plus besoin de vigilance^ de pru- 
dence et de tact, c'esi^ sans contredit, dans l'école élémentaire; 
si Terreur y est rarement possible dans l'appréciation de la 
capacité morale, qui est mise à l'épreuve par les leçons quoti- 
diennes, ainsi que dans Tappréciation de la capacité physique, 
qui se manifeste tout naturellement, il n'en est pas de même de 
Tap^réclàtion de la prédilection ; il faut l'observer soigneuse- 
ment dans seâ caprices, car l'erreur^ qùoiqtie réparable, ainsi 
que nous l'avons expliqué, est encore fâcheuse comme pouvait 
donner liêu à un retard capable d'influer sur le moral de l'élève. 

Nous allons, du reste, essayer de donner des règles spéciales 
pour aider la direction dans tous les ^itëf m eomnsienfattt par 
la prédikction/ 



§1. 

Direction de la prédilection, 

La prédileetioù suppose une préférence, et la préférence sup- 
pôt un eboiXé 

Lorsqu'un si^et, mis à même de choisir, aura manifesté 
une préférence, sa prédilection sera éridente ; mais cette pté* 
féfence iie sera-t-elle que momentanée, ou bien Télève persé- 
Yèrera-t-il dans sa déternlination? C'est une questiofi c[u6 ta 
dûreetioD doit, dans tous les cas, prendre à tâche de résoudre, 
et à cet effet, elle ne doit pas laisser de soutliettre le jetiiië 
sujet à des épreuves réitérées; mais tentées avec prudetlce et 
circonspection. 

De nos jours, outre que la prédilectidn n'est que trop sou- 
vent comptée pour rien dans la direction d'un jeune dUjet VOiié 
à une carrière professionnelle, le dioiK de la o^rlëfe est la plu- 
part du temps Teffet du hasard^ et rarement le hasaM iiiet le 
sujet dâfas la position de choisir ce qui natutellement serait le 
mieux à sa Convenance. Aussi, que de prédilections déviées de 
leur préférente, que d'aberratioiis dans le choix^ que de partie 
àoeeptës faute d'avoir pu choisir ! 

Notis ne saurions iiOus âisiimillét qtie lès écoles élémentaires 
ne seront pas situées de manière îi eidter les préférences fcon- 
formément aux dispositions Aâfttirelles de chaque sujet : au 
site des unes il manquera raspe(^t saisissant des montagties; au 
site des «titres, la perspective itt(|]lOsàhtè des mei-s; certaines 
seront assises dans dés régiOOâ t^^ ii'égaye pas Urte végétation 
luxtiriante^ d'autres, isolées du mouvement industriel d'uù 
grtndèeOtte de population. NOttèJ devotià dottc reconnaître ^ùè 
les avantages appréciables de la position des unes manqtfètont 
aux alit^es. Mais n'y aurait-il pas rtOjreh d'obvier à cet incou- 
VéMieht en transféràtit successivement, pendslnt le cOùrs des 
études élémentaires, les ëlève^ d'urie école daris l'autre, aveo 
séjour au moins sitfflSàilt pour déterminei- lès impressions? 

Notis donnons cette pensée à méditer : nous né h donnotlà 
pits comme réglemètilàlre. 



— 136 - 

Toutefois, faute de pouvoir réunir sur on seul point tontes 
les conditions capables de tenter la prédilection naturelle, 
nous nous eu référons à la fréqueutation des ateliers dont 1 en- 
semble, moins par le nombre que par le Aoii^ doit répondre 
au service du plus grand nombre de professions possibles. Ici, 
la géuéralité est surtout importante, car, dans les écoles élé- 
mentaires, il s'agit bien moins de faire des ouvriers que de sa- 
voir (fui en sortira apte à travailler ou le fer, ou le bois, ou les 
tissus. Ainsi, les arts, la science, les professions mécaniques 
étant représentés de manière à tenter tous les tempéraments, 
toutes les intelligences, il n'y anra qu'à surveiller Teffet de Tat- 
traetion ; le plus souvent il sera décisif. U résulte, en effet, 
nous l'avons dit, des diverses conditions organiques des hom- 
mes, que tel résume dans son organisme les éléments des plus ^ 
hautes conceptions, tandis que tel autre n'y tronve que le con- 
tingent de ces idées qui sortent à peine du cercle étroit déter- 
miné par le service des besoins matériels. 

On comprend donc qu'un sujet soit toujours porté à agir de 
manière à donner de l'exercice à ses forces morales ou physi- 
ques, selon la prédominance de son tempérament ; en d'autres 
termes, qu'il s'attachede préférence aux exercices dans lesquels 
ses facultés organiques se développent avec le plus de facilité. 
Mais il n'arrivera pas toujours que la prédilection ne se maiii- 
fesle pas pour un genre de travail exclusif de tout autre. Cette 
universalité d'aptitude se rencontrera assurément chez les sujets 
doués de cette ampleur d'intelligence qui embrasse toutes con- 
ceptions, tous procédés. C'est dans ce cas surtout que la di- 
rection devra exercer toute sa vigilance. Nous tracerons à 
l'occasion la règle de ses devoirs, dans ces circonstances dif- 
ficiles. 

La prédilection une fois bien constatée, il deviendra indis- 
pensable de s'assurer si elle est parfaitement secondée par la 
capacité physique et par la capacité morale, afinq ne, selon les in- 
dices, la direction s'attache à confirmer ou à modifier les causes 
de préférence. L'on peut bien du'e, en règle générale, que s'il 
est hors des lois de la nature qu'un individu se passionne pour 



- 157 — 

ua genre de travaÔ dont U ne saurait sunnonter les difficukés de 
cottceptioa et d'exécution, l'illusion (vint-elle à se produire) ne 
saurait être de longue durée, puisqu'une persévérante lutte n'a- 
boutirait pas à la satisfaction d'un succès ; mais pour peu qu'il y 
eût persistance, le temps pendant lequel durerait le prestige se- 
rait un temps perdu pour la carrière professionnelle, et il devien- 
drait important d'obvier à ce préjudice le plus tôt possible. Se 
passionner pour un travail n'est pas toujours opérer dans sa 
spécialité providentielle ; il convient donc de révéler à l'indi- 
vidu qui s'ignore, et sa puissance morale et sa puissance phy- 
sique, et de le dissuader ou de l'encourager selon qu'il est bien 
ou mal secondé par ces deux puissances. Voyons, à cet égard» 
ce que la direction a à faire. 

De la direction des capacités purement physiques. 

Pour qui ne perd pas de vue les soins que nous avons re- 
commandés dans le but de développer l'essor des facultés in- 
tellectuelles, il est difficile d'admettre que l'intelligence d'un 
sujet résiste à la puissance du moyen. Aussi, n'arrivera-t-il que 
très-rarement que l'élève, s'il n'est venu au monde dans des 
conditions à peu près absolues d'idiotisme, sorte des écoles 
élémentaires avec le seul avantage de n'y avoir développé que 
la capacité purement physique. 

Il semblerait donc» au premier aperçu, déraisonnable de 
classer dans la catégorie des hommes de peme des sujets ap- 
portant un certain contingent d'instruction à la pratique d'une 
spécialité aussi matérielle. Toutefois, sans compter que l'im- 
pulsion prédilectionnelle se chargera, dans plus d'une occasion, 
de déjouer toutes les ruses de la direction ayant pour objet de 
modifier une préférence, on ne peut se refuser à admettre que, 
chaque profession étant pratiquée par des hommes éminemment 
doués de toutes les facultés de l'aptitude spéciale soigneuse- 
ment cultivées, il serait non moins possible à l'individu à qui la 
nature aurait refusé les conditions de capacité morale qui ap- 
partiennent à telle profession mixte de rendre dans cette spé- 



- 15fe - 

dalité des services âus^l cdtnplets que éëtli que Ma Yhôihtiik 
ptdVideUtiellet&eiit doué, qu'il le serait il celui-ci de senrir te 
société par des œuvres de haute capacité puremettt morale 
d'une manière aussi satisfaisante qiië l'homme apte k de pareite 
travàtix. 

Aifisl, tôtit est relatif; d*est-à-dîi'e qliè si une position profes- 
sionnelle, Spécialement physique, s'élève par le fait de Vittstrac- 
tiofi aii-dessHS du uiVeaU qui lui est trslcé dé ttds jôitt-s, les 
positions prùfeésionrielles d*Uri autre degré s'élëVêiJt eti prôpof- 
tlofl et d'autâtit pltls que le contihgent d'ititélligérice Qu'elles 
cômiJoftènt est susceptible de plt^s de culture. L'hoifimê de 
peine, quel que soli d'aîlleilts le relief qu il recevra de Vé- 
ducation, ne saurait donc rendre dé services relatif emettt ap- 
préciables hors du cercle des travaux qui constitueront sa spé- 
cialité. 

Or, comme les services de Thomme de peine n'ont d'autre 
pdrtéè que d'aldet atli pratiqués d'une industrie quelèonque, 
telles qué ragfictilturc, la rtiârine, lés manufacture^, le coiti- 
merce en général, etc.; il paraît rationnel de diriger tèrs les 
écoles (îéstiriées à ce§ branches d'iftdtl^trie leë siijété qui Ht 
pourraient utilemèUt servir la société autrement que par rempl(rt 
de leuré forcés inusculaîrëô. Toutefois, dans cette sphère^ il ne 
faut pas dédaigllér dé terilr cotople et de U prédilection et de 
la dose, telle quelle, de capacité iil^rt'aié prôtîdentielleiriefit 
départie âU sujet : C'est dans ces écoles qtf adthfe d'ailîedfs à 
des éours spéciaux à portée de son intelligence, il terminera 
son éducation morale et professionnelle. 

Mais si l'incapacité morale déterminé iitl pritldpe Aë dîfée- 
tion, l'iÈcapacité physique n'a pas liné portée taaiiïh slgiii- 
flcative, et dans une foule de cas, elle Se manifôste tout d'abord. 
On admettra facilement que le bégâyemem soit un obstade âù 
talent dé TorateUr, la cécité à la pratiqué de la peinture; qUè 
le§ individus privés d'un membre né ptîîsSértt prétendre à l'exer- 
cice de maintes professions. La clatfdîcatîon, la myopie, le mu- 
tisme, la sltrdité; toutes ces înfirttiltéS, et tant d'aUtres, noù 
îùdîri^ que la faiblesse orgatirqUe âti eiôrpé, *oilt autant de câliséfc 



- 48© - 

d*<mcti»ira ^ la catégôria ^ eoibrksie nd omAire teportaut 
de spécialités professiofltieUesi 

Ce sera déjà beaucoup^ pour rapptéeiation de l'aptitude^ 
que de pouvoir, de prime ab^rd^ reeoDtiiMn} à quelle pro« 
fession UD indirldu ne peut suffire. Les (tifficukés de la di- 
reclioD se simpBfieront par les causes du nombre des cas 
d'exclnsiolii 

Toiitefoi^^ ces cas ne sont que spéciaux, et ne fout aucune* 
in^nt obstacle à ce que les élèves, relativement incapables, ne 
aolent dirigés^ tout comme ceux dont la constitution physique 
est phis complète, vers les écoles préparatoires soit des arts et 
métiers, soit supérieures^ où la direction ne manquera pas 
d'approprief renseignement aux conditions de la capacité phy* 
sique. LMmmense diversité des professions se prête en effet 
merveilleusement k l'emploi de tods les types d'aptitude^ 

Koiis allons faire connaître toute notre pensée sur ce point, 
en signalant les Indices qui doivent servir de règle à la direc- 
tinn dans les écoles préparatoires des arts et métiers* 

§ m. 

De la direction des capacités mixtes. 

Si la capacité morale la plus étendue suffit à peine pour Té*- 
tude deé matières composant le programme élémentaire^ il faut 
dire que les capacités qui ne peuvent en atteindre la dernière 
limité sont relativement restreintes. 

Or^ lorsque la distance parcourue ne dépasse pas la région 
des principe» du calcul, on peut dire que la capacité qui ne peut 
arriver plus lein est de la catégorie purement physique^ et nous 
avons dit ce que la direction a à faire dans ce cas. 

Lorsque cette distance s'étond jusqu'au]; principes les plus 
éléitentaires des sciences sans pénétrï^r assez profcmdétefeut 
pour que la capacité scientifique de Télère puisse constituer, 
abstraction faite de toute pratiqué manuelle, un élément profes- 
sionnel, cette aisance est la mesure des capacités suffisantes 
seulement pour nue profession manuelle, et constitue le prin- 
cipe de clMsiâeation dans la catégorie de» arts et métiers. 



- 14#- 

Si doac Ton peut voir de suite à q«^ partie Ai prognoBBie 
des études élémentaires correspond une catégorie de profes- 
sion , la classification des aptitudes par catégorie doit se faire 
en raison de retendue de la capacité morale. 

Mais il ne suffit pas de reconnaître qu'un élève doit apparte- 
nir à telle catégorie d'industrie ressortissant des capacités mix- 
tes, il faut encore déterminer spécialement la profiession qui 
répond à telle nature d'aptitude, car il n'est pas indiffirent d'ap- 
pliquer l'aptitude à une des pratiques quelconques comprêes 
dans la catégorie correspondante. Or» pour accorder la profes- 
sion avec Taptitude, y aurait-il mieux à faire que de s'en référer 
à la prédilection? Tout sipificatif que puisse être cet indice» il 
est néanmoins du devoir de la direction de diercher à recon* 
naître si la prédilection ne se fourvoie pas : pour cela, quels 
principes doivent servir de base à ses observations? 

Voici ces principes : le classement catégorique d'un élève 
dans une école des arts et métiers a dépendu de la mesure de 
sa capacité morale. Or. cette capacité s'étendra encore par les 
études complémentaires spéciales. Il semblerait donc qu'il doive 
y avoir suffisance de capacité morale dans chaque cas de classe- 
ment pour toutes les professions comprises dans cette calégo- 
rie, et qu'il n'y ait plus lieu que de s'occuper de la capacité 
physique, pour, au besoin, corriger une aberration de la prédi- 
lection. 

Toutefois , prendre cette induction pour règle invariable, ce 
serait s'exposer à bien des erreurs. Si dans les professions dé- 
pendant de la section des arts et métiers, il en est qui exigent 
une dextérité plus parfaite que d'autres, de même il en est qui 
exigent plus de combinaisons scientifiques. 

Ainsi, de même que ce serait commettre une faute que d'a- 
bandonner la prédilection au libre arbitre dans les cas où la 
dextérité serait au-dessous de la tâche à accomplir; de même ce 
serait en commettre une, si le contingent du savoir ne corres- 
pondait pas aux exigences de la pratique vers laquelle se porte 
la préférence. 

Dans l'un ou l'autre cas, s'il devenait impossible soit de per- 



— 141 — 

feellratt^ la dextérité, soit d'étendre le cercle des connaissan- 
ces da sujet d'une manière suffisante, la direction devrait aviser, 
car dans les professions, nous l'avons déjà dit, il ne manque 
pas plus de nuances que dans les aptitudes. Qu'on nous per- 
n^tle de spécifier le cas. 

Le travail du charpentier exige moins de délicatesse dans l'o- 
pération manuelle que celui du menuisier; celui-ci moins que 
celui de l'ébéniste ; ce dernier moins que celui de l'horloger, 
tandis que la création d'une charpente demande plus de com- 
binaisons scientifiques que celle d'un lambris ou d'un meuble ; 
la création d'une machine a moteur, plus que celle d'une char- 
pente; la création d'une montre, plus que celle d'une grosse 
pièce de mécanique. Il serait donc rationnel de mettre le rabot 
du menuisier entre les mains du sujet qui n'aurait pu atteindre 
aux principes de la statistique ; d'appliquer aux travaux de la 
charpente celui dont rintelligence a manqué d'étendue suffisante 
pour entrer assez profondément dans la science de la mécani- 
que, et les deux autres, selon le degré de leurs succès, dans 
l'étude de la mécanique, aux professions de serrurier ou d'hor- 
loger. Mais pour ce dernier, tout aussi bien que pour l'ébéniste 
et le menuisier en bâtiments, il n'est pas sans importance de 
tenir compte des dispositions au perfectionnement dans l'exé- 
cution. 

Ces principes, ces exemples nous semblent suffire pour 
éclairer la direction dans les cas difficiles de concordance de 
l'aptitude avec la profession dans la catégorie des arts et mé- 
tiers; voyons ce qu'elle a à faire dans les écoles préparatoires 
supérieures destinées aux capacités exclusivement morales. 

§IV. 

De la direction des capadtés morales. 

Selon la tendance de leur prédilection, Taptitude des élèves 
des écoles préparatoires supérieures se divise en deux catégo- 
ries: la catégorie des sciences pures, y compris la littérature, et 
la catégorie des sciences appliquées, que nous avons désignées 
sous la dénomination des sciences et arts» 



li'und et l'atfre de eei eniégofies ^0 na eipadléawi^ 
des plus coqoplèteB, chacune dans sa spémalilé. Or, par cela 
seul que les élèves des écoles élémentaires ont éii admis datig 
les écoles préparatoires supérieures, leur capacité est censée à 
la hauteur de toutes'les professions qui reasortisseut de ees deux 
catégories. 

I. 

Si, dans certaines de ces professions, la capacité morale 
a besoin du concours de la capacité physique, c'est comme 
partie accessoire, presque comme instrument dont le fonction- 
nement se fond dans Topération morale de Texécution; la 
dextérité semble disparaître dans l'habileté qui préside non 
moins aux travaux d'exécution ipatérielle cju'à ceux de la dis^ 
position. 

En effet, devant des toiles sur lesquelles U peinture a déposé 
des chefs-d'œuvre de l'art, devant ces blocs d§ marbre aux- 
quels la sculpture semble avoir donné une âme, qu'e^t-çe qui 
frappe tout d'abord? La conception, la disposition, l'harnaonie 
des couleurs, la grâce des poses, les proportions des foroîes, 
le relief du sentiment. Ce n'est qu'après avoir payé un tribut 
d'admiration à l'œuvre iporale que le spectateur ramène son 
attention sur les effets du pinceau, du ciseau, sur l'opération 
matérielle. Une œuvre de peinture, de sculpture, de toute autre 
spécialité» mal conçue, fixerait à peine r^ttentioa, quelle qpe 
fût d'ailleurs la perfection du travail manuel ; upe œuvre de 
ce genre conçue , disposée d^ manière à agir fortement mf 
l'âme peut, jusqu'à un certain degré, §e passer du pr#stig# cte 
l'exécution physique. 

Mais lorsqu'une œuvre s'exécute sur les plans de l'artiste, et 
que lui-même ne concourt à l'eiéeution matérielle autrement 
que par la direction des travaux, assurément cette œuvre con- 
stitue une opération dont il faut faire honneur uniquement à I4 
capacité morale. 

On le voit donc, la capacité physique n'a point d'iuîportance, 
et n'est que d'une importance sçcQudoife dai» ]^ prpfcsaiottô 



çQPpe )4 (^apapité mové^ de» él^v^s de Vécolô pr^paratQiF« 
supérieure Hg troMvera toujours à la hm\m de )a pr^^fique dfi 
ç^s pra£^^$ipns, la prédilectiûu devieut un indice presque for- 
ipal paiir la dlFe^tion^ Du re$^, d^us maintes profe^aipn^ qui 
^xigepi de la part de Tarll^^e up travail paanuel 4'wéçution, 
l'habileté native dw spjçt eptra ppur^eaHçpup daps la cause de 
sa vocation, 

y aurait-il donp avantage ^ tenter de lui faire adopter d'au^ 
très causes de préférence ? Qu'on nou& dise ce qu'il y a à dé-r 
plorer que Claude Gelée, que Ruben$ aient sacrifié, Tun les 
carrières que lui ouvraient son vaste savoir ; Vautre, les missions 
diplomatiques qu'il remplissait av^c tant d'habileté^ à la pra- 
tique de cet art de la peinture qui leur a valu tant de gloire» 
Pt à flpm tant d'adn^irables çhefs-d œuvre et tant de jouis- 
sances ! 

Tputefoisi, il n'ert pas sans importance que la direction tienne 
compte de certaines dispositions physiques capables d'influer 
sensiblement snr la destinée professionnelle d'un jeune sujet, ou 
du n^oinç d'être pour beaucoup dans ges préférenees intellec' 
luellps, Il est de? caji, en effet, où la capacité morale peut être 

contrariée d^ns son pssori par une forte constitution physique; 
tout au moins une telle disposition peut aypir de Vinfluenee 
Vax ïmîW9 des faculté^ ^^ Viulelligençe ; il doit nécessaire- 
ment arriver qu'un sujet vigoureusement constitué ait besoin 
d'épancher, par Texercice, le trop-plein de ses forces. Or, la 
vie d'expansion, ^ui met en contact avçc tant d'objets divers, 
tant de situations disparates^ suscitant la distraction, est peu 
favorable ^ la méditation ; dès lors Tatteniion manque par con- 
séquent de tepue, et les opérations de rintelligence laissent 
à désirer l'effet de pette lutte passionnée qui aboutit à un beau 
triomphe. S'il est facile de comprendre combien les forces de 
rintelligence acquièrent d'énergie sous l'influence de cette lutte, 
il est aussi facile de concevoir ce qu'elles perdent de vigueur 
de n -ôlre pas exercées par cette rude gymnastique ; nous osonsi 
même dire qu*en général les œuvres d'un sujet organiquement 



— 144 — 

très-disposé à la vie d'expansion, se ressent de cette tiédeur 
d'incubation dont les résultats ne présentent jamais ces belles 
proportions qui sont le partage des enfants de l'amour. 

Nous ne voulons pas dire pour cela que des hommes em- 
portés par les besoins d*action ne puissent se passionner pour 
des travaux dans lesquels la capacité morale joue le rôle le 
plus important : il existe des spécialités de professions, et même 
en grand nombre •, qui exigent le concours d'une énergie phy- 
sique infatigable. Dans cette sphère, l'action physique, loin 
de nuire aux fonctions de rintelligence, entre, au contraire, 
pour beaucoup dans leurs moyens, mais c'est que cette sphère 
constitue, par elle-même, le gymnase des éléments providen- 
tiellement combinés pour ces spécialités d'aptitude. La direc- 
tion doit donc voir, dans la condition physique que nous ve- 
nons d'indiquer, un mdice d'aptitude qu'elle ne doit pas né- 
gliger de prendre en grande considération. 

Si la faiblesse organique parait moins significative dans ces 
catégories de profession dans lesquelles la capacité morale est 
la seule en exercice, néanmoins elle ne peut manquer d'inté- 
resser la direction. Qu'elle ne perde donc pas de vue que la 
nature semble s'attacher non-seulement à dédommager les dis- 
graciés, mais encore à les consoler, en leur accordant, de pré- 
férence aux mieux conformés, une plus large part dans ces 
dispositions morales qui secondent si bien l'intelligence dans 
ses exercices. 

n. 

Mais en n'ayant pas à tenir compte des conditions exclusive- 
ment physiques de l'organisme, la direction laissèra-t-elle les 
coudées franches, qu'on nous passe l'expression, à la prédilec- 
tion du sujet poui* telle carrière professionnelle? 

Nous venons d'exposer noire manière de voir au sujet de 
l'accord de la prédilection et des moyens d'exécution dans ccr- 

« Du nombre de ces professions, la marine, la carrière des armes^ Jes ex- 
plorations scienliliques, la médecine, les ponts et chaussées, les eaux et 
forêts, toutes les spécialités du génie civil ou militaire, rarchitecture,... et 
tant d*autres. 



^ 145 — 

laines professions artistiques comprises dans la catégorie des 
sciences et des arts, nous allons dire quels doivent être les prin- 
cipes de la direction dans les autres cas. 

Toutes les autres professions auxquelles aboutissent les étu- 
des des écoles préparatoires supérieures constituent une ap- 
plication de la science en général; mais la science a elle-même 
deux spécialités : spécialité des sciences naturelles, qui com- 
prennent toutes les sciences mathématiques; spécialité de 
sciences artificielles ou morales et littéraires. 

Cette division détermine une division semblable dans les 
professions scientifiques : d*un côté, section des sciences et 
arts, médecine, économie politique et autres ; de Tautre, pro- 
fessions littéraires ou littérature appliquée ; telles les professious ' 
d'orateurs, de juristes, de publicisles, d'historiens, d'adminis- 
trateurs, etc.... Le professorat appartient à Tune et à Fautre 
classification , et Ton peut même dire qu'aucune de ces pro- 
fessions n'est absolument exclusive de Tun des principes qui 
ont déterminé la classification. Si les éléments qui constituent 
l'aptitude dans Tune ou l'autre de ces catégories ont une di- 
vergence tranchée, quant à la tendance professionnelle, cette 
divergence n'est pas tellement évidente dans sa portée théorique 
que Taffinité ne pût quelquefois devenir une cause d'erreur dans 
la voie qui conduit à l'application spéciale. 

Expliquons notre pensée : 

Les sciences, du moins les sciences mathématiques, physi- 
ques, naturelles, forment comme une chaîne dont chacune de 
ces sciences en particulier est uo tronçon. Or, ce n'est pas le 
cas de dire qu'une lacune dans renseignement réduit chaque 
tronçon à nulle valeur; il n'en est pas une partie, au contraire, 
qui détachée du tout, ne devienne comme un point central de 
plusieurs professions. Chaque fragment peut donc être considéré 
comme l'élément d'une ou de plusieurs aptitudes. 

Mais si renchaînement est à l'état coniplet, il correspond à 
une foule d'aptitudes, ou plutôt à une aptitude presque univer- 
selle du domaine de laquelle ressortissent toutes les professions 
dont chaque science est l'âme. 

10 



-- 446 — 

Or, que l'aptitude dans ces cas ait à choisir dans un nombre 
restreint de professions ou dans la généralité, elle trouvera fa- 
cilement son emploi livrée qu'elle soit à l'instinct de la prédi- 
lection ; mais cet emploi sera-t-il bien le plus judicieusement 
choisi ? 

Conviendrait-il encore d'abandonner à son penchant l'élève 
dont la capacité marcherait avec un égal succès dans l'étude des 
sciences et dans celle des lettres? 

C'est dans ce cas de capacité assez puissante pour suffire à 
des aptitudes divergentes qu'il sera nécessaire de bien appré- 
cier la combinaison des facultés intellectuelles du sujet et de 
constater laquelle domine, ou de la prévoyante mémoire ou de 
l'active et ardente imagination, ou du sage et patient discer- 
nement. 

Si rélève n'était l'objet d'une perspicace direction, il pour- 
rait bien, quelque favorablement organisé qu'il fût à cet égard, 
se détourner de Tétude des sciences, séduit qu'il serait par Té- 
lude des lettres, dont la culture semble exiger une tension d'es- 
prit moins fatigante, ou déserter la carrière des lettres, quoique 
plus en harmonie avec son organisation intellectuelle, entraîné 
qu'il serait vers la pratique des sciences par un vague désir de 
pénétrer les mystères qui voilent à ses yeux les causes de tant 
de merveilles de la nature, dont la pénétration saisissante est 
bien capable de tenter une jeune imagination. 

La partie des lettres, en particulier, a bien elle-même ses 
spécialités divergentes; la poésie, la philosophie, l'histoire, 
l'art oratoire, le talent du publicité, de l'auteur dramatique et 
tant d'autres spécialités qui puisent leurs brillants effets dans 
la science des lettres sont le résultat des combinaisons di- 
verses des facultés de l'intelligence ; l'aptitude qui résume une 
de ces combinaisons ne saurait être l'aptitude qui résume les 
autres. 

Si le discernement est la faculté qui domine dans l'aptitude 
aux sciences, l'imagination est la faculté dominante dans l'ap- 
titude aux lettres : un.peu plus, un peu moins de discernement, 
un peu plus, un peu moins d'imagination; cette combinaison à 



- U7 — 

différents degrés détermine diverses dispositions d'esprit dont 
chacune répond à une spécialité littéraire. 

Au sujet de la capacité littéraire, la direction aura donc aussi 
beaucoup à faire, afin d'empêcher autant que possible la prédi- 
lection d'égarer son choix au milieu de toutes les spécialités du 
domaine delettres.La poésie a tant d'attraits, Thistoire tantde 
grandeur et d'enseignement, la philosophie tant de raison ec 
d'autorité, l'art dramatique tant de brillant, le talent du publi- 
ciste tant de vivacité et d'universalité, l'art oratoire, qui ré- 
sume toutes les aptitudes littéraires, tantde puissance et d'éclat, 
qu'il n'est pas impossible, au milieu de toutes ces séductions, 
que la capacité littéraire ne se laisse abuser et ne méconnaisse 
sa spécialité. 

Que d'attention, que de constance, que de lumières, que de 
pénétration, que de conscience la direction n'aura-t-elle pas à 
apporter dans la pratique de l'éducation ! 

On conçoit que nous ne puissions faire entrer dans le cadre 
qui circonscrit notre sujet un traité pratique complet des moyens 
de discerner les aptitudes, mais nous croyons avoir exposé les 
vrais principes et en avoir assez indiqué l'application pour 
qu'avec ces éléments il soit facile d'apprécier jusqu'aux nuances 
dans les aptitudes de la même catégorie. L'observation, le 
dévouement et l'expérience aidant, la direction marchera donc 
d'un pas assuré dans ce dédale aujourd'hui presque inextricable. 

Ainsi, ce sera sans crainte de borner leur carrière providen- 
tielle que les jeunes sujets seront dirigés vers les écoles pré- 
paratoires des arts et métiers ; sans crainte de leur imposer une 
mission au-dessus de leurs forces qu'on leur ouvrira l'entrée 
des écoles préparatoires supérieures; sans crainte de les égarer 
dans une voie qui les écarterait du but qu'on pourra les pré- 
parer à la pratique d'une profession; sans crainte d'échec qu'on 
les introduira dans les écoles professionnelles; sans crainte de 
voir leurs services insuffisants qu'ils prendront rang dans l'ar» 
mée industrielle. 

Mais il ne suffit pas de rendre des services, il faut encore 
les rendre acceptables; f éducation n'a donc pas fini sa tâche. 



— 148 — 



CHAPITRE VII. 

DE l'élément moral DE l' ÉDUCATION PUBLIQUE. 

On n'accepte pas un service, quelque important qu'il soit, à 
la condition de le payer au prix de sa dignité, et, quelque gra- 
cieuses que soient les formes dont on revêt la prestation d'un 
service, il est refusé alors que le prix vénal en est coté au- 
dessus de sa valeur. 

Un service n'est donc acceptable qu'à la double condition : 
d'être accompagné de formes polies, et de n'imposer que des sa- 
crifices dont le taux est réglé par l'équité. 

Politesse et loyauté, voilà donc les deux conditions qui doi- 
vent accompagner un service. 

Politesse ; c'est-à-dire renoncement à l'indépendance native 
jusqu'à la limite tracée par les devoirs de déférence envers les 
autres et les soins de la dignité personnelle. 

Loyauté; c'est-à-dire renoncement aux avantages pécuniaires 
hors de la limite de ce qui est juste. 

Politesse, loyauté, c'est donc à dire abnégation de soi, de ses 
intérêts, dans les conditions déterminées par la civilisation et par 
les lois qui constituent Téquité. 

Abnégalion: ce principe doit se trouver dans tous les actes 
qui résultent des relations humaines, quelque intéressées que 
soient ces relations, sous peine d'aberration, sous peine même 
de trouble dans l'harmonie sociale. Oui, s'il est incontestable 
que l'intérêt personnel, disons le mot, Végoïsme est le mobile 
des actions des hommes, il ne Test pas moins que le but ne peut 
être atteint qu'au moyen de plusieurs actes successifs, qui ne 
s'accomplissent qu'avec l'aide de l'abnégation. 

L'abnégation est donc le moyen non moins des rapports de 
famille, de parenté, d'amitié, que d'association pour intérêt 
quelconque, que des actes de charité chrétienne, dont ou ne 
contestera pas que l'égoïsme ne soit le but, car cette charité ne 
vise à rien moins qu'au bonheur éternel. 

Qu'est en effet le mariaget sinon une association à deux, dont 



— 149 — 

le but est le bonheur de Tun par Tautre^ ce qui constitue bien 
une réciprocité d'égoïsme? 

Si chacun des deux conjoints avait pu atteindre le bonheur tel 
qu'il le souhaitait sans aide d*autrui, il n'aurait eu que faire de 
contracter cette société. Chacun des deux attend donc de Tau- 
Ire, à son profit, un renoncement de soi; c'est-à-dire sacrifices, 
c'est-à-dire abnégation. 

Abnégation ou réciprocité de sacrifices^, voilà donc le capi- 
tal conjugal que chacun des associés apporte ou devrait appor- 
ter dans le ménage pour satisfaire à la réciprocité d'égoïsme. 

La survenance d'enfants ôte déjà au but des époux ce qu'en 
principe il avait d'exclusif; mais c'est bien dans ce cas que l'ab- 
négation de la part des parents est nécessaire ! Et plus tard, de 
la part des enfants, elle ne le sera pas moins. 

L'abnégation est encore le moyen des relations de parenté ; 
et si l'on n'admet pas qu'à tous les degrés le bonheur commun 
soit le but social de chaque parent, il en est un du moins qu'on 
ne saurait méconnaître: ce but, c'est l'honneur de la famille, du 
nom, qui intéresse personnellement chaque membre; or, sup- 
posez l'égoïsme comme moyen, pour servir Tégoïsme comme 
but, le but est manqué, et la parenté n'est plus qu'un mot. 

L'amitié ; association, mariage de deux âmes dont le bon- 
heur réciproque est le but; or, quel est le moyen de l'atteindre 
sinon échange respectif d'attentions, de services, de dévoue- 
ment; sinon sacrifices au besoin; sinon abnégation? 

Dans les associations commerciales, le but c'est d'acquérir 
de la richesse ; 

Pour cela, double moyen: 

Capital industriel. 

Concours. 

Or, le capital industriel est là pour profiter à tous ; chacun en 
a donc consenti le renoncement personnel, car il ne peut plus y 
toucher pour lui exclusivement. 

Quant au concours; dans l'esprit de chacun le concours est 
un moyen indispensable. Or, supposer un concours sans abné- 

' Voir le Droite par M. Emile de Girardin, page 42 et suivantes. ] 



- 150 - 

gation, c'est supposer une chose impossible. Que Tégoïsme se 
cache derrière le concours, cela se conçoit ; c'est même dans son 
intérêt exclusif, pour la plupart du temps, que chacun est entré 
dans l'association; mais le moyen n'est pas Tégoïsme; or^ qui 
veut la fin doit vouloir le moyen : l'abnégation. 

Il n'est pas jusqu'aux moindres relations qui n'aient l'abné- 
gation comme moyen. 

Entre le maître et le domestique, association dont le service 
d'un côté, le salaire de l'autre est le but : que le domestique 
ne fasse pas le sacrifice de son temps et de sa peine ; que le maitre 
refuse le salaire, le capital respectif d'abnégation manquant, 
l'association n'est plus possible. 

11 est donc vrai, Tabnégation est le moyen de toute harmonie 
sociale ; fiûtes-Ia disparaître de l'exécution du contrat social, 
plus de mariage, moralement parlant, plus de lien de famille, 
plus de parenté, plus d'amitié, plus de communauté industrielle, 
plus de services particuliers : le moyen manque dans tous ces 
rapports, la fin devient illusoire. 

Point d'abnégation, point de savants, point d'artistes, point 
de chefs-d'œuvre. 

Point d'abnégation, point de vertu ; car la vertu c'est cette afh 
négation de nous-mêmes^ de nos intérêts^ sous rinfluetice de 
cette force morale gui nous pousse à V accomplissement d'un de- 
voir ou d'un acte de sublime générosité. 

Donc point d'abnégation, point de patriotisme ; disons, enfio, 
point d'abnégation, point de moyen d'atteindre un but ambi- 
tionné. 

L'ambition, ce degré suprême de l'égoïsme, ne peut donc 
aboutir qu'à condition de prendre l'abnégation pour guide ; ou si 
elle aboutit par une autre voie, elle rencontre la conscience et 
les lois qui font sentinelle à l'entrée et à la sortie de toutes les 
issues antisociales. 

Ne nous plaignons donc pas si l'égoïsme est le mobile des 
actions humaines, puisqu'il ne peut être satisfait que par des 
moyens toujours infailliblement profitables aux autres, et re- 
connaissons de plus qu'en rendant le concours de ces deux élé- 



— 151 - 

menis de succès iudispensables Tua à Tâutre» Tauteur de la 
créatiou a fondé le lien social d'une trempe capable de résister 
à toute secousse. 

Que la doctrine de Tabnégation soit donc l'élément moral de 
Téducation sociale, car elle absorbe ce que pourrait avoir de 
trop exclusif Tégoïsme, dont il serait absurde , dès lors, de 
comprimer Télan par les principes de l'éducation, attendu que 
ce serait tarir la source de toute émulation et violenter la pré- 
dilection ; que cette doctrine marche de front avec tout ensei- 
gnement; qu'elle entre dans l'esprit des élèves avec toute sciencOt 
tous procédés , et les services seront rendus et acceptés en 
toute convenance, et le travailleur devient un artiste, et le lien 
social se traduit par ce mot fraternité ; car la science des droits 
et des devoirs se résume dans ce seul mot: Abnégation !... 
Amour!... 

■ — 1 

CHAPITRE VIÏI. 
HE LOBUGATiOM POUR TOUS ET m M GRATUITS DE l'^DUCATION. 

§1. 

DE l'obligation. 

Il n'est pas d'individu, quelque puissante que soit sa force 
physique, quelque étendue que soit son érudition, quelque 
étonnante que soit son habileté, qui n'ait été faible, igno- 
rant, inepte, maladroit. 

Mais l'enfant, si débile, si incapable en un mot, devient 
homme, et cet homme est ou Fulton, ou Jacquard, ou Raphaël, 
ou Necler; ou il annule les distances et le temps dans le par- 
cours d^ voyages et des transports, ou il émancipe les pratiques 
industrielles, ou il décore de chefs-d'œuvre les temples et les 
palais, ou il dissipe le chaos de l'administration. 

Tous les hommes, il est vrai, ne naissent pas doués de cette 
puissante capacité qui les fait aptes à rendre à la société des 
services éclatants : mais il n'est pas d'homme, nous Tavons déjà 
remarqué, qui ne soit, dans sa spécialité, le centre d'une action 
rayonnant dans un cercle plus ou moins étendu. 



- 152 — 

Or, s'il est vrai que les besoins de Texistence humaine les 
plus impérieux, les moins traitables soient ceux dont le ser- 
vice s'accommode de la capacité morale la plus vulgaire, il faut 
reconnaître que l'être humain venant au monde, même avec 
une aptitude purement physique, naît avec une valeur sociale 
appréciable. 

A plus forte raison est appréciable la valeur sociale de l'être 
humain qui nait avec tous les éléments d'une aptitude dont les 
effets ont un rayonnement n'ayaut d'autre limite que le cercle 
qui embrasse la société entière. 

Mais qui peut dire de l'enfant au berceau, de l'adulte même, 
à moins d'avoir mis ses facultés intellectuelles à même de se 
manifester 7 <i Cet enfant ne sera jamais apte à rendre à la société 
des services éminemment proRlables au bien-être commun. » 
Dès lors, une exclusion irréfléchie qui intéresse-t-elle? Elle in- 
téresse le corps social, à qui elle ravirait les avantages de ser- 
vices importants. 

La société n'est pas seulement intéressée à assurer l'oppor- 
tunité, la suffisance des services, il faut que sa prévoyance 
s'étende plus loin: si, dans bien des cas, la puissance de servir 
est bornée, trop étendue est la puissance de nuire, ainsi du 
moins le comporte Tétat social de nos jours. Que fait la société, 
cependant, pour attiédir le désir de mal faire, pour obvier à la 
dure nécessité qui conseille les actes préjudiciables? Elle se 
contente d'organiser les moyens de répression. Par celte seule 
précaution a-t-elle satisfait à tous ses devoirs? Les devoirs 
d'humanité ne réclament-ils pas d'elle d'autres mesures moins 
acerbes *? 

Voyez plutôt ces individus dont l'enfance fut livré#aux ha- 

* Est-on bien sûr que rbonime naît criminel? Est-on bien sûr que beau- 
coup (Je crimes et délits, qui sont imputés aux hommes, soient autre chose, 
en réaliié, que Jes souillurei d'une société encore emmaillotée dans ses 
langes? N*est-on pas communément enclin à fairc^à ce que l'on appelle les 
souillures de Thomme une trop grande part, et à en faire une trop petite à 
ce qu*on devrait [nommer, dans une autre acception, les souillures de la 
société? N*y a-t-il pas là une erreur funeste que nous payons chèrement et 
que nous expions cruellement? (L« Droit, page 72, par M. Em. de Girardiu.) 



- 155 — 

sards de la rue, dont Téducalion n'a eu d'autre direction que la 
casuité, toujours mauvais guide, et qui ne savent des pratiques 
suggérées par le besoin de la conservation que celles inspirées 
par la brutalité de ce besoin : quel lien les rattache à la société? 
Celui de la servir? Oh ! ils ont assez à faire que de songer uni- 
quement à eux. D'ailleurs, que savent-ils? Rien, sinon Texploiter. 
Or, dans ce but, la nécessité non moins que l'exemple, les a 
rendus habiles dans la pratique, soit d'intéresser la charité 
publique, soit d'industries futiles et par conséquent bien chan- 
censés. Heureux lorsqu'ils ne se livrent pas à des actes qui ré- 
voltent la morale ou qui jettent le trouble dans le sein des fa« 
milles ! 

Voilà, il est impossible de ne pas le reconnaître, la sphère 
des actions circonscrites dans les préceptes de l'éducation d'un 
trop grand nombre d'individus. 

De tels êtres, il est navrant de le dire, sont, de nos jours, 
presque voués en naissant aux mesures de répression, de sé- 
questration, de supplices même, auxquels il faut bien avoir re- 
cours enfin pour se défendre contre les malfaiteurs de profes- 
sion qui se recrutent dans ces écoles de hasard où trouvent 
accueil les enfants sans famille que la société repousse, ou du 
moins qu'elle néglige d'adopter. 

Les Spartiates agissaient avec moins d'inhumanité que nous 
lorsqu'ils allégeaient TEtat du fardeau de l'enfant qui naissait 
incapable d'être jamais utile à son pays; du moins cet être dis- 
gracié, avant le moment de l'expiation, ne passait pas par les 
épreuves irritantes de la misère. Nous, nous abandonnons l'é- 
ducation de l'enfant délaissé aux suggestions d'une morale qui 
le pose en adversaire de tout principe d'ordre, et, loin de nous 
préoccuper de lui ôter le prétexte soit de vagabonder, soit de 
n'avoir à son service que des industries misérables ou perni- 
cieuses, nous lui disons : 

« Vis si tu peux, mais respecte nos droits que nul ne peut 
et que tu ne peux par conséquent ignorer. » 

Sont-ils donc aussi indignes de la sollicitude de la société ces 
petits êtres attachés dès la plus tendre enfance au service d'une 



~ 154 - 

machine, pour que leur éducation ne se fasse que dans l'atmo- 
sphère impur de l'atelier? Depuis quelque temps, il est vrai, la 
société s'est émue du sort de ces petites créatures, elle a enfin 
formulé des règlements dès longtemps reconnus nécessaires; 
mais, outre l'insuffisance de pareilles mesures, qui s'incpiiète de 
les faire rigoureusement exécuter * ? 

SI nous tournons nos regards vers ces pauvres enfants de la 
campagne voués presque en naissant à une pénible domesti- 
cité, nous verrons que de ce côté il y a, tout comme ailleurs, 
beaucoup à faire. Ces enfants, il est vrai, sont soumis à une di- 
rection : oui, mais quelle direction? Assurément la société ne 
consentirait pas à en assumer la responsabilité. 

Il est certain pourtant que l'immoralité n'est pas aussi fata- 
lement flagrante dans les champs que dans la confusion de ^^ 
telier et dans le péle-méle des villes ; mais quelle est l'institu- 
tion sociale qui constitue cette tenue? Eh! il est vraiment 
heureux qu'il n'en soit pas autrement, car, que deviendrait la 
sécurité publique ? 

Enfin, gardons-nous de fermer les yeux sur ce qu'il y a de 
pernicieux dans un état de choses où tant d'aptitudes restent 
soit méconnues, soit inutiles, soit, ce qui à notre sens est encore 
pire, mal dirigées. 

Le sort de chaque praticien compris dans ces nombreuses 
catégories est celui d'hommes rivés h des professions dans les- 
quelles l'aptitude répugne à la pratique et dont l'exercice se 
ressent du dégoût. Or, autant de cas semblables, autant d'in- 

■ 

1 M. Vilirrroé, dans son ouvrage : Tableau de Vétai des ouvriers employés 
dans les manufactures, s'exprime en ces termes, t. II, p. 235 : « D'un aulr« 
« côlé, (lit M. de Villeneuve Bargemont, ce qui frappe tout homme animé 
« d'un esprit de justice et d'humanité, dans l'examen de la situation de la 
a classe ouvrière^ c'est l'état de dépendance et d^ahandon dans lequel It 
« société laisse les ouvriers aux chefs et entrepreneurs de manuractures; 
« c'est la facilité illimitée laissée à des capitalistes spéculateurs de réunir 
« autour d'eux des populations entières pour en employer les bras suivant 
« leurs intérêts, pour en disposer en quelque sorte à discrétion^ sans qu'au* 
« cune garantie d^exislence, d'avenir, d'amélioration morale ou physique 
« soit donnée de leur part ni à la population, ni à la société qui doit les 
« proléger. » 



— 155 ~ 

dividus que gagne la paresse; autant qui deviennent la proie 
de la misère; autant de fauteurs habituels de désordres; autant 
qui, dans un moment donné, ont recours ou poussent à la vio- 
leoce pour obtenir, à la faveur du tumulte, réparation des torts 
qu'a eus la société de ne les avoir pas placés dans leur position 
providentielle. 

Ainsi donc, préjudice et cause de désordre par le mode actuel 
deTéducation. 

Or, s'il est incontestable que la société ait le droit d'em- 
ployer les moyens qui peuvent assurer son bien-être et la dé- 
fendre contre ses ennemis, il est incontestable que Texercice de 
ce droit est d'un évident à-propos alors que ce bieu-étre se rat- 
tache à la convenance des services qui lui sont dus; alors que 
l'ennemi est Tignorance traînant à sa suite le mépris des de- 
voirs, l'immoralité, la superstition, la rudesse, la violence; alors 
que la turbulence est la conséquence de la contrainte qui re- 
tient pendant toute une vie des aptitudes de toute sorte dan^ 
une sphère où elles se trouvent comme exilées. Qu'elle déclare 
donc que Tinstruction est obligatoire çonr tous, et qu'elle agisse, 
en même temps, avec cette prévoyance qui tient en éveil la sol- 
licitude de ces manufacturiers qui, en vue de l'avenir de leur 
entreprise, s'attachent à surveiller l'aptitude, et à diriger l'é- 
ducation professionnelle des enfants qu'ils occupent dans leurs 
ateliers. C'est au moyen de ce simple procédé que ces prudents 
industriels réussisent à créer une pépinière d'habiles ouvriers 
dans laquelle ils choisissent les sujets pour les besoins de cha- 
que spécialité de service. 

Du reste, la société agit-elle autrement à l'égard de ces 
hesoins sociaux dont le service tend à assurer sa sécurité, ses 
jouissances 1 Sont-ils donc plus impérieux que le besoin de re- 
médier à l'ignorance des masses et à tous les désordres qui 
marchent à sa suite, ces besoins auxquels elle s'attache à pour- 
voir par la fondation des écoles militaires, navales, normales, 
cléricales, forestières, des chartes, des arts et métiers, d'agri- 
culture, de conservatoire, et de tant d'autres, sans compter les 
diverses facultés? Si cette prévoyance sert bien les intérêts spé- 



— 156 — 

ciaux, pourquoi exclure les antres intérêts des bienfaits d'un 
pareil régime, des avantages qu'elle en retire? La société de- 
vrait, ce nous semble, reconnaître Topportunité d'en éteudre 
Tapplication à toutes les spécialités de ses besoins. 

A la société donc, qui doit recueillir les fruits de la bonne ou 
souffrir des inconvénients de la mauvaise direction des jeunes 
citoyens, de prendre à tâche le soin d'étudier, d'apprécier, de 
cultiver l'aptitude. 

§". 

DE LA GRATUITÉ DE .L*É0UCAT10N. 

A l'exercice du droit qui appartient à la société d'imposer, 
de surveiller et de modeler l'éducation, se joint la charge à*\in 
devoir; d'un devoir que lui prescrivent la justice et la nécessité. 

Serait-il juste, en effet, qu un père fût chargé des frais de 
l'éducation de ses enfants, et se vit contrarié au sujet de la di- 
rection de sa jeune famille? Payer une contrainte, cela se voit, 
mais cela révolte l'équité. 

Serait-il praticable d'imposer un fardeau excédant leurs for- 
ces à bon nombre de pères de famille, à ceux surtout qui ne 
peuvent, le voudraient-ils, se résigner au moindre sacrifice pour 
payer même les frais de l'instruction élémentaire, et au nom- 
bre plus considérable encore de ceux-là qui se trouveront dans 
rimpossibilité de suffire aux dépenses d'entretien de leurs en- 
fants admis aux écoles préparatoires et définitives? Et cepen- 
dant, il faut à la société des éducations complètes dans le sens 
de toute aptitude... 

Or, pour satisfaire à toute justice, à toute nécessité, la société 
ne peut se dispenser, non-seulement de subir les conséquences 
du principe de gratuité pour tous de Tinstruetion à tous les de- 
grés; mais encore, dans certains cas, d'étendre le bienfait de la 
gratuité jusqu'à écarter tout obstacle à l'application du principe 
d'obligation. 

Or, ces cas peuvent se présenter, même pour le degré élé- 
mentaire : les enfants qui fréquenteront les écoles élémentaires 
habiteront dans le voisinage de ces écoles, et alors, il n'y aura, 
ce semble , rien à ajouter aux charges de la famille pour leur 



— 157 — 

entretien. Gepeudant, on ne peut s'empêcher de reconnaître, 
comme chose déplorable, qu'un certain nombre d'élèves figure* 
raient dans ces écoles couverts de ces haillons sordides qui 
constituent la garde-robe des enfants abandonnés; des enfants 
appartenant à des parents qui ne vivent que dans le vagabon- 
dage, et, trop souvent aussi, des enfants de ces hommes de peine 
qui, soit dans les campagnes, soit dans les villes, n'atteignent 
que difficilement aux moyens de subsistance avec les seules res- 
sources du travail de leurs bras ou de l'assistance publique. 

Parmi les enfants dont la demeure avoisinera Técote prépa- 
ratoire, on en comptera également bon nombre qui se trouve- 
ront dans le fâcheux dénuement que nous venons de signaler, 
et il faut encore s'attendre que le même cas se reproduira pour 
beaucoup d'élèves dirigés vers les écoles de degrés supérieurs, 
n'importe la spécialité. Un temps viendra, sans doute, où de 
pareilles détresses seront inconnues dans notre ordre social; 
mais avant que la transition ne se soit opérée, n'y aurait-il pas 
inconvenance à laisser des enfants, des jeunes gens, s'habituer 
à cet état de désordre de leurs vêtements qui influe sur le moral 
plus qu'on ne pense, ou souffrir de leur quasi-nudité d'autant 
plus que leur éducation tendra à leur faire mieux apprécier la 
dignité de l'homme, et que la culture de leur intelligence les 
posera moralement en rivalité avec ceux de leurs condisciples 
les plus favorisés sous le rapport de la fortune? Dans notre sys- 
tème d'éducation, bien plus encore que dans tout autre, il con- 
vient d'adopter l'uniformité dans la tenue, comme est adoptée 
l'uniformité dans les moyens. 

Ainsi donc, sous peine de voir se perpétuer les causes d'hos- 
tilités sociales et tous les inconvénients, tous les désordres ré- 
sultant du système d'éducation actuelle, la société doit étendre 
le principe de gratuité jusqu'à suppléer au manque de ressour- 
ces des pères de famille, dans tous les cas où cela sera néces- 
saire. 

Il n'est pas. juste que les mêmes avantages s'étendent aux 
familles fortunées ou dans l'aisance. Ce n'est pas, en effet, pour 
intervertir l'ordre de la nature qui fait un devoir aux parents 



- 458 — 

de pourvoir, pendant un temps, à l'entretien et & réducation de 
leurs enfants, que la société les prend à sa charge, non; mais 
Tobligation de l'éducation pour tous devenant un principe, il 
faut rendre possible l'application de ce principe, et pour cela, 
il faut pourvoir au cas d'impossibilité. Or, si le seul cas d'im- 
possibilité se réfère à Tétai d'infortune des parents, à ce cas 
seul doit se référer le moyen d'écarter l'obstacle. 

Il est facile de prévoir que notre système soulèvera de vio- 
lentes récriminations; non pas quant à la gratuité, car tout le 
monde s'en accommode^ même les plus riches (faites en effet la 
revue des élèves boursiers, et vous verrez...), mais les contri- 
buables pourront, tout d'abord, y trouver à redire, dans la 
crainte que ce système ne donne lieu à de nouvelles charges; 
toutefois qu'ils se rassurent, nous dirons plus tard avec quelles 
ressources il sera pourvu à la gratuité sans recourir à leur 
bourse. 

Les récriminations ne peuvent donc avoir d'autre cause que 
l'inconvénient, pour certains, d'être privés du concours de leurs 
enfants dans leurs travaux ; pour d'autres, la contrariété d'être 
frustrés dans leurs droits de diriger arbitrairement, et souvent 
à rebours du bon sens, l'éducation de leur jeune famille. 

Il n'y aurait peut-être rien à répondre au motif qui justifie- 
rait les plaintes des premiers, si l'opération qui décentralisera 
le capital commercial n'avait pour résultat de pourvoir au bien- 
être des familles; mais on peut victorieusement répondre aux 
autres que l'avenir de leurs enfants ne leur appartient pas, et 
que cet avenir dépend d'une direction dont les moyens parti* 
culiers ne suffiraient pas à établir les éléments. 

Toutefois, nous ne conseillerons pas la contrainte contre là 
volonté paternelle; seulement, nous la soumettrons aux condi- 
tions exposées dans le chapitre suivant. 



-• 469 - 



CHAPITRE IX. 

P£ l'abus de la puissance paternelle et des motens 

DE REMÉDIER A CET ABUS. 

Quelle est la position sociale la plus appréciable, individuel- 
lement parlant ? 

C'est celle qui résume considération et bien-être. 

Comment Tobtient-on? 

Par de bons et loyaux services rendus à la société. 

Or, les services sont les résultats d'une pratique profession- 
nelle, et cette pratique est subordonnée à des règles qu'il faut 
connaître, sans quoi les services sont incomplets; ils ne sont 
donc pas bons. 

Les services ne rempliraient pas les conditions de loyauté si 
les principes qui constituent cette qualité des services demeu- 
raient ignorés. 

La connaissance des règles auxquelles est soumise une pra- 
tique professionnelle, non moins que la connaissance des prin- 
cipes qui constituent la loyauté, doivent donc faire l'objet d'une 
éducation spéciale. 

Or, le meilleur système d'éducation consiste à reconnaître 
dans l'individu les qualités qui le disposent à telle pratique pro- 
fessionnelle ; à l'instruire plus particulièrement sur les procé- 
dés de cette pratique, et, en même temps, à lui inculquer les 
principes sur lesquels sont basés les droits et les devoirs du 
citoyen. Toute direction qui tendrait à ne tenir aucun compte 
des qualités natives qui disposent un enfant à telle profession, 
de l'instruire sur les procédés d'un autre qui ne serait pas dans 
l'orbite de ses dispositions, et qui négligerait d'éclairer la voie 
dans ses rapports moraux avec ses semblables, ou qui Téclai- 
rerait d'une fausse lueur, constituerait donc une éducation ab- 
surde, incomplète, dangereuse et pourTélève et pour les autres. 

Or, si, pour faire une éducation rationnelle, complète, profi- 
table à l'individu et aux autres,, il ne faut rien moins que les 
moyens multiples, coûteux, mais sûrs que nous avons indi- 



- leo - 

m 

qués, afin de réussir à constater, façonner, diriger Taptitude 
d'un sujet, il est évident que ces ressources manquent à Tédu- 
cation de famille. 

Prétendit-on que les ressources scientifiques au moins se 
trouvent dans Tensemble des écoles instituées maintenant? 
nous répondrons : 

1® Les ressources scientifiques ne suffisent pas pour favoriser 
les indices de toute aptitude, ce qui déjà constitue une vaste 
lacune dans un système d'éducation ; 

2® La direction dans les lycées ne peut s'écarter de cette 
double tendance : professions scientifiques, professions litté- 
raires. Quant aux professions purement artistiques, elles sont 
trop au-dessous de la portée des études universitaires, En en- 
trant dans un lycée Tenfant est donc, bon gré, mal gré, voué 
aux carrières qui se rattachent a Tétude des sciences ou des 
lettres. Or, qu'advient-il si ces carrières répugnent au goût do 
jeune sujet, si elles ne vont pas à sa capacité? Voyez plutôt 
ce qui se passe aux épreuves tardives qui couronnent de lon- 
gues et pénibles éludes... Est-il temps alors de revenir sur ses 
pas et d'appliquer Tintelligence du sujet à Tétude des pratiques 
d'une profession dont on s'est efforcé de l'éloigner ? Est-il temps 
de lui faire recommencer sa vie d'étudiant, de lui imposer la 
vie d'apprenti? Eh! à quoi aboutirait cette vie? à une carrière 
honorable sans doute, mais assurément dédaignée comme trop 
au-dessous de la position sociale de la famille : que le sujet reste 
donc un homme inutile, fatigué d'insipides loisirs ; mais qu'il 
ne déroge pas ! 

Quant à l'élément moral, l'éducation de famille a-t-elle un 
point de contact avec les intérêts sociaux? Et qui y pense? 
Quel en est en effet le principe fondamental? l'égoïsmeî... Et 
si, dans la famille, on parle d'abnégation, on a soin d'en res- 
treindre l'essor dans un cercle tellement étroit que l'enseigne- 
ment réagit d'une manière plus sensible dans le sens de l'é- 
goisme, et qu'il éclaire d'une fausse lueur la voie qui conduit 
au but. 

D'ailleurs , ainsi le veulent nos codes , qui , en matière 



de paruge des successions* légitiment les préférences du père 
au détriment du droit naturel de chaque enfant à une part égale 
à celle des autres : aussi arrive-t*il souvent que l'égoïsme ne 
puisse résister à l'irritation causée par l'inégalité des lots. Eh ! 
que trouver à redire à cette irritation? Est-ce qu'un père de fa- 
mille, en satisfaisant Tégoïsme du préféré* ne justifie pas l'é- 
goïsme des autres enfants? 

Voilà le principe social des familles^ là commencent les fer- 
ments de discorde. Quoi donc espérer pour l'harmonie de la 
société d'une éducation basée sur ce principe? 

Cessons donc de nous plaindre, si la civilisation ne marche 
que la face voilée du masque de l'hypocrisie ; si les liens de fa- 
mille sont si fragiles; si la fraternité n'est qu'un vain mot, la 
bonne foi une duperie. Voyez, en effet, toutes les précautions 
en usage dans les moindres transactions : que trouvez-vous au 
fond du traité? la confiance? Non ; une défiance injurieuse aux 
deux parties, et dont chacune d'elles s'accommode de la meil- 
leure grâce du monde. civilisation ! 

Âh ! ce n'est pas ainsi que les choses se passeraient si cha« 
cun occupait dans la société sa place de prédilection ; si dans 
ses services il apportait cette loyauté conciliante qui est comme 
la poésie des intérêts matériels ; si, en un mot, la pratique de 
l'éducation suivait la voie que nous lui avons tracée. 

Ce n'est donc qu'en passant par nos écoles que les hommes de 
l'avenir pourront accomplir la tâche qui leur appartient ; celle de 
déblayer la voie sociale de ces aspérités qui, entravant la marche 
de l'humanité* sont cause de toute confusion, de tout désordre. 

Ainsi donc, qu'un père eu vertu de son autorité, mû par un 

sentiment quelconque, s'obstinât à repousser les bienfaits de 

l'éducation que la sociétémettraitàladisposition de ses enfants, 

il commettrait un infanticide moral en même temps qii'uu crime 

de lèze-uation : c'est pire qu'un abus d'autorité. Et voilà ce que 

la société serait condamnée à tolérer! Non : elle doit protection 

à l'enfant, elle doit se défendre des suites pernicieuses des 

caprices du père. 

Du reste, examinons attentivement de près le principe de la 

11 



— 102 — 

puissaoe^» patarnella, ei nous comprendrons mieux Tétofidiie 
de la déférence qui lui est due. 

La puissance paternelle fésulte d*un devoir que la nature a 
imposé aux parents d'alimenter, d'éduquer leurs enfants, de les 
protéger contre leurs propres actes et même contre les actes des 
autres, pendant le temps qui sépare le jour de la nakmnce du 
jour où le jeune hamme est apte à devenir lui-^méme chef de fa- 
millêj et par conséquent à protéger lui et les siens. 

Or, tout devoir comporte un droit; l'exercice de ce droit con- 
siste dans les moyens d'accomplissement du devoir ; un pèr# t 
donc le droit de réprimander sou fils» de nos jours même, de 
lui infliger des châtiments corporels pour le guider dans la bonne 
voie : dans ce cas, le droit est direct. Mois, quand les moyens 
de protection, de direction, ne peuvent être mis m praiiqui 
sans atteindre une tierce personne, le père n'exerce pas son 
droit directement, il est obligé de faire intervenir la société te* 
présentée par le corps judiciaire. 

La société se réserve donc le droit d* examen dans les actes 
de la puissance paternelle dans tous les cas où elle y est iuté- 
ressée; cette puissance est donc toujours subordonnée aux 
droits de la société ; elle n*est donc véritablement puissance qn^ 
dans les actes qui n'empiètent pas sur ces droits. 

Ainsi, puissance paternelle ; exercice d'un droit pour aceoin^ 
plir le devoir d'alimentation, de protection, de direction, jus- 
qu'à ïâge de majorité^ en tant que cette puissance n'usurpe 
pas les droits de la société. 

. Or, s'il vient un moment où la société trouve qu'il est de soii^ 
intérêt de prendre à sa charge le droit de direction, dès ce mo- 
ment il y a modification dans les droits qui constituent la puis* 
S9nce paternelle; la société absorbe la totalité ou une partie de 
ces droits. Ce ne serait pas, du reste, le seul cas où la société 
agit en souveraine, à l'encontre de la puissance pj^ternelle : nous 
voulons parler du service militaire. Dans ce cas, la société con- 
suUe-t-elle les pères? Prend-elle même en considération une 
aptitude précieuse, un avenir brisé peut-être? Aucunement; ejle 
exigé, on défère; ell^ ordonne» on obéit. 



— i«3 ^ 

fille âeeordi^, U est vrai, des moyens de rédemption da poids 
de ces services; mais à qui cette condescendance profite-t-eUe? 
A eeui qui peuvent la payer à prix d'argent; et aux autres? 
Ceiix.-ci subissent irrévocablement la loi : Lex dura^ sed leXf 
Cependant quel immense sacriflce à imposer à un père de fa- 
mille quie le forcer à abandonner, irrémissiblement, la vie dé 
s^6 enfants l Néanmoins, c'est un tribut que chacun paye : 5a- 
lus populi mprema lex e$tç, dit la sagesse des nations, et il 
faut subir cette loi. 

Quelle raison y aurait-il donc de résister à la loi qui impose 
une éducation modelée sur un système qui, au suprême degré^ 
intéresse le $alut de l'ordre social? Oui, quelle raison, alors 
que l'obéissance, loin d'être un sacrifice pour le père, n'es| 
autre chose qu'une déférence tout au profit de Tenfantet mémo 
de U fjimille? Eh bien! la résistance constituerait un abus telr 
Ji^ent exorbitant qu'elle ferait sentir son effet, non-seulement 
pendant le temps naturel et légal de r exercice de la puissance 
paternelle; mais evcq^e lomotëups 4pbès qu'aurait sojnné l'he^rb 

DB l'indépendance DE LpNFANT, ET MÊME PENDANT TOUTE UNE LONt 

l^ui yp:. Or, cette hypothèse sa réalisera infailliblement toutes 
Jes fois qu'une profession sera directement ou indirectement 
ii)9po^ée par son père à un enfant né avec une aptitude qui ne 
sera pas en rapport avec la profession : par suite, voilà toute une 
vie de dégoût; voilà, en même temps, un cas de préjudice social 
de par la puissance paternelle. 

Evidemment donc, tant que l'abus subsistera, la vie profes- 
sionnelle d'un individu, contrairement aux principes providen- 
tiels, appartiendra plutôt à son père qu'à la société, qu'à lui- 
même. 

Si c'est bien là que conduirait la résistance d'un père de 
famille à la loi qui lui imposerait l'obligation de livrer son en- 
fant à la direction de la société, quelle raison admissible jus- 
tifierait cette résistance? L'insuffisance des ressources étant 
écartée, il ne reste plus contre le droit social que la raison du 
préjugé. 

U a'^st pas déraisonnable de prévoir, en effeti que la résistance 



— 164 — 

se montrera de moins en moins tenace, de la part des familles 
pauvres, à mesure que Taisance gagnera les positions nécessi- 
teuses et lorsque, au surplus, des règlements bien entendus, 
et dont Texécution sera rigoureusement surveillée, auront con- 
cilié les travaux des enfants dans les campagnes et dans les ate- 
liers (si tant est qu*il y ait encore lieu à l'emploi des enfants 
dans ces spécialités) avec les exigences de la culture de l'in- 
telligence. Si dans la misère on ne se préoccupe que de la 
pensée de pourvoir aux besoins matériels, dans l'aisance le 
cercle des idées prend de Textension, et un peu d'amour-pro- 
pre, un peu de vanité, un peu même d'ambition, un peu de 
tout cela finit bien par trouver place dans ce cercle. Or, Va- 
mour-propre d'avoir des enfants bien élevés ; la vanité de les 
voir en contact, en rivalité avec les enfants du riche et, quel- 
quefois même, plus avancés dans les études ; l'ambition d'ail- 
leurs légitimée par la certitude que la condition sociale du jeune 
homme sera toujours en rapport avec sa capacité, en voilà suf- 
fisamment pour vaincre la résistance dans les positions aux- 
quelles nous faisons allusion. S'il fallait appuyer nos appré- 
ciations par des faits, nous n'aurions qu'à appeler l'attention 
sur ce qui se passe de nos jours au sujet du milieu dans lequel 
se recrute le clergé de France, qui n'en est pas pour cela moins 
estimable. 

Le préjugé, nous l'avons dit, sera donc seul tenace, et il le 
sera tout au moins jusqu'à l'époque où les effets de l'éducation 
par la société seront venus mettre en évidence les ridicules et 
les inconvénients de l'orgueil et les avantages de la méthode. 

Il est aisé d'apercevoir , sans même se donner d'autre 
peine que de soulever un coin du voile, qu'une cause hiérar- 
chique influe essentiellement sur la détermination qui préside 
au choix de certains père de famille parmi les carrières aux- 
quelles ils destinent leurs enfants. 

Plusieurs, il fut un temps, ne permettaient à leur progéniture 
masculine que la carrière des armes ou celle de la prêtrise; 
quelques-uns consentaient à lui laisser aborder celle de la judi- 
cature, un petit nombre admettaient les pratiques du barreau. 



— 165 - 

Mais les mêmes, qui se montraient si faciles, auraient cru voir 
une tache sur leur blason si quelques-uns de leurs enfants 
avaient embrassé la profession de médecin. Et combien qui, 
au temps où nous vivons, se préoccupent encore, au sujet de 
la savante profession de chirurgien, du souvenir pourtant bien 
suranné des pratiques de Figaro ! 

Depuis, les choses ont bien un peu changé, il est vrai ; 1815 
s'est chargé de réhabiliter des positions dédaignées avant cette 
époque par quiconque tenait à un relief d'aristocratie : la poli- 
tique commandait les moyens d'enrichir la noblesse que 1789 
avait dépouillée, et les administrations des contributions indi- 
rectes, des douanes, des postes, de la police même, reçurent 
un contingent notable d'employés qui de leur pavillon couvri- 
rent la marchandise, soit dit sans intention de sarcasme. La 
noblesse d'épée ne dédaigne plus la noblesse de robe, et si l'une 
et Tautre consentent, non sans quelque restriction mentale peut- 
être, à s'allier avec la noblesse de finance et avec celle qui porte 
fièrement le blason de la science et des arts, Tesprit public ne 
tient plus compte du prestige antique : déjà, selon le profit que 
la société retire des services de fhomme, elle le classe dans son 
estime, sans considération pour le préjugé. 

Ce progrès est d'une signification qu'il n'est pas sans impor- 
tance de signaler ; mais le mot progrès ne signifie pas déména- 
gement définitif du domaine du préjugé dans celui de la raison ; 
il signifie acheminement. Or, la distance à parcourir entre Tétat 
de choses actuel et celui auquel on tend est notable , du 
moins au premier coup d'œil : la bourgeoisie, toute vague que 
soit aujourd 'huila portée héraldique de ce mot, n'a pas moins à 
faire que l'ancienne noblesse. G'est.que chez elle la dérogation 
n'est pas couverte par le prestige qui s'attache encore à l'aris- 
tocratie jusque dans les conditions de fortune les moins favo- 
rables, sans compter la puissance de l'esprit de corps ; il faut 
à la bourgeoisie, qui n'est pas soutenue par cette même force, 
le relief de ses œuvres e.t l'éclat de la fortune, pour acquérir un 
prestige individuel. 

L'esprit de féodalité est donc encore loin d'avoir perdu de 



- 160 ^ 

son influence sur l'appréciation héraldique des i)f ôfëSsîolis, et 
cependant à quoi tient cette opinion? 

Raisonnons ; 

Qu'est-ce qu'une profession ? 

Une profession, quel qu'en soit Fobjet, n'est âUtfe chose 
qu'une pratique au service (Tun besoin social; besoin de con- 
servation, besoin de civilisation t le service, voilà le but, la 
pratique, n'importe laquelle, voilà le rtioyen ; or, comme lapra* 
tique ne fonctionne jamais dans des vues désintéressées, le but 
et le moyen se confondent toujours dans le salaire. 

On concevrait que le but et le moyen reçussent une distinc- 
tion par le fait du désintéressement ; mais la société n'a paâ 
besoin d'une telle abnégation, et elle ne l'accepte pas* 

On concevrait encore une divergence dans le but et le moyeB, 
si les besoin sociaux admettaient une classification hiérdrchiqoA 
qui donnât le pas à l'un sur l'autre; mais cette préséance dis* 
paraît devant l'exigence tyrannique et simultané des besoins 
dont aucun ne fait le sacrifice de son service au profil de 
l'autre. 

Chaque profession, on peut donc le dire, ti'est que l'humble 
esclave d'un besoin quelconque, tous souverains au même degrés 
sinon que les plus matériels sont les plus despotes. 

Or, qu'on nous dise quelle est par rapport à tiu maître là 
hiérarchie de l'esclave. 

Les services sont donc tous dus à la société, à un degré égal 
d'empressement, de précision, de déférence : les besoins n'étafll 
que divers, les services ne sont que divers, les pratiques n'ont 
donc pas entre elles d'autres caractères que les services; h 
hiérarchie dans les professions est donc chose absurde. Celle 
classification prête à rire, de même que les prétentions héral- 
diques des courtisans prêtent à rire à un despote; m soufflet de 
la main de celui-ci nivelle tous les rangs. 

Pour être logiques, nous devrions admettre que les profes- 
sions les plus hiérarchiquement élevées sont celles sans le con- 
cours desquelles les autres ne sauraient fonctionner : avant 
toutes donc, les professions du tuineur et du bûcheron , ces 



- 167 - 

àêttx profeisioBs repr^sententrindispensable utilité,* pasdepra* 
ti<p]esprofessionnelles sans instruments, sansoutilspas d'instru- 
ment, pas d'outil qui ne leur doive ses éléments constitutifs. 

Sous ufl autre point de vue, la préséance des professions 
Il est pas moins injustifiable : il pourrait bien se faire, en effet, 
que plusieurs professions, parmi celles qui sont le plus en hon- 
neur aujourd'hui, subissent tôt ou tard le sort de quelques-unes 
qui, dans des temps plus ou moins éloignés de nous, étaient 
prisées par-dessus toutes les autres. Or, que sont devenues ces 
industries de magiciens, d'astrologues, d'alchimistes dont ce- 
pendant l'ignorance des cours élevait le praticien au faite des 
honneurs? Que sont devenus ces abbés d'une époque plus ré- 
cente? L'industrie qui avait pour objet la reproduction des 
litres à la main, avec le faste des enluminures, industrie impor- 
tante des temps anciens, et tant d'autres, cortège suranné de la 
féodalité, ont dû s'effacer devant les progrès des lumières et de 
la dvilisation. 

Eh bien! si venait à s'établir un régime d'institutions sous 
l'empire duquel la propriété serait sans opposition comme In* 
féodée à ceux qui la possèdent, le capital commercial mis à la 
disposition de tous ; chaque individu à sa place providentielle 
et trouvant dans sa position attraits et profits, faisant son affaire 
propre du maintien de cet ordre social qui garantit à lui-même 
et il sa famille bien-être et sécurité; si, enfin, était adopté le 
régime du crédit foncier, dont tous les avantages que nous ve« 
nons d'énumérer ne sont que le corollaire, quelle serait la né- 
cessité de la force armée en permanence, de la police même? 
Qu'atirait*on k faire de cet arsenal de lois, sinon un musée de 
curiosités pour l'antiquaire et l'historien? Et, par suite, com- 
bien de professions honorées de nos jours, qui, n'ayant que 
|>eu ou point de raison d'être, disparaîtraient absolument ou ne 
resteraient que privées de ce relief dont les parent les besoins 
de notre époque ! Or, cet avenir serait la conséquence de la 
cicatrisation de la plaie sociale d'où s'écoule ce pus inunonde 
^ODt s'alimentent tant de spécialités professionnelles. 

Maintenant, voyez comme nous sommes logiciens : c^est à 



— 168 — 

ces professions fatales que nous donnons le pas sur les profes* 
sions fécondes, utiles, indispensables même, providentielles eu 
un mot. 

Du reste, sous Finfluence de notre système d'éducation le 
préjugé subira virtuellement une modification infaillible, même 
chez les plus obstinés ; voyons ce qui devra se passer. 

Les enfants, on le sait, sont naturellement portés à l'imita- 
tion, et c'est justement ce penchant qui constitue plus particu- 
lièrement leur éducabilité. Il est donc indubitable que, dans 
Técole communale, ceux surtout qui seront doués de rintelii- 
gence la plus complète se montreront les plus empressés k 
prendre part à ces travaux qui intéressent la capacité physique 
à différents degrés. Bien plus, nous croyons que ce serait leur 
infliger une bien rude punition que de leur interdire, pendant 
les heures de loisir, Taccès des ateliers. 

Or, par la pratique des ateliers chacun de ces élèves pourra 
comprendre ce qu'il faut d*habileté et de persévérance pour sur- 
monter les difficultés d'exécution. Eh bien I c'est avec ces 
impressions et uu exercice personnel plus ou moins perfectionné, 
selon sa spécialité, que Télève entrera dans le monde. Là, vous 
l'entendrez juger les opinions inspirées par les préjugés* et 
vous verrez si ces préjugés influeront sur ses sympathies. 

Au surplus, comme c'est dans les écoles communales que, 
pour la plupart du temps, se révélera l'aptitude, nul ne peut dire 
à l'avance quel sera l'objet prédilectionnel auquel un élève ap- 
pliquera les facultés de sou intelligence. Et pourquoi des intel- 
ligences du premier ordre dédaigneraient-elles de céder à la 
prédilection, quel qu'en soit l'objet? Est-ce que ces grandes in- 
telligences ne trouvent pas toujours le moyen de donner du relief 
à toutes choses ? Personne, même de son temps, ne s'est avisé 
de faire un crime à Molière d'avoir préféré à la carrière, du bar- 
reau la pratique de l'art dramatique, et nul ne songera à dé- 
plorer que Bernard Palissy ait concentré toute la vigueur d'une 
grande capacité à pétrir et à convertir l'argile en chefs-d'œuvre 
jugés dignes de figurer parmi tant d'autres qui décorent les pi- 
lais de nos souverains. 



— 169 — 

Si dans les écoles communales les aptitudes se spécialisent 
d'elles-mêmes, la responsabilité ne peut donc en peser sur qui 
que ce soit, pas même sur le sujet, à moins qu'on ne le rende 
responsable de n'avoir pas lutté contre sa destinée : énorme 
étrangeté, en effet! non moins énorme que celle de voir un 
fleuve ne pas s'obstiner à remonter vers sa source. 

A vous donc, pères de famille, à rabaisser alors Thumble pro- 
fession dans laquelle vos enfants déploieront une capacité, un 
talent qui leur donnera considération et fortune. 

Du reste, tout le mérite de l'artiste ne consistera pas seule* 
ment dans Thabileté professionnelle. A la sortie définitive des 
écoles, un sujet apportera dans les relations sociales, outre le 
relief d'une intelligence cultivée, celui d'avoir dépouillé cette 
enveloppe grossière dont l'ignorance revêt le sujet inculte : il y 
apportera cette urbanité qui est la manifestation du respect de 
soi-même et de la connaissance de «e qu'on doit aux autres ; 
cette assurance modeste qui est le propre du talent et de la con-^ 
science de ses droits. Posé de la sorte au niveau de toutes les 
positions par Téducation qu'il aura reçue, il se trouvera, en 
outre, dans sa spécialité, à une hauteur à laquelle n'atteindront 
pas les hommes qui appliquent leurs facultés à une spécialité 
différente. Ainsi sera chacun dans sa position individuelle ; ainsi 
il sera dans ses rapports avec les autres ; ainsi, la profession 
elle-même reflétera le prestige de l'art et celui de Tartiste. 

Mais cet avenir est-il donc tellement phénoménal qu'il n'ap-> 
paraisse que dans les vagues incertitudes du lointain? Qu'on se 
rappelle avec quel dédain était traitée, il n'y a pas encore si 
longtemps, la profession de comédien. Eh bien! sous l'empire 
même du préjugé. Talma, Nourrit, Dupré, M"' Mars, M™® Ma- 
libran ont été l'objet des attentions les plus délicates de la part 
des têtes couronnées de l'Europe, et la Russie même a payé 
naguère à Rachel, la tragédienne, un tribut d'admiration, de 
richesses, et surtout d'égards, qui non-seulement efface jus- 
qu'à la moindre nuance de la ligne de démarcation , mais encore 
pose le talent sur un piédestal du haut duquel il domine la région 
46 Tor et des titres. 



- 470- 

Att syrphls, portons nos regards vers les résidUite de ces 
expositions qui ont groupé dans les cités de Londres et de 
Paris, les chefs-d'œurre de l'industrie unlrerselle, 

Croit-on que ces habiles ouvriers, dont les œutres ont excité 
Tadmiration de luniters civilisé, aient bien à envier le prestige 
dont certaines professions entourent leurs praticiens, eux qui 
ont été Tobjet de distinctions qui les elassenl parmi les hom- 
mes d'élite de toutes les nations du globe? L'amour-propre de 
rhomme qui doit sa considération à sa fortune ou à sa mv^ 
sance, du magistrat, de l'administrateur, du diplomate, de l'é- 
crivain et du savant; a-t«il jamais reçu une plus éclatante salis-' 
faction? Quel père résisterait à l'impulsion de l'orgueil efl 
toyant son fils si haut placé dans l'estime de ses concitoyens f 
Quel père s'aviserait de déplorer que cette honortd)le miisk 
n'ait pas un autre piédestal? 

Au demeurant, si Ton veut se donner la peine d'énumérer 
les hommes de mérite, d'origine plus ou moins aristocratique, 
qui se sont Youés à la pratique des arts, à Tindustrie même, 
dont on laissait dédaigneusement, il ftit un temps, l'exercice k 
la bourgeoisie et aux vilains, on pourra reconnaître que le pré^ 
jugé a déjà reçu de rudes secousses, et que cet arbre parasita 
ne tient plus que par des racines sans vigueur^ incapables de 
résister longtemps au vent de la civilisation: dès que commen* 
cera à poindre la moindre lueur de Thifluence que rédocation 
parla société exercera sur les opinions, sa chute est inévitable. 

En tout cas, le préjugé tombera de lui-même, lorsque se ma^ 
flifestera Tinfériorité professionnelle du sujet que les parents 
auront égaré dans une vole qu'il n'était pas destiné à parcoti- 
rir, par la comparaison dé l'habileté de celui-ci avec celle de 
nos élèves ; et, au surplus, nos élèves eux-mêmes se donneront 
le soin de faire justice de ces aberrations. Lorsque surviendra 
le jour des comices pour l'élection de leurs magistrats; n^ayaot 
pas k séparer leurs inléfôts individuels des intérêts sociaux^ ils 
sauront, sous l'insplrotion des souvenirs de l'école, apprécitr 
l'homme de mérite, et ils iront chercher, là où il se trouvera, 
l'esprit intelligent, judicieux et avant tout pmiique, fti-â'aUlettDs 



lé9 (^kHik an eâûâldat se tnôiKf emt f ehMèdéêl par m «flf ae« 
tèré fertile et recomtnandé^s par tifiè fiotable tnoralité. 

Teii seront pour ettx left titres à Id faveori 

Mais arant que teiie ère de râlsôa de resplefidisM, faiidf a^ 
t-il s'arrêter devatit des obstacles aussi puérils ()U6 ceux que 
pourrait élevéf , au détrimeût de Tordre social, la susceptibilité 
des parents? 

Gofflflie tihe contrainte eiei'cée âvânt l'effet des leçofi^ dé 
l'expérience pourrait inspirer des craintes pour ce qu'a defeS^ 
pectâble \è principe de l'autorité paternelle ne dépassant pas le 
cercle de ses attributions i nous ferons une concessioii iftomense 
à l'arbitraire des familles^ Qu'on leur abandonne donc la direC' 
tioft professionnelle de leurs enfants : sênlenoient, il cotlvietit de 
soumettre lé libre arbitre d'un père atix coûditions suivantes, 
dont nous prenons à tâche de justifier l'équité : 

1® Impôt de cinq cents francs payé annuellement pendâflt 
les huit années correspondant aux huit années des études élé' 
metitaires ; 

â* Refts de la gratuité de Téducstiou préparatoire et défi^ 
tiitite aux pàretits qui Se réserveront arbitrairement le choix de 
la carrière professionnelle de Murs enfatits, élevés oU non Jusqu'à 
Vâge de quinze ans dans les écoles de l'État $ 

3* Règlement qui établisse que les contingetiti de l'armée 
de terre, tout restreint qu'eu doive être le personnel eu hommes 
ÈmiÈ les drapeaux, et les contingents dd service de la mariné 
iflllitaife, qui tendra tous les jours h acquérir plus d'extension, 
Seront pris avant tout parmi les jeunes gens qui ne seront pas 
élevés, jusqu'à parfaite éducation, dans les écoles sociales. 
Qu'on laisse subsister la faculté de se rédimer de ces services 
moyennant une rétribution ! L'État profitera du montant de ces 
sommes, qui seront appliquées au dégrèvement des frais de l'é- 
ducation universelle. 

Cette dernière disposition, contre laquelle, de nos jours, ou 
serait mal venu de récriminer^ atteindrait ceux qui, par instiffl- 
sauce de fortune, ne pourraient être contraints de payer la ré- 
tribution de cinq cents fk^ancs, et nous ne doutons pas qu'elle 



— 172 — 

ne ftt d'une efficacité décisive : en elle-même, elle aurait 
pour effet d^assurer aux hommes dont la jeunesse a manqué 
d'une direction dans le sens social une éducation pratique et 
morale, en ce sens qu'elle inculquerait sévèrement dans Tes- 
prit les principes de discipline, d'ordre par conséquent, et sur- 
tout d'honneur et de probité, tels qu'ils se pratiquent dans toutes 
les spécialités de nos armées. A ce point de vue seul, la me- 
sure qui est indiquée par cette disposition serait parfaitement 
justifiée. 

Quant à la seconde, elle trouve sa justification dans cette 
simple raison, que la société n'a point à faire les frais d*une 
éducation sur laquelle elle n'exerce aucun contrôle. 

Pour faire sentir enfin l'esprit d'équité de la première, nous 
disons : l'intérêt qu*a la société de se réserver exclusivemeiU 
l'éducation est d'une gravité telle qu'elle ne saurait sans dan- 
ger, nous le voyons bien de nos jours, se reposer de ce soin 
sur qui que ce soit ; donc à elle seule le droit d y vaquer. L'a- 
bandon qu'elle fait de ce droit en faveur d'un père de famille 
constitue par conséquent un privilège immense. Or, si ce privi- 
lège n'est pas accordé à titre de faveur, s'il n'est pas accordé à 
titre de droit, il ne peut l'être à titre gratuit. 

Au surplus, suivant l'importance qu'un père attachera à user 
du droit que la société lui abandonne, il payera ou ne payera 
pas la contribution. Son choix fait, il serait malvenu de crier k 
la contrainte, car on dirait à celui qui préférera payer l'impôt : 
a C'est un sacrifice que vous faites à votre vanité, et puisque 
vous mettez cette valeur au-dessus de l'argent, vous retirez 
du marché plus que la compensation du sacrifice qu'il vous 
est loisible de ne pas subir. » 

A celui qui livrerait en récriminant l'éducation de son enfant 
à la direction des écoles sociales, on répondrait : « Si vous ne 
pouvez nier que le jeune sujet ne soit dirigé d'une manière 
profitable, vous tombez dans le ridicule; si, au contraire, se- 
lon votre appréciation, la voie dans laquelle on le conduit est 
pernicieuse, vous! êtes un père dénaturé, car vous préférez 
votre or au bien-être moral de votre enfant. » 



— 173 - 

La contribution que nous prescrivons, à rencontre de la ré- 
sistance des pères de famille, est donc bien évidemment une 
pierre de touche qui constatera le titre des scrupules paternels. 

Enfin, si Ton reprochait à la mesure que nous proposons 

d'être acerbe en ce qui touche Tobligation du service militaire» 

nous répondrions que Tinstitution existe de nos jours, qu'elle 

est imposée sans égard pour les goûts du jeune soldat ou du 

jeune marin ^, et que personne ne songe à récriminer. 

Nous dirions encore qu'un père qui préfère, quand il le peut* 
payer l'impôt, a fait son choix, et qu'il prend la responsabilité 
de la préférence ; que celui qui ne peut le payer a le moyen de 
soustraire ses enfants à la condition absolue du service mili- 
taire, et que s'il dédaigne ce moyen, sou choix est fait aussi à 
chaire de responsabilité. 

Mais qu'est cette responsabilité d*un père, à rencontre de 
celle d'avoir dirigé son fils dans une voie qui peut n'aboutir à 
aucun but pratique, ou d'avoir enserré les actions profession- 
nelles de celui-ci dans un cercle où il ne trouve que dégoût? 
Heureux si la piété filiale refoule le blâme dans le sein de la 
victime I 



CHAPITRE X. 

DE l'éducation de LA FEMME. 

Les institutions qui doivent constituer la prospérité publique 
apporteront assurément une modification non moins profonde 
dans les principes, les opinions, la civilisation, que dans les in- 
térêts matériels des individus et des familles. Or, s'il est incon- 
testable que l'être humain ne soit complet qu'à deux, il est de 
toute évidence que la position sociale de la femme se ressentira 
profondément de T influence de ces institutions; sous peine donc 
de désharmonie, de disparate choquant entre les deux moitiés 
du genre humain, il deviendra indispensable de donner à Tédu- 

■ Ed Prusse, le remplacement n'esl pas admis, le service personnel est 
obligatoire. (Voir JUont^r du 30 janvier 1855, Exposé des motifs du proija 
de loi relatif à la création d'une dotation de Varmée^ etc., p. 118, V* col., 
4* aUnéa.) 



Mm 4â li fourni oiui fUreetiaii qm aibouUsH w iNit i^onmun. 

Pour y r^usiir, ueu« oe pepsons pis qu'il y lU nécessité 
à^fAopiêf m ftttra Systems que c^ImI qse nous vesons d'^i^pot 
ssr { hm prsiique #t pior^lité, oaoyeQs ratioanelf et amplâs, tel 
#st Tssprit, tells est rorgsnisstion de ^a système. Or, le )){itet 
le meyep ne font nttUeni#at obstsele k l'emploi de ces ménage* 
ments, de estte délicatesse de tact qui doivent présider à m^ 
direction appropriée ai) earaetère, à Torganisaiion, k la sensi- 
}Hlité morale d§ la fmm^ i quelques modifications de détails 
bien entendues suffiront dons pour adapter no§ prioeipeç d*é^ 
dttcatipn h ii^ette spécialité d^ direction. 

On reeennattra qu'il ne peut entrer dans notre sujet dHn- 
diquer ces pratiques de détail) nous noua bornerons donc à ea« 
simples observations, relativement à Téducation de la femm. 



^B 



DES voies Bf BEB MOTBMS. 

§"• 
BUDGET DES DÉPBMSES.' 

Avant d'indiquer où prendra les ressources au moyen des- 
quelles pourra étri soldé te budfit àê Tiustruction publique 
ç9PHituée dan^ l^S vastes proportions guo nou§ avons données 
à riRstitution, |1 serait à propos de conpaitre le chiffre auquel 
doivent s'élever 1^$ frais de premier établissement, ce qui est 
asse;^ difficile ^ ; le nombre de professeurs employés dans l'en- 
semble de$ écoles, nombre dont Texpérience seule peut kire 
apprécier rjmportaoc^e, #t, ^wfin, le nombre des élèves présent^ 

* Écoles élémenuires, à raison d'une école par trois communes. 12,346 

Écoles préparatoires des arts et métiers, une par caotoB s^844 

teoles préparau>ires si^périeures, à raison d'm^ par département. $& 
Écoles définitives, arts et métiers du 1«' degrés une par arrondis- 
sement 363 

JttOles spéciales des seieaoes et soienees et arts, en tout soo 

Total des écoles 1^^839 



^ 175 ^ 

44W ]$$9fmm mii^% d'éMid^ (de sapt à vipi^un ao^) pour les 

capacités le^ plus coruplèteg, 

S il n'est pas impossible de dire quel sera le nombre d*élèyeg 
^à\m anpuiellement dan^ les écoles éléroeptaires^ et» par cpn- 
^qami, combien pourraient être présents pendant le temp# 
des études les plus étendues % on ne saurait, jusque ce qu^ 
J'expérieope aU dOPUé la clef du problème^ préciser çombiep 
4ç çau^ compris, soit dans la catégorie des capacités purement 
physiques, soit d^ns c^Ue des capacités mixtes, auront comr 
piété leur instruction respective, et sortiront dans rintervajle à 
la fin de cbaqpe année. Y aurait-il ou non compepsatM)n dans 
le nombre des entrants et des sortants? 

Mai^ possédât- on les documents les plus précis sur pe 
point, ces documents ne suffiraiept pas pour calculer le mon- 
tant des frais d'entretien à la charge de TÉtat : il ne faudrait 
rien moips qu un recensement général de toutes les fortunes 
particulières pour ppuyoir dire quelles familles peuvent pour- 
voir a l'entretien complet de leprs enfants pendant le t^ps des 
études, quelles pe peuvent y suffire que partieljemept, quelles 
autres, ^nfin, sont dftPS Timpossibilité de faire k cet égArd If 
moindre sacrifice. 

}l ne faudrail; pi^s ^^^pepdapt se faire une idée exag^ré^ du 
Qxoptant d^ çés frais d'éducation ; ils seront nuls Pu presque 
puis 2 pour les çnfapts qui fréquenteront les écoles élémpptair^s , 

* Les naissances en France, déduction faite des morts, s*élèveut annuel^ 
Jument aa noi^bF^ de VT0,060 en&niâ des deux sexes, ^avoir t moitié plus 
l/S pouf lesgafçofîs. 

En faisant le calcul ii^diqué pajge ^35 de V Annuaire du Bureau deslongi- 
iudes potir Tannée 1854, on trouve que le nombre des çnfanis survivants à 
Tâge de sept ans s'élève à 689,541, et qu'il n'est plus que de 607,746 à Tàge 
i^ viiigtrUQ ans, |Lâ moyenne entris ces deux nombres donnerait pour ré- 
suUat 648,678 enfants, garçons et filles, savoir : 364,164 garçons, représen- 
tant le nombre d'admissions annuelles aux écoles élémentaires: ainsi, pen- 
dant les quinze années d'études, le personnel des élèves présents dans toutes 
les écoles serait représenté par 5,473;e60 élèves, en ne tenant pas compte du 
nombre des sorties survenues dans Tintervalle par suite d'éducation oi| 
d'apprentissage complet, selon la spé*;ialité de profession correspondant à 
rétendue de la capacité des jeunes sujets. 
' La moyenne de l'entretien complet des enfants prouvés s'élève annuel- * 



— 176 — 

attendu que, Thabitation des parents se trouvant à proximité des 
écoles, le régime de l'externat sera adopté pour tous, sauf de 
rares exceptions. 

Ce même régime sera également mis en usage, dans les mêmes 
conditions de proximité, pour les élèves des autres écoles de 
n'importe le degré et la spécialité. Or, le nombre de ces ex- 
ternes ne pourra manquer d'être fort important, attendu que 
ces écoles seront généralement situées dans les localités ou 
les villes où se groupe la majeure partie de la population fran^ 
çaise. 

On voit donc combien se restreint le nombre des élèves aux- 
quels il y aura lieu d'accorder l'entretien soit partiel, soit corn* 
plet, et assurément ce nombre tendra tous les jours à se réduire 
à mesure que l'institution du crédit foncier étendra son influence. 
Mais, si Ton ne perd pas de vue les résultats économiques de k 
vie en commun, on admettra facilement que l'entretien même 
complet, après la dépense du trousseau, dépassera à peine le 
chiffre de 200 francs * par élève. 

Quoi qu'il en soit de ces appréciations, il est actuellement 
impossible de traduire par un chiffre absolu l'article du budget 
correspondant à cette condition de gratuité. 

Nous ne pouvons encore baser que sur des hypothèses plus 
ou moins exactes le montant de l'article relatif aux honoraires 
des professeurs. En supposant que le nombre s'élèverait, l'un 
portant l'autre, à dix par école, le personnel des professeurs se- 
rait représenté par 158,590 sujets % lesquels payés à raisoa 
de 2,000 francs l'un, qui plus qui moins, absorberaient une 
somme dont le montant ne serait pas moindre de 316^780,000 
francs par an. 

Quant au montant de l'entretien des édifices et du matériel 
des écoles, il faut renoncer à en donner, par les chiffres, une idée 

lement à la somme de 82 fr. 04 c. (Voir la Statistiqtie de la France^ pubUée 
parle ministre du commerce, années 1824 à 1833, page 37). 

1 Cest à peu près à ce chiffre qu*6st abonnée la dépense de chaque élève 
^ dans les lycées. 

s Voir la note de la page 174. 



- 177 — 

même approximative , Texpérieuce seoTe peut aboutir à faire 
apprécier Timportauce des frais auxquels donnera lieu cet en« 
treUen. 

Mais que coûtera ce matériel , que coûtera l'édification des 
divers bâtiments? 

Ce chapitre des dépenses ne doit pas entrer annuellement en 
ligne de compte dans le budget de l'éducation publique : les 
édifices une fois bien établis, le matériel une fois acquis, les dé- 
penses d'entretien y figureront seules tous les ans. 

Néanmoins, faut-il bien, une fois pour toutes, tenir compta 
des frais que nécessiteront et Tachât des terrains et les con- 
structions de toutes sortes. 

Nous allons essayer d'en donner une idée, 

D'abord, nous observerons qu'il serait abusif de mettre la 
main à l'œuvre afin d'élever un bâtiment neuf pour chaque 
école; les édifices déjà destinés aux collèges communaux, aux 
lycées, aux écoles spéciales peuvent parfaitement être utilisés, 
et, à peu de frais» être appropriés à la nouvelle destination. 

Au surplus, un grand nombre d'édifices publics qui devien- 
dront sans objet sous le régime dont le crédit foncier est la base 
pourront également, moyennant des modifications peu coû- 
teuses, convenir très-bien à l'établissement d'une école, et il y 
a lieu de penser que, sauf quelques édifices à construire dans 
les chefs-lieux de canton et ceux qui doivent devenir le siège 
des écoles élémentaires, la dépense en frais de construction 
pour les autres ne sera pas d'une très-grande importance. 

Mais quant aux édifices destinés à loger les écoles canto- 
nales et communales, nous reconnaissons que tout est à faire 
au moins pour les écoles communales, et qu'en raison des pro- 
portions à donner à ces édifices, les frais de construction doi- 
vent constituer une dépense énorme dans la totalité. 

Enornie, c'est donner Tidée d'une valeur considérable, mais 
ce n'est pas préciser un chiffre, et nous avouerons qu'à ce sujet 
nos prévisions sont aussi vagues qu'elles l'ont été pour les cha*- 
pitres précédents de notre budget scolaire. Du reste, faut-il s'é- 
tonner s'il en est ainsi dans une institution oii tout est à créer» 



- 478 - 

jusqu^à rinsiitution même, alors que, pour régler te budget des 
dépeuses relatif à notre vieil ordre social, on ne base les calculs 
que sur des prévisions, sauf à renvoyer à plus tard le règle- 
ment définitif ^. Quoi qu'il en soit, si les dépenses de toute na- 
ture qu'occasionnera notre système d'éducation peuvent s'élever 
k une somme considérable, nous avons à indiquer, pour y suf- 
fire, des ressources qui ne le sont pas moins. 

Nous allons les faire connaître, en commençant par celles qui 
doivent faire face aux frais de construction des édifices et du 

matériel des écoles, 

§11. 

BUDGET DES RESS0UBCE8. 

Quoique l'établissement de notre système d'éducation soit 
le complément nécessaire de l'institution du crédit foncier, ce- 
pendant la mise en pratique n'en est pas tellement urgente 
qu'il n'y ait opportunité à ne procéder à Torganisation de ce 
crédit que lorsque tout sera préparé pour l'ouverture des écoles. 
11 n'y a pas un moment à perdre pour doter la société d'un sys- 
tème financier dont les bienfaits doivent mettre un terme aux 
souffrances, et quelques mois suffisent par en opérer complète- 
ment l'organisation. Or, avant que remplacement où sera as- 
sise chaque école soit désigné et acquis; que les édifices y soient 
construits dans les proportions et conditions que nous avons 

1 On lit dans le Dictionnaire de Véconomie poHtique^ v* Budget^ page 3M, 
année tS53 : «Il est bon de remarquer que ce qu'on yient de voir a'esi 
qu'un budget provisoire. II est de règle qu'on détermine d'ayance et par 
prévision les dépenses et les recettes d'une année. Les recettes, donl\e 
montant peut varier plus ou moins, selon que les affaires ont été plus ou 
moins actives, et les divers impôts plus ou moins productifs, sont évaluées 
approximativement d'après celles des années antérieures; pareillement, les 
dépenses sont évaluées d'après les besoins prévus; mais les résultats ne ré- 
pondent jamais entièrement aux prévisions. En temps ordinaire, ils les dé-^ 
passent presque toujours, l^s recettes présentent toujours des excédants, 
parce que le produit des impôts s'est accru en raison de l'accroissement 
général de la richesse. Les dépenses excèdent aussi les évaluations, parce 
qu'il survient toujours des besoins imprévus; il y a donc lieu de revenir 
ensuite sur les premières fixations, et on y revient, en effet, par la clôture 
définitive de l'exercice; c'est ainsi que le budget de 1849^ qui avait été pro- 
visoirement arrêté par la loi du 3 juillet 1846, a été définitivement Uxé par 
Ut loi du 8 mars 1850. » 



-. 179 -• 

mdiquées» et ea état de recevoir le mobilier et le matériel 
classiques ; avant que l'instruction des maîtres soit largement 
complétée dans le sens du système d'éducation et de direction ; 
avant que, généralement, soient prises toutes les dispositions 
nécessaires pour Touverture des cours, un espace de temps 
s'écoulera qui, à notre avis, ne durera pas moins de cinq an-* 
nées. Si, pendant ce laps de temps, les réformes financières 
desquelles doit résulter, ainsi que nous le verrons plus tard, une 
immense économie dans les dépenses du budget de TEtat, n'a- 
vaient pas produit une réserve suffisante pour solder toutes les 
dépenses préalables, il serait facile, sans ajouter aux charges 
des contribuables, de disposer des ressources capables d'y 
suffire. 

On n'a. pas oublié, en effet, que l'intérêt à payer par les pro- 
priétaires fonciers s'élèvera annuellement à une somme qui, 
déduction faite des frais d'administration de la Banque immobi- 
lière, ne monte pas à moins de 185 millions. Or, cette somme 
ayant pour destination l'allégement des charges sociales, et par 
conséquent le bien-être général, ne peut nullement mieux at- 
teindre le but qui lui est assigné dans un autre emploi que celui 
d'être consacré aux frais de construction d'édifices scolaires et 
d'achat de matériel classique. Ainsi, en cinq ans, fût -il impos- 
sible de disposer d'autres ressources, on aurait déjà de dispo^ 
nible une s^omme de 925 millions de francs. Il est difficile de 
croire que cette somme ne fût pas suffisante, surtout si l'on tient 
compte des bâtiments dont on pourra disposer dans les villes 
importantes. Toutefois, eu cas d'insuffisance momentanée, une 
opération financière ayant pour base un crédit de 185 millions 
par année y suppléerait très-facilement. 
. Voilà donc les écoles prêtes à recevoir les maîtres et les dis-» 
ciples ; il ne reste plus qu'à pourvoir aux frais d'enseignement, 
de direction et d'entretien des élèves qui ont droit à la gratuité 
partielle ou intégrale. 
Où sont les ressources? 

Il n'est pas nécessaire de remonter k 1789 pour reconnaître 
que chaque régime combiné différemment et selon les besoins du 



— 180 — 

temps, a modifié les moyens de gouvernement. Tout récemment 
encore le ministère spécial de la police a été supprimé, alors qu'il 
a été reconnu que ce rouage administratifn*était plus nécessaire. 

Il faut donc s'attendre à ce que l'opération qui amènera la 
décentralisation du capital introduise de profondes modifica* 
tions dans les voies gouvernementales avant même Tépoque où 
Tinfluence de notre système d'éducation aura pénétré profondé- 
ment dans les masses. 

Tout d'abord, les attributions des conseils des prud'hom* 
mes dans chaque commune, les exigences du travail, la 
perspective d'un avenir par l'économie ; toutes ces causes in- 
flueront, d'uue façon chaque jour plus sensible, sur ces habitudes 
fâcheuses de l'ouvrier pendant les jours de chômage. La paresse 
et la débauche deviendront d'autant plus odieuses, que les 
exemples s'en manifesteront chaque jour moins fréquemment, et 
que s'élèvera de la masse un plus grand nombre de voix pour 
les flétrir. Les désordres, les délits, les crimes même, que ia 
débauche, la paresse, la misère traînent à leur suite, ne portant 
que de rares atteintes à la sécurité publique, les maisons de dé- 
tention, de correction, les bagnes verront leur personnel dimi- 
nuer successivement, jusqu'à ce qu'enfin les échos de ces vastes, 
froids et noirs édifices n'aient plus à répondre à un cri de souf- 
france et de malédiction. 

Mais, si de nos institutions ne disparaît pas entièrement cet 
arsenal de lois policiaires, correctionnelles et criminelles, h 
modification peut, du moins, en être opérée de telle sorte qu'il 
n'y ait plus lieu à confier l'application de ces lois à une autorité 
spéciale. D'un autre côté, le régime hypothécaire de nos jours 
ne subsistera plus que dans ses dispositions les plus simples : 
inscriptions, radiations, privilèges, expropriation, ordres, distri- 
butions, toutes ces dispositions qui donnent lieu à tant de pro- 
cédures, cesseront de fournir de l'occupation aux tribunaux. 

Les contrats d'obligation, dont le régime occupe une place 
si importante dans notre Code civil, cesseront d'être le mode 
de l'emprunt. 

Les actions en séparation de biens entre époux disparaîtront 



- 181 - 

avec les chances de faillite et la facilité de réparer par le travail 
des pertes de fortune» et, par suite, d'importantes modifications 
seront introduites dans les dispositions qui régissent le contrat 
de mariage. 

Nous pourrions pousser plus loin la nomenclature des sup- 
pressions qui seront virtuellement apportées à nos lois par le 
régime nouveau ; mais nous en avons assez dit pour faire com- 
prendre combien sera restreint le cercle de procès soumis à 
Tappréciation de la justice. 

En tarissant la source des procès, soit criminels, soit civils, 
le nouveau régime écarte donc toute cause de désordres capa- 
bles de porter atteinte à la sécurité publique, car nous ne voyons 
pas que les intérêts privés, dans les cas de dissidences avec 
Tintérét des communes, ou que Tintérét des communes, en cas 
de dissidence réciproque, ne puissent facilement être réglés par 
une autorité composée des conseils municipaux, d'arrondisse- 
ment et de département ressortissant les uns des autres. 

Un tel état social, loin d'avoir des antagonistes dangereux, 
fort, au contraire, de toutes les sympathies, sera facilement 
maintenu sans trouble, et au besoin, il serait énergiquement 
défendu, sous la direction de chaque administration locale se- 
condée par les habitants si intéressés à prêter leur concours. 
Déjà, en lui-même, cet état constitue la moralité de telle sorte 
que les désordres privés ne peuvent que très-rarement offusquer 
l'iiooiiéteté publique, et qu'ils passeront à l'état de phénomène 
sous Tinfluence de l'éducation. 

Par conséquent, la police n'est plus une institution indispen- 
sable, la force armée à Tintérieur devient sans objet, les inté- 
rêts locaux se règlent sans nécessité d'intervention étrangère à 
la circonscription départementale, les hôpitaux ne regorgent 
plus de gens exténués par la misère, cause de tant d'infirmités, 
et le ministère de Tintérieur n'est plus qu'un moyen centrali- 
sateur lorsqu'il y aura lieu à des mesures ou à des opérations 
qui toucheront à tous les intérêts. 

Dans celte formidable position de solidarité, qu'aurions-nous 
Il redouter des attaques du dehors? Nous le voyons bien, de 



■^ 182 - 

DOS jours même , la guerre répugne à tous les peuples civilisés r 
dans le conflit dont TOrient est le théâtre, et contre l'imminence 
duquel chaque nation se tient année, il n'en est pas une qui 
n'ait repoussé ce brigandage autorisé sous la dénomination de 
lettres de marque ; pas une qui n'ail été assez aveuglée par 
ses intérêts particuliers pour ne pas reconnaître que cette pra- 
tique ne frappait que les sujets d'un maître seul coupable. 

La guerre, jadis aveugle en ses fureurs, marche aujourd'hui 
avec humanité, au milieu des ruines qu'elle ne peut éviter de 
faire. Les coups, à Odessa, se sont détournés, autant que pos- 
sible, des têtes innocentes; ils n'ont atteint que le souveraÎD 
dont la folle ambition a suscité sa sévère répression. 

Les Turcs même, les Turcs, ces hommes si exclusifs dans 
leurs principes, et que naguère nous jugions comme implaca- 
bles dans leurs vengeances, ont, eux aussi, ouvert leur cœur 
aux sentiments d'humanité : loin d'user de représailles contre 
une population qui, cédant à la contrainte, avait contre eux 
tourné ses armes, ils ont poussé la générosité jusqu'à soulager 
dans leur dénûment ces adversaires de la veille, que la retraite 
des Russes livrait à leur merci *. 

A voir TAfrique mettre au service de la cause défendue par 
l'Europe et la Turquie ses soldats et ses trésors; l'Asie, s'em- 
presser d'accourir sur le champ de bataille ; l'Amérique, aider 
de toutes ses sympathies ce généreux essor; les potentats de 
l'Europe, ou hésiter en présence des devoirs qu'imposent les 
alliances de famille, ou ne tenir aucun compte de la reconnais- 
sance pour des services reçus, ne dirait-on pas que le besoin 
du calme tient lieu d'un pacte secret, par lequel toutes les na- 
tions du monde se sont rendues solidaires contre toute vel- 
léité d'ambitieuses conquêtes? Eh! qu'auraient-elles fait de 

I Le Moniteur du 7 mai 1853 coDlieDt une dépêche de Belgrade, 3 inai> 
qui apprend que les Turcs étant en marche sur Graiowa, i^archevêque de 
cette viUe était allé à leur rencontre, accompagné des principaux habitants. 
Les Turcs ont adressé aux Valaques une proclamation annonçant que per- 
sonne ne serait poursuivi pour acte politique; que Farmée payera ses ap- 
provisionnements en argent comptant, et que 21,000 hectolitres de blé se- 
ront distribués aux paysans qui ont souffert .des maux de la guerre. 



- 185 - 

plus, si un traité eût réglé les intérêts de la famille humaine ! 

En ceci, ne faut-il pas reconnaître un acheminement à cet 
état de choses universel, dans lequel l'arbitrage des armes ne 
présidera plus aux destinées des nations? Que se termine, une 
fois, la crise qui a mis le monde en émoi, et que Ton essaye 
ensuite de la guerre de peuple à peuple ! Tout est prêt pour 
qu'aux sentiments d'hostilité succèdent les sentiments plus hu- 
mains de rivalité , d'émulation : grâce aux relations que les 
intérêts commerciaux ont établi entre elles, Ton voit déjà poin- 
dre cette lueur de solidarité entre les nations, qui les pose, les 
unes par rapport aux autres, dans les conditions identiques à 
celles des villes hanséatiques dont l'intérêt commun consacra 
l'inviolabilité. 

Dès lors, quel besoin d'entretenir en permanence une armée 
formidable^? En tout cas, et si tant est qu'encore en Europe 
les peuples fussent dans la nécessité de s'opposer aux folles 
entreprises d'un ambitieux, les cadres conservés avec soin se- 
raient bientôt remplis par une armée de citoyens, par temps 
exercés aux manœuvres militaires, d'autant plus ardents à quitter 
les travaux de l'atelier pour aller châtier le téméraire, que la 
position de chacun d'eux serait l'enjeu de cette redoutable 
partie *. 

Si les attributions du ministère de la guerre sont réduites 
aux simples proportions de maintenir les cadres et les armes 
spéciales dont le service exige études et pratiques, celles qui 
sont du ressort du ministre des affaires étrangères se restrei- 
gnent aussi dans d'étroites limites. 

En dehors de la crainte d'une invasion du territoire, qu'y a- 
t-il autre chose à faire que de surveiller l'exécution des traités 

> Dans les Étals-Unis d'Amérique^ où cependant la population est compo- 
iée de tant d'éléments divers et si hétérogènes, nulle force armée eu perma* 
nence, pas même pour protéger Tordre àTintérieur. (Voir, au surplus, l'o- 
pinion de M. Emile de Girardin sur l'entretien des armées en permanence} 
dans son ouvrage le Droit, page 128. — Voir encore du môme auteur to Po- 
Utique universelle, liv. II, de la Pacification universelle, page 13 etsuiv.) 

> Voir dans/0 Moniteur du 30 janvier lSd5, page 118^ col. 1'% alinéa 19, 
Topinion sur la réserve de Tarraée^ de l'auteur de VEooposé deg motifs de 
laloiiurla création d'une dotation de Varmée^ etc. 



- 184 - 

relatifs an commerce international, que d'assurer la protection 
des intéréis et des personnes de nos compatriotes? Or, ces sim- 
ples fonctions excluent les ruses diplomatiques et cet espion- 
nage incessant qui serait injurieux, si Tusage ne l'avait dès 
longtemps accrédité sous des dehors et des dénominations qui 
voilent hypocritement la face de la méfiance. 

Quant au ministère de l'agriculture et du commerce, les attri- 
butions nous en semblent sans objet, après l'opération de la 
décentralisation du capital. Si les capitaux abondent entre les 
mains de Tindustrie agricole et de l'industrie commerciale, 
rintervention d'un ministère spécial ne saurait servir à en dé 
velopper le génie ; elle n'aboutirait donc à rien « sinon , peut- 
être, à en restreindre l'élan. 

Dans Tessor que doit prendre le commerce, sous l'impulsion 
des ressources que le capital industriel met à sa disposition, il 
n'a besoin que de protection dans ses rapports de nation à na- 
tion. Aussi, en cas d'événements peu probables (la guerre étant 
désormais impossible), y aurait-il convenance à entretenir une 
marine militaire sur un pied capable de faire respecter partout 
les intérêts nationaux, car une marine militaire ne s'improvise 
pas. 

Il n'est pas difficile de comprendre que, dans une nation où 
le capital serait, pour ainsi parler, aux pieds de l'industrie» les 
attributions du ministère des travaux publics se borneraient à 
des opérations bien restreintes : indication d'opportunité, sur- 
veillance dans l'exécution, centralisation de diverses opérations, 
tout serait là, carie gouvernement n'aurait jamais à s'immiscer, 
à ses frais, dans des entreprises qui fourniraient un placement 
favorable aux capitaux; les soumissions afflueraient de toutes 
parts : les attributions de ce ministre pourraient donc être dé- 
volues en partie à celui de l'intérieur, en partie à celui des 
finances, et cette fusion, d'ailleurs sans inconvénient pour l'ex- 
pédition des affaires, ne serait pas sans profit pour les écono- 
mies sociales. 

A mesure que les causes de dépenses des divers ministères se 
restreindraient» le ministre des financesi dont les attributions 



— 185 - 

sont si étendues de nos jours, verrait s'amoindrir son impor- 
tance, et il ne faudra rien moins que Textinction de la dette pu- 
blique pour faire de l'administrateur du Trésor un receveur et un 
dispensateur des deniers publics. Toutefois, cette dette ne s'é- 
teindra que petit à petit, et même après un laps de temps assez 
long, tandis que Tinstruction publique prendra tout à coup de 
vastes proportions. Si le ministre des finances est destiné à 
voir s'opérer une modification dans ses attributions, du moins 
conservera-t-il celles qui se rattachent à une vaste comptabilité, 
et enfin, quant au ministère de l'instruction publique, il est 
superflu de dire que ce n'est pas en les restreignant, mais en 
les étendant, au contraire, que doivent être réglés et ses attri- 
butions et son budget. 

Ainsi donc, à part les budgets des ministères de l'instruction 
publique, de la marine et des finances, les budgets des autres 
ministères seront, les uns, entièrement supprimés, les autres, 
soumis à des réductions qui en amoindriront considérablement 
l'importance au profit des firais que nécessitera l'éducation 
sociale. 

Mais le montant des réductions compenserait-il entièrement 
ces frais? Nous le croyons *. 

En tout cas, les ressources provenant de ces causes d'écono* 
mie ne seraient pas les seules dont on pourrait disposer. 

En première ligne, nous placerons la réduction successive 
du montant de l'intérêt de la dette publique, dont le capital 
sera partiellement payé chaque année * par les débiteurs de la 
Banque immobilière. 

En seconde ligne, les impôts nouveaux ou accroissements 
d'impôts, article qui, dans le budget de 1850 et dans celui 
de 1851 figure, en prenant le terme moyen, pour une somme 
de 36,588,853 francs 3. 

*■ Le budget rectifié de iSbO {voir y4nnuaire des longitudes , 1854, page 13}, 
s*é]ève à la somme de 1,452^929,785 fr.; en examinant attentivement la part 
faite à chacun des ministères sur le budget desquels nous avons signalé les 
économies à faire, on pourra se faire une idée approximative de l'impor- 
tance du total de ces économies. 

* Voir page 46, 1" partie. 

s Voir le Dictionnaire de ^économie politique, lococitato. 



- 486 - 

En troisième ligue» les recettes extraordinaires, dontle mon- 
tant figure dans les deux budgets précités, pour une moyenne 
dont le chiffre s'élève à 84,777,650 francs. 

Il est incontestable, en effet, qu'après la décentralisation du 
capital industriel, 1^ l'exploitation des terres incultes *, les con- 
structions nouvelles >, rétablissement d*un plus grand nombre 
de ménages donneront lieu à grand nombre de nouvelles cotes 
immobilières et autres ; S^ que la consommation se manifestera 
au budget par une augmentation de recettes relatives etdont Tim- 
portance ne peut manquer d'être considérable, ne fl\t-elle que 
le double de la somme qui, de nos jours, correspond à cet article. 

A ces ressources ajoutons enfin les sommes que pourront 
produire et les économies à opérer sur les budgets des divers 
ministères, dans Tintenralle du temps qui s'écoulera entre le 
moment de la décentralisation du capital et celui de l'ouverture 
des écoles, et celles qui proviendront de la vente des objets 
confectionnés par les élèves. La capitalisation des premières, 
pendant un certain temps, ne pourrait manqiier de s'élever \ 
un chiffre considérable, car leministre de la guerre seul absorbe 
annuellement plus de 300 millions, tandis que le montant des 
secondes compenserait tout au moins les frais d'entretien da 
matériel de toutes les écoles. ' 

Pour qui voudra se donner la peine de réflédiir sur l'impor- 
tance des ressources dont nous venons d*indiquer les causes, 
Il deviendra évident, comme a nous, qu'elles liuffiront pour 
pourvoir à tous les frais d'éducation publique pratiquée selon 
ni)s principes. 

Mais y eût-il déficit (le chiffre ne pourrait en être considéra- 
ble), il y aurait toujours la ressource du montant dès intérêts 
payés annuellement par les propriétaires fonciers, sauf à con- 
sacrer un plus grand nombre d'années au remboursement de la 
dette pubUque. 

* Il ne faut pas oubUer que l'étendue des terres incultes égale, à peu de 
cbose près, le cinquième de retendue du territoire français. 

s La contribution foncière s'élève, de nos jours, à la somme de 364 mil- 
lions 345,193 francs é 



- 187 — 

Peut être avec des calculs plus ou moins approximatifs^ par- 
vieudrait-oQ à établir une sorte de balaace entre les recettes et 
les dépenses, sur les bases que nous avons présentées; mais 
comme les chiffres appréciatifs peuvent être admis ou rejetés, 
selon la disposition d'esprit de nos lecteurs, nous nous sommes 
contentés de signaler, en général, les deux éléments de la ba- 
lance, et nous croyons que ce procédé suffira pour convaincre 
ceux qui douteraient que pour pratiquer la gratuité de Tédu- 
cation, comme nous l'entendons, il soit possible de disposer 
de ressources sufBsantes. 



CONCLUSION, 



Il y a peu d'années, 1847, qu'on lisait aux principales en* 
trées des grandes et des petites villes de France, tracée en gros 
et grands caractères et à Tendroit le plus saillant, cette inscrip. 
tion étrange : la mendmté est interdite dam cette commune. 

Nous ne pouvons nous empêcher de faire remarquer que la 
mesure était au moins naïve dans la forme, car la plupart de 
ceux qui n'ont pas de quoi acheter du pain n'ont pas eu, proba* 
blement, de quoi payer des leçons de lecture. Or, la cécité 
scientifique n'était pas plus avancée (elle Tétait même moins) 
que la cécité naturelle, car les aveugles du moins ne pouvaient 
être traînés en prison pour avoir enfreint l'ordonnance munici* 
pale. Le prétexte de l'ignorance était parfaitement admissible. 

Toutefois, pour le but que l'on se proposait, la forme de la 
mesure n'était pas tout à fait illogique, dans un pays où se pra- 
tique inflexiblement cet adage : « Nul ne peut ignorer la loi. » 
Le prétexte de l'ignorance dans ce cas était, en effet, d'autant 
moins admissible, que Tordonnance municipale se distribuait 
sans frais. 

Du reste, l'expérience a prouvé que l'éducation était vite faite 
avec la méthode d'inflexibilité contre l'ignorance du Gode. 
Quelques mois de prison, et il faudrait être bien borné pour ne 
pas en sortir avec une instruction suffisante... des moyens d'é- 
luder la loi. Ou en sort, en effet, maître passé en cette science, 
indépendamment même de la science de la lecture. 

Quoi qu'il en soit, il est assez curieux d'examiner l'effet que 
devait produire l'inscription dont nous avons parlé plus haut. 
D'abord, elle figurait à l'entrée des villes, à une époque où la 
cherté du pain augmentait le nombre des pauvres ; ainsi, plus 



~ 190 - 

le paiû était rare * , plus on restreignait les moyens de Tabor-^ 
der : le procédé était dur, surtout Taumône étant volontaire, 
c'est-à-dire insuffisante ; c'était pousser au vol, tout en voulant 
écarter les voleurs de la commune. 

En effet, l'inscription avait moins pour objet d'interdire la 
mendicité aux pauvres de la commune, auxquels était bien et 
dûment d'ailleurs ôtée leur patente industrielle, que d'empêcher 
les pauvres étrangers de mendier sur le territoire de la com- 
mune à Tindex. Or» les pauvrea qui n'ont aucun domicile, 
comme il y en a tant; qui ne sont de nulle part et qui, par 
conséquent^ sont partout chez eux, étaient les moins perdants, 
par suite de la mesure ; sauf mendier, ils vivaient. en tous lieux 
comme ils pouvaient. 

Quant à ceux qu'attache un autre lien que celui où ils ont 
momentanément posé leur besace, c'était autre chose ; ils souf- 
fraient de faim chez eux, si la commune était assez pauvre pour 
ne pas pouvoir les nourrir, car ^inscription les retenait fatale- 
ment dans une localité d'où il aurait été très-convenable de fa- 
ciliter leur émigration. 

Les mendiants des communes riches auraient eu» à la vérité, 
moins à souffrir de la concurrence, si leur industrie y eût été 
tolérée; mais si, d'un côté, ils ne profitaient pas de ce qui au- 
rait été donné aux étrangers ; de l'autre, ils perdaient tout ce 
que l'insuffisance de la cotisation volontaire n'accordait pas ï 
leurs besoins. 

Ainsi, les communes pauvres demeuraient surchargées; les 
communes riches profitaient au moins de la mesure. 

Cependant, il faut en convenir, la pensée si louable, si phi- 
lanthropique d'éteindre la mendicité en France, reçut alors une 
tentative d'exécution ; mais le moyen (la cotisation volontaire)* 

• < S*il feUaîl un itidice irrécusable de l^tendue de la misère fiociale, nul 
nescraii plus sis;nitieaiif que oelui que maaifoste cette mesure; aiii^ 
égoïsuie à part, la partie In plus fortunée de la nation déclarait liaulement 
qu'elle se trouvait dans P impossibilité d'empêcher Tautre de mourir de 
faim. 

> « L'iaipuissauoe de la cbarilé, cla^riié privée et cbaritô pubUque» est at* 
testée par des siècles. » (Emile de Girardia» dç la Politique universeUe, p, 370.} 



- loi - 

rtsU insuffisant et là tenutite sani rétultat* Noua n*ysltona 
pas de le dire, il eût été déplorable que la chose eût tourné dif- 
féremment, à la condition de faire l'aumône à domicile : l'au^ 
mône n^éteint pas radicalement la misère; elle pallie les souf- 
frances partielles» mais pour rendre la charge de Tassistanoe 
plus lourde, car Taumône nourrit la paresse. Pourquoi donc le 
travail , quand il sufBt de se donner la peine de tendre la 
main pour recevoir de la nourriture? Aussi les années eala*- 
miteuses sont-elles pour la mendicité une ère triomphale ; dans 
ces temps de malheur, on ne peut dire à Thomme valide qui im- 
plore votre charité :« Travaille, » attendu que le travail manque. 

Au surplus, ce que les riches accordent à Taumône manque 
à la consommation, à la consommation vivifiante, bien entendu; 
tandis que Tétat d*oisiveté dans lequel TaumAne à domicile 
fait vivre l'indigent est préjudiciable à la production. 1 

La mendicité servie dans la rue ou à domicile est donc la 
sangsue de la consommation, le ver rongeur de la production, 
le fléau, en un mot, de la société ^ 

On a mieux compris, depuis 1847, Timportance de cette vé- 
rité, et Ton en a mieux pratiqué le sens : voici, en effet, ce qui 
a été mis en pratique en 1 année 1853-54, année même plus ca- 
lamiteuse que celle dont nous venons de faire Tbistorique. 

En 1853-54, la spéculation d'un côté, la politique gouvernei- 
mentale de Tautre, agirent de telle sorte, dans le but de suppléer 
au manque de récolte, que la France fut approvisionnée de cé- 
réales comme dans les années où elle n'a pas à redouter la di- 
sette ; mais par suite des frais que causa cet approvisionnement, 
il devint impossible de réduire au prix normal Tachât des sub- 
sistances alimentaires '^. Le pauvre était menacé de souffrir la 

* « La grande, la véritable cause du paupérisme, dit M. Angeville, p. S5, 
n'esl pas là (le développement de Tinduslrie anglaise); il faut la voir dans 
son système de charité légale^ qui est, suivant nous, le moyenle plus actif de 
développer le paupérisme. » 

* L'on a pu voir, dans ce temps calamiteux» à quoi tient Texistence d*aB 
nombre considérable d'individus : il a suffi que le poids d'un kilogramme 
de pain augmentât de 5 centimes, pour que ces individus se trouvassent 
forcés s^ restreindre l'usage de cet élément de leur alimentation ; or, tel 
était le sort de tous ceux qui n'ont que le travail pour capital. Qu'on juge 



faim, d'autant plus que les propriétaires, n'ayant que peu de 
produits agricoles à vendre» manquaient du capital nécessaire 
pour salarier le travail. 

La perplexité était grande, même dans les contrées méridio^ 
nales les plus abondantes en ressources alimentaires et eu Ton 
vit à meilleur marché. Or, pour sortir de cet état d'extrême 
malaise, on se décida à des sacrifices individuels ; les communes 
même les plus pauvres sentirent qu'elles ne pouvaient se dis- 
penser de contribuer au soulagement de la misère publique; 
les départements concoururent à cette contribution; partout on 
contracta des emprunts, et le gouvernement dut venir lui-même, 
par des allocations de fonds» en aide aux communes, aux villes, 
aux départements. 

Ainsi, l'on forma un capital, et pour cette fois, au lieu de 
livrer ce capital à une consommation infructueuse, on Tutilisa 
judicieusement au profit de la production : des chantiers pour 
des travaux d'utilité publique furent ouverts jusque dans les 
plus petites localités; TaumAne fit place au salaire, et le salarié 
put consommer et produire au moyen d'un travail dont les effets 
ont dû compenser les sacrifices. 

Si donc Ton parvint à conjurer l'imminence des actes sug- 
gérés par le désespoir de la faim, on n'y réussit, chose très- 
importante à noter, qu'en se plaçant sur la voie qui conduit k 
la richesse publique. 

Mais on ne visait qu'à un résultat de circonstance, et Ton 
dut proportionner les moyens de l'atteindre au but que l'on se 
proposait ; aussi ne fut-il obvié qu'aux misères les plus urgentes, 
et l'aumône suppléa aux autres comme elle le put. 

Du reste, il ne pouvait en être différemment : puiser plus 
profondément dans la bourse des contribuables ou des gens dis- 
posés à la charité, c'eût été tarir la source de la consommation 
des objets de luxe ou de ces autres objets qui ne sont pas stric- 
tement indispensables à la vie ; c'eût été ôter à une immense 
quantité d'industries leurs éléments de production, pour en gra-» 

donc (le rélendue des souffrances^ et qu'on apprécie les dangers de la ca- 
sualitéde ce captial. 



— 193 — 

tifier d'autres de la région desquelles ils ne seraient pas remon- 
tés aux premières. 

Cependant, la voie était ouverte ; pour la rendre praticable, 
il ne fallait que disposer d'un capital de production ayant assez 
d'ampleur pour alimenter toutes les industries sans toucher aux 
réserves individuelles ; il ne fallait donc autre chose que Vopé- 
ration qui constitue notre système de crédit foncier. Aussitôt, 
non-seulement le problème du paupérisme trouvait sa solution 
dans cette opération, mais encore la richesse publique était dé- 
finitivement constituée ; car la voie que Ton aurait suivie conduit 
à Textinction de la dette publique et de la dette hypothécaire^ 
et aboutit à développer la consommation par les moyens de la 
production. 

Au surplus, cette voie, telle que nous l'avons tracée, se pro- 
longe au delà du but matériel ; elle s'étend, chose bien plus 
appréciable, jusques au bien-être moral. 

En effet : 

Constituer la richesse publique, c'est inaugurer Tère du tra- 
vail; c'est donc, en même temps, et repousser l'oisiveté, et 
mettre sous la main de chacun les éléments de sa fortune privée. 
Or, plus de paresse; plus de misère, plus de débauche, plus de 
prostitution. 

D'un autre côté, notre système d'éducation fait des artistes 
bien plus encore que des ouvriers ; aussi l'intérêt vénal n'est-il 
que secondaire dans* le sentiment qui attache le travailleur à 
son œuvre. Dans ces dispositions, la pratique du principe d'ab- 
négation ne lui est ni pénible, ni même difficile, et, par la pra- 
tique toute naturelle de ce principe, Tère de la fraternité ^est, 
définitivement et sans efforts, inaugurée. Là, effectivement où 
les goûts sont épurés par la science et par une doctrine qui éclaire 
l'homme sur sa dignité personnelle, les hideuses habitudes dispa- 
raissent ; l'urbanité rapproche tous les membres du corps social. 

Là, au surplus, où nul n'ignore que Tégoïsme, dans ses lé- 
gitimes tendances, ne peut arriver honorablement à ses fins 
qu'en passant par l'abnégation, Tégoïsme de chacun est pro- 
fitable à tous. 

13 



- 194 - 

l aussi où chacun occupe la place répoiïdant k ses goûts, 
comme si, après délibération, il Teût choisie lui-mên^a, per- 
sonne n*envie la place des autres. 

Cet état des choses amène, en outre, d'autant plus simple* 
ment le néant des distinctions sociales que là oi\ la richesse est 
ificilemant accessible, la richesse perd de son prestige ; là où 
chacun est dans l'aisance, on est indépendant du riche ; nul n'y 
est souverainen^ent riche . 

D'un autre côté, là où le travailleur opère en artiste; là où, 
par conséquent, chacun dans sa spécialité est parvenu au pluf 
haut degré de connaissance; là où un foyer général de lumière^ 
éclaire tous les esprits, les lueurs particulières ne trouvent 
plus ces ténèbres à la faveur desquelles les clartés médiocres 
J)rillent souvent avec tant d'éclat, tandis que les plus puissantes 
éblouissent trop généralement sans éclairer. 

Enfin, quant au préjugé de la naissance, qui traite aujourd'hui 
avec tant de dédain certaines pratiques professionnelles, l'édu- 
cation en commun en fera non -seulement pâlir le prestige ; 
mais encore la classification de la capacité individuelle en con- 
statera la futilité. 

Au surplus, devant les effets de la prédilection, dispositioji 
providentielle dont on ne peut demander compte qu'au Gréar 
t^ur, ne serait-jl pas aussi absurde de rendre l'individu respon- 
sable de son choix pour la professiop, (ju'il le serait de trouver 
^ redire à ce que les quadrupèdes ne tentent pas de se redres^^ 
sur leurs membres postérieurs et d'abandonner pour naar cher l?^ 
position horizontale? 

Mais si, malgré ce triple niveau de fortune, de sciencp 
et de loi providentielle, il existe encore des distinctions so- 
ciales, ne récriminons pas, car du moins ell^s ne seront plus 
le lot des privilèges de la naissance et de la richesse, elles ser 
ront le lot du mérite, et attribuées d'autant plus yolontairenaent 
que le mérite pourra être plus judicieusen^ent apprécié. 

Dans cet accord si compacte et si sympathique, par où donc 
pourra pénétrer le désordre? Le désordre y serait une mou- 
struosité contre laquelle s'établirait un concert unaninae d^ 



I 



-. 195 — 

fprce et de réprobation, de quelque côté qu'en vinssent le$ 
tentatives. 

Ah ! l'ennemi du dehors ne serait pas à redouter, s'il lui 
prenait envie de conjurer contre une pareille constitution so- 
ciale, car nous pouvons dire avec plus de fondement encore que 
Mably^: 

« Les citoyens de ma république compareront lepr situation 
« à celle des ennemis qui les veulent subjuguer ; fiers de leur 
a égalité, jaloux de leur liberté, ils verront qu'ils ont tout > 
a perdre en passant par une domination étrangère, et leur dé* 
« sespoir donnera une nouvelle force à leur vertu, » 
, Propriétaires, vous qui tenez en vos mains les éléments de la 
prospérité publique , résignez-vous donc à l'abnégation d'ac- 
cepter la charge d'une garantie sans chance de recours, si vous 
ne voulez qu'un jour il ne vous soit demandé un compte sévère 
du mal que pourrait causer votre résistance égoïste : tout en 
conjurant les désordres d'une crise infailliblement funeste pour 
tous, parez-vous du relief de ce sacrifice. Oui, parez-vous 
du relief de ce sacrifice dont le préjudice ii'aboutit à rien 
de pire qu'à vous faire descendre de ce piédestal étriqué 
au haut duquel votre aplomb est à la merci de la moindre 
secousse, pour vous poser sur un vaste plan où, libres de 
vos actions, vous trouverez ouverte sous vos pas la voie qui, 
sans dçtour, vous conduit à Vopulence ; parez-vous du relief 
de ce sacrifice dont le préjudice n'aboutit à rien de pire qu'à 
inféoder, sans lutte, sur vos têtes, la propriété dont, à juste 
titre, vous vous montrez si jaloux; parez-vous du relief de ce 
sacrifice dont le préjudice n'aboutit à rien de pire qu'à vous 
poser en fondateurs de la prospérité publiq^j^. Ne reculez donc 
pas devant le tribut d'ovations qui vous attend, vous qui aurez 
consenti à subir le fardeau de tant de bien-être en échange de 
votre désintéressement. 

Nous n'hésitons pas à dire, nous : « Nul principe de gouver- 
nement n'est antipathique à notre système, et pour le constituer, 
il ne fautqu'une main forte et résolue qui voulût prendre à tâche 

* Législation ou Principe des tow, 1776, a« vol. 



— 196 - 

d'élever, sans secousse, Téchelle où sont graduées les positions 
sociales, assez haut pour placer les derniers degrés au-dessus 
de la région des immondices, tandis qu*autour de chacun des 
autres s'agrandirait le cercle de son horizon. » 

Si la voie que nous avons jalonnée aboutit bien infaillible- 
ment à la prospérité, que la France n'hésite donc pas à entrer 
dans cette voie? Bientôt, parvenue au point culminant de tonte 
splendeur nationale, elle pourra apercevoir, de ce point sublimet 
les peuples du globe, les regards fixés sur son auréole de gloire, 
la contemplant avec admiration et applaudissant à son triomphe. 
Mais l'enthousiasme des peuples ne saurait se borner k de 
bruyants applaudissements : dans un court espace de temps, la 
France aurait sous ses yeux l'immense et solennel spectacle 
d'une agitation universelle au sein de laquelle il lui serait facile 
de démêler chaque nation à l'œuvre pour se frayer la route qui 
doit la conduire à la prospérité. Parvenue à ce niveau de bien- 
étre, chacune tendrait aux autres une main fraternelle, et dans 
cette nouvelle sphère, il ne pourrait manquer de se former, 
entre toutes les filles de Ihumanité, un pacte commun qui 
inaugurerait cette politique universelle d'émulation, de solida- 
rité, sous Tinfluencede laquelle elles ne formeraient plus qu'une 
seule famille '• 

France I 6 ma patrie ! A toi dont les enfants excitent l'ad* 
miration de l'univers sur les champs de batailles! ô toi dont 
l'armée industrielle n'a pas de rivale dans le monde entier! 6 
toi dont le foyer intellectuel brille d'un éclat resplendissant 
entre tous les foyers de Tintelligence humaine, ta mission est 
providentiellement tracée, prends la tête de la colonne huma- 
nitaire et marche ! Marche ! car la responsabilité des souffrances 
des peuples civilisés ne doit pas peser sur ta noble tête !... 

« Voir la PÔlitiqu9 miversHU de M. Emile de Girardio. 



Fin. 



J 



NOTES. 



KOTE A. 



Prof M par les publicisles,,. 

On lit dans le journal la Phalange (août et septembre 1847), un article 
de M. Perreymond, conçu en ces termes : 

« Il y a en France dix-neuf millions cent dix-neuf mille personnes 
tf vivant dans le dénùment, la misère et la pauvreté ; 

« Sept millions cinq cent cinquante mille personnes vivant dans une 
« quasi- pauvreté ; 

a Six millions quatre cent vingt mille personnes dans un état de gène 
ou de demi-aisance ; 

(( Deux cent quarante mille personnes vivant dans Taisance ; 

(( Sto; mille six cents personnes vivant enûn dans une grande aisance 
o ou dans la richesse et ayant, pour le moins, dix mille livres de rente. » 

Pour reconnaître la justesse de celte appréciation, il n*y a qu'à jeter 
les yeux sur le tableau des cotes de Timpôt foncier. (Statistique générale 
de la France^ par Schnilzler, t. III, p. 47.) 

m On voit, dit Fauteur de cet ouvrage, que les petites cotes sont incom- 
(( parablement les plus nombreuses : sur un total de prés de onze mtl- 
« lions f il y en a huit millions quatre cent soixante-onze mille six cent 
« cinquante-six de moins de 20 francs, et un peu plus de cent mille seu* 
c lement dépassant le taux de 300 francs. » 

Assurément, les huit millions quatre cent soixante-onze mille six cent 
cinquante-six contribuables qui payent moins de 20 francs, font partie 
des dix-neuf millions cent dix-neuf mille personnes vivant dans le dé- 
nûment, la misère ou la pauvreté. 

Mais chacun de ces huit millions de contribuables taxés moins de 20 
francs a une famille plus ou moins nombreuse, ne vivant pa^ autrement 
que lui. 

Enfin, combien d*individus ou de pères de famille non imposés et non 
imposables, dont la condition est assurément pire! 

NOTE B. 

On ne peut se défendre d'une émotionteUement profonde qu^ellepro-* 
voque la 9iupet4r, 



— 198 — 

Voici un fragment du rapport de M. filnnqui à TÂcadémie des sciences 
morales et politiques, dont il était membre. 

M.Blanqui, au <;ujetdusortdesoiiyriersdeLille,s*exprime en ces termes: 

« C*est seulement au fond des caves que Ton peut juger du supplice 
ce de ceux que leur âge ou la rigueur de la saison ne permet pas de 
c faire sortir. Le plus souvent ils couchent tous sur la terre nue, sur les 
« débris de colza, sur des fanes de pommes de terre desséchées^ sur du 
€ sable, sur des débris même péniblement recueillis du travail du jour. 
« Le gouffre où ils végètent est entièrement dépourvu de meubles, et ce 
ff n*esl qu'aux plus fortunés quMl est donné de posséder un poêle flamand, 
« une chaise de bois et quelques ustensiles de ménage. — Jenesuispas 
a riche^ mot, me disait une vieille femme, en nous montrant sa voisine 
« étendue sur Taire humide delà cave, mais j'ai une botte de paille, DietI 
« merci ! — L'industrie de ces femmes consiste â ramasser, dans les rues, 
« des épluchures de légumes ôoûi elles essayèntd'exlraire un peu de nour-» 
« riture, ou à recueillir des cendres pour les tamiser et les vendre, après 
« s'en être servies en guise de matelas. J'en ai vu qui brûlaient de vieilles 
« chaussures de cuir, faute de combustible, et qui ajoutaient cette infec- 
« tion à l'infection naturelle du logis. Une odeur inexprimable s'échap- 
(( pait des ces foyers, autour desquels se tenaient accroupis des enfants 
<r souvent entassés trois par trois dans de vieux paniers ronds, où ils 
«f représentaient assez bien^ au bonheur près, de véritables nids d'oi-- 
(f seaux. Le père de famille habite rarement ces tristes demeures ; il se 
« hâte de fuir au lever du jour et n'y revient que fort tard vers la nuit. 
« La mère seule, par sa tendresse vigilante, brave l'horreur d'y nvre 
(( pour assurer le bonheur de ses enfants. — Une augmentation d^un 
(( centime serait, pour quelques-uns des ouvriers, le maximum de l'arabi* 
(t tldn. D'autres bornent leurs vœux à 15 centimes pour une ligature sans 
« le pliage et 20 centimes pour deux. Ce centime supplémentaire, c'est 
(( quelquefois la vie ou la mort d'un enfant ; la possibilité d'achetei* 
(( une paire de sabots, un verre de lait, un peu de bois de chauffage. 
a Voici le budget d'un de ces braves gens, tel qu'il me Ta rédigé lui- 
« même, dans une année heureuse : « Je suis chevilleur, je gagne 2 fr. 
(T par jour; ma femme est denlelière et gagne iO à 45 centimes par 
<ï jour. J*ai quatre enfants , l'aînée îl dix ans ; elle va en classe chez 
<t les sœurs de la Présentation, les plus jeunes vont à la salle d'asile; on 
(( mange 24 kilos de pain bis par semaine, d raison de 20 centimes et demi 
« le kilo 5 f. 40 c. 

(( La viande est trop chère ; nous ne mangeons que des 
« débris trois fois par semaine, à 25 centimes 75 

(( Il n'y a que moi qui mange du beurre, à raison de 

(( 250 grammes par semaine , 50 

A reporter. ... 6 f. 65 c. 



— 19» — 

Report. ... 6 f. 65 c. 
« Ma femtne et mes etifatits mangent de la inélfts!ie ou 

<( des fruits avec leur pain SO 

^ Nous consommons des haricots et des pommes de terre 

« pour i » 

« Du laiti i/2 pinte par jour. «.<.«.. 35 

if. Loyer d'une cave à 5 mètres au-dessus du sol i 90 

a Du chArbon^ cette consommation est un peu forte, 

« parce qu'il faut faire sécher le linge au feu. «..»*.. i 35 

<( Savon et éclairage « « . . . . 1 10 

(( Total, pour une semaine 12 fr, 45 c, 

<r Nous recevons au bureau des secours, 3 kilogrammes de pain bis 
a tous les quinze jours ; ma fille aînée reçoit, aux vacances, chez les 
(( sœurs, soit un mouchoir, soit une chemise. Les trois petits reçoivent 
c à la salle d^asile, tous les ans, à la Noël, une robe de molleton, une 
a chemise, quelquefois des bas. Malgré cette faveur, et malgré noire 
« travail, ajoute le brave ouvrier, sous peine d^êlre nus, nous vivons en 
« mendiant, et la loi nous le défend. 

« Telles sont les doléances de Tun des soldats de ce corps peu connu 
« des fiUiers, qui compte tant d'armes différentes, et cette histoire est 
« celle de ses beaux jours! 1! J'aurais pu faire, aussi d'après nature < 
« rhistoire de tous les autres, et démontrer â tiuel point tant d'hommes 
• « laborieux vivent d'une vie précaire, même dans les temps de calme et 
a d'occupation. En étudiant avec attention ces exposés fidèles, on de- 
a vinerail aisément à quelles rudes épreuves les filiiers doivent être coh- 
« damnés aux époques du chômage. Nous les retrouverons bientôt dans 
tt ces mauvais moments. Mais ce qu'on ne sait pas assez, c'est que les 
« chefs de ces industries si périlleuses ne jouissent pas de plus sécu- 
K rite que leurs ouvriers, et que la concurrence leur impose souvent 
«r des conditions incompatihles avec leurs intérêts et même avec leur 

« honneur. » 

NOTE C. 

Alors qu'en Angleterre, la production agricole s'élève à 20. 

Voici en quels termes M. Léonce de Lavergne, à qui l'on ne contestera 
pas d'avoir profondement étudié l'agriculture de la Grande-Bretagne, 
apprécie la "différence dans les effets de la pratique agricole de celte 
nation et de la nôtre, dans son remarquable ouvrage sur l'économie ru- 
rale de l'Angleterre ^ : « La rente des terres, dans les environs d'Exeler, 
« monte à dOO francs l'hectare; dans le reste du comté, elle est de 60 fr. 
« en moyenne. C'est beaucoup assurément pour un pareil sol. Les terres 

« Voir Revue des Deux-Mondes, octobre 1853, page 2i5. 



- 200 — 

ff analogues rapportent, en France, tout au plus u quait. Les cultiva- 
« teurs de nos montagnes granitiques, ajoute Tauteur, devraient prendre 
« modèle sur ceux du Devonshire. 

NOTE D. 

V Angleterre est dévorée par un paupérisme dofU Vimportanee thu- 
mérique, etc. 

Plusieurs économistes, M. d'Ângeville, p. 334 et 335, M. de Villeneuve 
Bargemont et autres s'accordent à dire que le paupérisme se manifeste 
en France, par rapport i^ la population totale, dans la proportion de 1 à 20, 
tandis que la population de TÂngleterre ne compte pas moins de \ 
pauvre sur 6 habitants. 

A ce compte, le contingent du paupérisme en France ne s'élèverait 
pas au-dessus du chiffre de 4 ,785,673 individus, et il ne serait, en An- 
gleterre, représenté que par 4 millions d'habitants. 

Nous croyons ces chiffres, malheureusement, bien au-dessous de la 
réalité. 

Pour ce qui concerne la France, nous nous en référons à ce que nous 
avons dit à ce sujet, note (a), en confirmant l'appréciation de M. Perrey- 
mond sur la foi de documents statistiques officiels. Nous n'hésitons, 
par conséquent, pas à adopter Topinion que M. Eugène Burette, dans son 
ouvrage de la misère des classes laborieuses en France et en Angleterre, 
formule en ces termes, t. P', ch. vu, p. 255 : « Il résulte de cet aperçu 
« de l'indigence en France, que la misère appréciable, celle qui se 
« manifeste au dehors^ ne s étend guère qu'au tiers de la population. 
ff Si pauvres que soient, sur certains points, les habitants de la cam- 
« pagne, ils ne contribuent presque pour rien au recrutement des hôpi- 
a taux, ils ne participent presque pour rien aux secours de la chanté 
ff publique. » 

Or, si le nombre des indigents égale en France le tiers de la popula- 
tion, assurément la proportion en Angleterre doit en être plus considé- 
rable. Pour s'en convaincre, il n'y a qu'à ne pas perdre de vue les ef- 
forts de la charité légale. Tous les ans, le Parlement vote un bill des 
pauvres, et ce bill prend, chaque année, une importance plus notable. 
« En 18d8, dit M. d'Ange ville, page 85, la taxe des pauvres dans l'An- 
« glelerre proprement dite, en y comprenant le pays de Galles, la taxe 
« des pauvres s'est élevée à la somme de 197 millions, et dans celle 
« somme ne figurent pas les dépenses des hôpitaux ni la charité vo- 
« îontaire, » 

Or, depuis 1818, à quel chiffre ne s'est pas élevé le nombre des pau- 
vres et le montant de la taxe? Et quels seraient ce nombre et ce mon- 
tant s'ils s'étendaient à tout le royaume de la Grande-Bretagne? 
Si notre Parlement ne prend pas les mèpies mesi^res que le Parlenoept 



— 201 — 

britannique contre les érentualités de la misère^ c*est que le mal ne 
s'étend pas dans des proportions si effrayantes, quelles qu^en soient 
d'ailleurs les dimensions, et, tant bien que mal, nos pauvres sont 
nourris. 

Mais pour faire bien apprécier la différence de position entre les deux 
nations à cet égard, nous nous contenterons de rapporter ces quelques li- 
gnes de Touvrage déjà cité de M. Eugène Burette^ t. I, page 257 : i. On 
(( peut faire en deux mots le parallèle de l'Angleterre et de la France, 
<r sous le rapport de la condition à laquelle est réduit le plus grand nom- 
« bre de leurs habitants : la France est pauvre^ l'Angleterre est misé^ 
« rable. » 

NOTE E. 

Neuf millions cinq cent mille liectares auraient fait place, etc. 
Personne n'ignore les efforts inouïs au moyen desquels les Hollandais 
ont créé leur territoire, et avec quels succès ils sont parvenus à faire un 
des sols les plus fertiles de l'Europe des sables quMls ont conquis sur la 
mer de Harlem. C'est que l'aridité même, en matière de pratique agri- 
cole, est impuissante contre l'action combinée du capital et du travail. S*il 
fallait en donner d'autre preuve que celle qui résulte de Texemple des 
Pays-Bas, M. Léonce de Lavergne, ouvrage déjà cité (note C), nous four- 
nirait matière à citation de nombre de faits conBrmatifs. Nous croyons 
qu'il suffira d'en rapporter le passage suivant, que nous extrayons de la 
Revue des Deux-Mondes, 1" janvier 1854, page 448 : « L'Ecosse est un 
« des plus grands exemples qui existent au monde de la puissance de 
a rhomme sur la nature. Je ne connais que la Hollande qui puisse ri- 
« valiser. La Suisse même n'offrait pas de plus grands obstacles à l'in- 
« dustrie humaine. Ce qui ajoute encore à la merveille de ce dévelop- 
a pement sur un sol si ingrat, c'est qu'il est tout récent. L'Ecosse n'a 
(T pas les mêmes précédents que F Angleterre. Il y a seulement un siè- 
a cle, c'était encore un des plus pauvres et des plus barbares de l'Eu- 
(( ropé. Les derniers restes de l'antique pauvreté n'ont pas tout à fait 
a disparu ; mais on peut affirmer que, dans l'ensemble, il n'y a pas au- 
(( jourd'hui sous le soleil de région plus heureuse et mieux ordonnée. 
(( La production totale a décuplé dans le cours de ce siècle. Les produits 
(( agricoles ont, à eux seuls, augmenté dans une proportion énorme. 
< Au lieu de disettes périodiques, qui dévastaient autrefois ce royaume, 
<( et dont Tune surtout, celle de 1695 à 1700, qui a duré sept ans en- 
ce tiers, a laissé les plus formidables souvenirs, les denrées alimentaires 
a s'y produisent avec une abondance qui permet, tous les ans, une im- 
c mense exportation. De l'aveu même des Anglais, l'agriculture écos- 
a saise est supérieure à l'agriculture anglaise même, au moins dans 
<( quelques parties. » 



- 202 - 

Note f. 

Donê Im rénUUUs mm$ H féconds pour le 9^ de la Grafide^BrHu* 
gne^ etc. 

Pour dooD«r «ne idée d« Teffet du capitd «t dei procédés agricoles 
sur le sol do l'Angleterro » nous citerons encore le passage suivant 
di l'outrage de M. Léonce d6 LaYergne, extrait de la Re^me dès Dênos* 
MondsB (octobre ISOS, p. i36). L*auteur s^xprime en ces termes : 

« Le Reut est bien supérieur, comme richesse agricole» à la moyenne 
t de nos départements» Il est inférieur^danbFensemblei ânosàieillettrs^ 
f le Nord et la Seine, par exemple é > > • 



c Au sudaotiest du comté de Eent s*étend Tanôien rofauiâe des 
« Saxons du sUdi aujourd'hui comté de Sussei »..«..<•«»• « i . 



m Plusieurs sUcoés heureux montrent ce qbe peut devenir la terre de 
a Susftex entre des mains riches et habiles. Parmi des modèles qui de« 
(r vancent Tatenir^ fte trouve la ferme de Hove, prés Brigthon ; cette 
c ferme» tenue par M. Rigden, a une étendue de prés de 500 heciareé 
« (740 acres) \ elle est louée 1 ,500 livres sterL ou 55,000 francs, ce qui 
« porte la rente à 110 francs par hectare. Les impôts sont de 115 livre» 
« sterl.f ou 3,750 frAhCs^ soit Ift francs par hectare. Les assurances de 
(( i,IM)0| en toutpi^s de 89,000 francSé Les frais d'exploitation annuels 
a s'élévènt à 7â>000 frftncÉ, ou environ idO Aranes par hectare, dirfsés 
« ainsi qu'il suit ] salaires, 42,000 franco; mémoires d'ouvriers, 8,780 
a francs ) achat d'engrais ou de semences, i5,400 francs; total de Udé^ 
a pense ahnuelle, 980 francs par hectare. De plus, M. Bigden a dépensé, 
« èh entrant dans la fermer 1i,000 livres sterh ou 500,000 franco, soit 
<( environ 1,000 francs par hectare, pour la mettre en valeunGe capital 
ce doit, d'après les règles admises en Angleterre, rapporter 10 p. ^/ù; 
(( M. Rigdendoit dobc^ pour s'y retrouver, obtenir de produit brut en- 
<r viron 480 francs par hectare, ou 45,000 francs en tout.Yoilà la grande 
« culture anglaise dans ce qu'elle a de pliis magniûque. » 

NOTE G. 

Selon Ntendue du terrain fécondé^ etc. 

En appréciant les effets dès travaux de fécondation des terres diaprés 
les résultats observés en Angleterre par M. Léonce de Lavergne, on ad- 
mettra sans difdcultés que les bienfaits de l'opération se fassent sentir 
jusqu'à élever au moin^àS p. Vole revenu du sol fécondé. Or, un champ 
d'une valeur de 5,090 francs peut, dans bien dès conditions, être 



- iÔ9 - 

hrgemcflt fenillfté, moyennant une dépense dé 600 franco. Si^ annt 
les travaux, ce champ produisait ICO francs, à raison de 2 p. Vo P*"* 

année, il produira 230 francs après t différence 160 th> 

A déduire l'înlérétà 2 p. Vo de la somme de 600 francs 

consacrée à Topéralion i2 n 

î\ reste encore pour résultat de Topératlon, fr 138 »» 

Ainsi, en moins de cinq ans, dans les conditions restreinte^ de produc- 
tion que nous avons posées, le propriétaire aura pu rembourser le capital 
emprunté et retirer encore annuellement, en plus, un revenu excédant 
des trois cinquièmes celui qu'il en retirait antérieurement. 

NOTE H. 

S'il en était ùUtrerfient le Moniteur du 9 décembre 1882, etc. 

Voici, textuellement, l'avis contenu dans le numéro du Jlfonrtéur ,dotit 
Mous donnons la date : 

(( Des demandes relatives a rétablissement des nouvelles lignes dé 
« chemins de fer sont adressées chaque jour â Tadminislrâtion. Celles 
« qui sont déjà parvenues auraient pour résultat d*étendre notre réseau 
a de T,000 kilomètres et Imposeraient à l'Etat une dépense de plus de 2 
« milliards;!] est du devoir du gouvernement de résister â cet entraî- 
« nement exagéré. Il n'accordera donc de nouvelles concessions, en com- 
« mençant par les lignes les plus utiles elles plus urgentes, que lorsque 
« l'état des entreprises actuelles le permettra â sa prudence, et en tenant 
« toujours compte des ressources réelles que le Trésor et le public peu- 
n vent consacrer, chaque année, â ces grands travaux. » 

NOTE L 

Trois cents francs par hectare, 

La somme de 500 francs serait insuffisante, car il faudrait défon- 
cer, drainer, acheter des outils aratoires, des bêtes de somme, faire 
des avances pour l'alimentation des colons, consacrer une somme pour 
solder les frais de direction des travaux ; mais nous préférons rester en 
dessous de la vérité que de nous exposer â être accusés d'exagération. 
Assurément, nous aurions pu doubler ce chiffre, et il s'en serait encore 
fallu de beaucoup que nous eussions été au delà du vrai. 

Pour donner la preuve de notre modération, dans notre manière d'ap- 
précier le montant des frais de fertilisation des terres incultes, et sur- 
tout, aûn de faire mieux sentir combien il est facile de trouver un emploi 
du capital de 8 milliards, nous extrayons encore de la Revue des Deux- 
Mondes (!«' janvier 1854) un passage du remarquable ouvrage de 
M. Léonce de Lavergne, relatif â l'Irlande. 

M. de Lavergne (p. 507), établit que la superficie de l'Irlande s'étend 
en totalité luf 8 teilliods d'hectares ; puis, il ftjcraie : « L«a rochtrs, 



— 204 - 

« les lacs et les marais en couvrent environ deux; deux autres sont 
c formés de terres médiocres; tout le reste, c*est-â-dire la moitié environ 
« du territoire, est formé d'une terre grasse à sous-sol calcaire, ce qu^ou 
c peut concevoir de mieux; c*estleplus richesolqnefaievudema vie, 
« dit Arthur Young, en parlant des comtés de Limerick et de Tipperarj, 

« L'imagination s'effraye, ajoute l'auteur (p. 510), quand on essaye 
c de mesurer ce qui manque â un pays dans cet état. Rien que pour 
c donner  rirlande le capital qui lui manquerait en moutons, compara- 
« tivement à TÂngleterre, il aurait fallu un demi'milliard ; il en aurait 
c fallu au moins tin pour les autres espèces de bétail ; deux ou trois pour 
c le drainage ; autant pour la construction d'habitations plus conve- 
« nables, pour l'établissement des clôtures et des chemins ruraux, pour 
« achat des instruments les plus nécessaires. Huit milliards de francs, 
c ce n'eût été encore que 1^000 francs par hectare. L'Angleterre en a 
c absorbé certainement beaucoup plus. > 

 ce compte de M. deLavergne, qui a été parfaitement à même d'ob* 
server et de se bien renseigner, il manquerait encore, après rétablisse- 
ment de notre système de crédit foncier, un milliard et demi pour mettre 
en valeur nos terres incultes. Or, comme cette opération, qui est la plus 
appropriée au génie de la nation française, serait éminemment profi- 
table, et attirerait^ par conséquent, la plus grande partie du nouveau 
capital, que resterail-il pour les autres opérations? 

NOTE J. 

Chemins de fer. 

Nous avons extrait du Dictionnaire de l'Economie politique, ouvrage 

publié en i8S4, déjà cité, les chiffres que nous avons posés relativement 

à rétendue des chemins de fer en construction, concédés et à construire, 

votés et non concédés (voir cet ouvrage, v» Chemin de fer). 

NOTE K. 

Aux termes du Rapport de M. Emile Péreire, dans l'assemblée géné- 
rale des actionnaires des chemins de fer (30 mail 8S4), le montant des 
frais de construction s'élève à la somme de 187,000 francs par kilomètre 
aune seule voie ; mais comme les accidents fréquents qui surviennent 
sur ces chemins à une seule voie dissuaderont sans doute d'en continuer 
l'établissement dans les mêmes conditions, nous avons coté le prix par 
kilomètre à la somme de 218,000 francs, soit 51,000 francs de plus par 
kilomètre ; nous ne sommes donc pas dans l'exagération. 

NOTE L. 

Canaux. 
Les tableaux statistiques de la France (territoire et population ^ 1. 1% 



— 205 — 

p. 31) présentent rapprécîation suivante des canaux qui étaient à ter- 
miner en 1843. 

Méires. 

Canal des Ârdenués, étendue d03,3l5 

— du Berry, — 3:£0,000 

— de Bourgogne, — 241,469 

— de Nantes à Brest, — 374,000 

— de Niort à La Rochelle, — 78,000 

— du Nivernais, — 176,160 

— de Roanne à Dijon, — 55,272 

— de Roubaix. — 23,000 

— deSambreàrOise, — 70,000 

— latéral à la Garonne. ~ 21,000 

Total 1,465,216 

Réduit en kilomètres, ce nombre total donne pour résultat 1,465 kih 
216 met., sur quoi nous supposons200 kilomètres seulement â construire. 

Quanta l'élévation des frais de construction, par kilom. 250,000 fr., 
nous la donnons d'après les renseignements qui nous ont été fournis 
par un ingénieur spécial. 

NOTE M. 

Les avantages que peut présenter la colonisation de PAlgérie sont in* 
contestables : le terrain est concédé, il ne resterait plus qu'à le mettre 
en état de produire. Sans doute, Taridité de certaines parties du sol ne 
se prêterait pas facilement aux effets de la fécondation ; aussi n'avons- 
nous consacré à cette opération que Tétendué de 7^000,000 d^hectares^ 
3,000,000 de moins que la cinquième partie du sol de la France, et 
nous croyons être restés bien en arriére des ressources delà colonisation. 

NOTE N. 

Sans que nos colonies y aient aucune part. 

Nous croyons que le sol de l'Algérie, après la colonisation, pourrait 
facilement nous fournir les objets d'importation dont nous donnons plus 
bas la nomenclature et la valeur vénale. Dans ce cas, la différence du 
prix d'achat serait très-favorable à l'exportation des produits fabriqués, 
sans que, pour cela, les étrangers s'abstinssent de venir chercher en 
France les matières ou les marchandises que nous serions à même de 
leur fournir. Or, le Tableau général du commerce de la France avec ses 
colonies et les puissances étrangères (colonne : Commerce spécial, va- 
leurs actuelles) nous donne ainsi qu'il suit, pendant l'année 1850, l'état 
des sommes dont nous sommes tributaires envers les étrangers pour 
des produits que nous pourrions extraire de l'Algérie. 



- 206 - 

Pages 73 et suivantes. Animaux i!$354,22t fr, 

— 76 — Peaux 28,853,094 

— 85 — Suif et graisse. . . . 5,582,403 

— 79 — Laines 47,555,815 

— 114 — Soies 94,579,628 

— 112 — Lins 17,906.155 

— m — Chanvres 2,391,539 

— 112 — Cotons 104,578,688 

— 104 — Bois de construction, 27,825,282 

— 102 — Fer. ..,.,... 8,736,294 

— 112 — Cuivre 19,141,018 

— Indigo 12,673,865 

— Cochenille 1,658,157 

Total 586,411,957 fr. 

Dans cette nomenclature, Timportalion de nos colonies ne figure 
pour les mêmes matières et pour leur provenances que dans les pro- 
portions suivantes, savoir : 

(Pages 62 à 69 du tableau déjà cité). 

Iles de la Réunion. , . Tissus de soie 11,714 fr. 

Guyane Cotons, peaux, cuivre. 46,421 

Martinique Cuivre, peaux, coton. . 213,132 

Guadeloupe ..,.., Peaux, cuivre, laines, 

bois. ,..,..., 166,260 
Algérie. ,...,,. Peaux, laines, soies, 

cuivres, suifs. • , , 3,698,870 

Indes françaises. , • . Peaux, indigo , , . , . 670,266 
Saint-Pierre, Nosi-Bé, 

et Sainte-Marie . . Bois 49,951 

Nayottes et grandes 

pêches Graisses 2,954 

Total. . . , , 4,859,563 fr. 

Report. , • • 386,411,937 

à déduire, , , « . 4,859,56^ 



Il reste pour une valeur de. . . . 381^552,569 
(importation san^ participation aucune de nos colonies. 



PIN, 



TABLE DES MATIÈRES.. 



' r 



INTRODUCTION. 

Pif M. 

Nécessité d^une inslilulion 1 

Probtème à résoudre. .,..., 6 

Principes de la solution Ib, 



PREMIERE PARTIE. 

LIVRE UNIQUE. 

De L4 lilCHESSB pt DES HOTEl^S Dg DÉCBNTR4L|#ATIQ(f PU CAf IT^I,, 9 

PREMIÈRE SECTION. 

De la richesse publique. 

Chap. I. Des éléments de la richesse publique* ,,,,.... 9 
Chap. II. Conditions de la richesse publique, 16 

DEUXIEME SECTION* 
Delà décentralisation du eaptlol. 

Chap. tU. Comment le crédit foncier e$t Iq moyen de décen- 
tralisation , , SO 

Chap. (Y. C^ qu'il faut entendre par je ipQt crédit 36 

Chap. V. Institution dc^ Crédit toucier, , ..,,•,,.,.. âf 

Objections ,,..,,, 3i 

Emploi ,,.,,.,..,. il 

Complément ..,,..,*.«. i^ 

piotes. .•..4«ff.f.*f*^i.f..»« %mi 



DEUXIEME PARTIE. 

DE l'influence DE LA DÉCENTRALISATION DU CAPITAL 

SUR l'ordre social. 
LIVRE I. 

DU TRATAIL. 



Chap. I. De la question du droit an travail 55 

Chap. II. Dt^s devoirs des détenteurs du capital passif 62 

§ 1. Devoirs des propriétaires ruraux 6.1 

§ 2. Devoirs des propriétaires des usines 67 

Chap. III. Des devoirs des représentants du capital actif 69 

Seci. 1. Des devoirs des patrons envers la société Ib, 

Faillite 72 

Sect. 2. Des devoirs des patrons envers les travailleurs 76 

Salaires 77 

Sect. 3. Des devoirs des travailleurs 81 



TABLE DES MATIÈRES. 

PagM. 

LIVRE n 

DE L*ftDUCAT10N. 

Chap. I. fiut et nécessité de'réducalion sociale 87 

Chap. II. Moyens de réducatioo en général 89 

Chap. III. Des besoins ' Ib. 

Chap. IV. Des spécialités d'industries au service des besoins. . . 90 
§ 1. Des industries correspondant aux besoins de l'alimen- 
tation 91 

§ S. Des industries correspondant aux besoins de la défense. 92 
§ 3. industries correspondant aux besoins de la locomotioa 

et du repos 93 

8 i. De TinOuence du besoin de Tamour sur les industries, 

sur la civilisation et sur Taplitude 94 

Chap Y. De faptiiude ; loi 

Sect. 1. De la prédilection /6. 

S 1. De la iirédilect ion naturelle 102 

% 2. De la prédilection accidentelle.!. . lOS 

Sect. 2. De la capacité 106 

!^ 1. De la capacité de conception Ib. 

§ 2. De la capacité d'exécution lis 

Chap. VI. Des moyens de discerner les aptitudes 115 

Sect. 1. Des écoles Ib. 

1. Des écoles élémentaires 116 

2. Des écoles préparatoires 120 

3. Des écoles professionnelles déGnilives 121 

Sect. 2. De renseignement dans chaque spécialité d'écoles. . . iH 

Sect. 3. De la direction 133 

§ 1. Direction de la prédilection 135 

§2. -r des capacités purement physiques 137 

§ 3. — ' des capacités mixtes 139 

§ 4. — des capacités morales lil 

Chap. VU. De Télément moral de Téducation Ii6 

Chap. VIII. De Tobligatton pour tous et de la gratuité de Téducation. 151 

§ 1. De l'obligation Ib. 

g 2. De la gratuité 156 

Chap. IX. De l'abus de la puissance paternelle et des moyens d*y 

remédier 159 

Chap. X. De Téducation de la femme 173 

Chap. XI. Des voies et des moyens \ti 

S 1. Budget des dépenses /(• 

g 2. Bud^^et des recettes 178 

COKCLUSION IM 



XM/^V; — . ,,TJK,,1)*>%JfA«tB.